Un événement essentiel vint modifier la situation en Bulgarie en 1921. La victoire de l’Armée rouge dans la guerre civile russe amena les troupes du général Wrangel à se réfugier en Bulgarie.

Alexandre Stamboliyski

Alexandre Stamboliyski

La présence d’environ 36 000 soldats de l’armée blanche polarisait grandement la situation, faisant planer la menace d’un coup d’État.

Les communistes appuyèrent alors le gouvernement agrarien (« Union nationale agraire bulgare ») et socialiste, malgré sa répression menée jusque-là sous l’égide du premier ministre agrarien Alexandre Stamboliyski.

Un facteur important fut l’attaque très violente de militants du bloc constitutionnel, unissant le centre et la droite, par les forces paramilitaires agrariennes, surnommée la Garde Orange, le 17 septembre 1922 à la gare de Dolni Dubik.

Auparavant, la Garde Orange avait participé à la répression des grèves de 1919 et la question était donc de savoir comment organiser une démarche permettant un front anti-réactionnaire.

Georgi Dimitrov publia de nombreux articles au sujet du front unique, seul capable justement de faire face à la réaction et à la tendance au coup d’État ; parallèlement, le Parti s’organisa de manière clandestine sur le plan militaire.

Le tempo fut cependant trop rapide et un coup d’État eut lieu le 9 juin 1923, portée par la bourgeoisie urbaine, portée par une structure clandestine ultra-nationaliste fondée par des officiers de réserve (la ligue militaire), appuyant la bourgeoisie urbaine, soutenue par l’Italie de Mussolini.

A cela s’ajoute le soutien de l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne, interdite par Alexandre Stamboliyski dans le cadre des accords internationaux amenant la perte de nombreux territoires considérés comme bulgares.

Dans le prolongement du coup d’État, Alexandre Stamboliyski se vit massacrer, avec notamment sa main, ayant signé l’interdiction de l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne, coupée.

Les forces du coup d’État n’étaient représentés que par 30 députés sur 245 et visaient à décapiter l’Union agrarienne, ce qui fut sur ce point une réussite.

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Le Parti Communiste de Bulgarie se retrouva de ce fait dans une situation compliquée et considéra qu’un gouvernement réactionnaire en chassait simplement un autre, ce que l’Internationale Communiste désapprouva comme positionnement.

En fait, les communistes de Bulgarie avaient sous-estimé la question agraire. 80 % de la population bulgare était paysanne, avant tout des petits propriétaires. L’industrie et l’artisanat ne rassemblait que 15 % de la population.

S’ils considéraient que les agrariens représentaient les paysans riches, ce qui était juste, ils n’avaient pas pour autant réussi à produire un décrochage dans la paysannerie pauvre.

A cela s’ajoutaient les difficultés sociales provoquées par l’afflux de réfugiés, 500 000 personnes provenant de la Thrace, de la Macédoine, de la Dobroudja.

Georgi Dimitrov publia alors toute une série d’articles sur le front uni et sa nécessité, mais il était trop tard, l’espace était ouvert pour une répression générale et le Parti affronta le 12 septembre 1923 une vague de répression massive, 2000 de ses militants étant emprisonnés, alors que les syndicats et les clubs ouvriers étaient fermés.

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La grève générale de protestation lancée par l’ORSS échoua et finalement l’insurrection fut programmée pour le 23 septembre 1923, pour tenter de faire face.

Le Parti Communiste de Bulgarie (étroit) disposant alors d’autour de 40 000 militants lançant l’initiative du soulèvement dans un pays de cinq millions d’habitants.

Le département de Vratza, notamment, devint un bastion du soulèvement ; c’est de là que partit une « proclamation au peuple laborieux du département de Vratza pour participer à l’insurrection antifasciste populaire contre la bourgeoisie sanguinaire ».

Le mouvement fut également fort dans la région de Lom, cependant, cela vint trop tard dans la séquence politique et l’échec coûta cher : 5 000 communistes et agrariens furent massacrés, 15 000 emprisonnés, à quoi s’ajoutent des viols, des destructions.

Les forces insurrectionnelles n’avaient pu se maintenir qu’à Vratza, organisant nécessairement un repli stratégique en direction de la frontière yougoslave.

Georgi Dimitrov se réfugia de son côté à Moscou, où il passa deux années, rejoignant dès juillet 1924 le comité exécutif de l’Internationale Communiste.

Il fut condamné en Bulgarie à 15 ans de prison pour l’insurrection, puis à la peine de mort pour l’organisation d’un comité révolutionnaire à l’étranger. Un troisième jugement le condamna à 20 ans de prison.


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