1) Comment sont nés les Noyaux Armés Prolétariens et quels objectifs se proposent-ils ?

Les N.A.P. sont nés d’expériences de masse précises dans différents secteurs, qui ont poussé certains camarades à se poser concrètement le problème de la clandestinité.

Pour nous, clandestinité signifie conquérir des structures politiques et d’organisation qui nous permettent de développer et de consolider toutes ces expériences de lutte violente illégale qui furent et demeurent une période centrale pour la croissance de l’autonomie prolétarienne et de l’alternative révolutionnaire dans la lutte de classe de l’Italie d’aujourd’hui.

Par lutte violente illégale, nous entendons soit des expériences de masse telles que l’occupation de FIAT, S. Basilio, les journées d’Avril à Milan, soit la lutte conduite par des avant-gardes armées clandestines accomplissant toutes les actions qui ne peuvent être organisées à un niveau de masse, bien que répondant à des exigences profondes et générales du mouvement révolutionnaire dans la période actuelle, celle-ci ne pouvant pas, selon nous, être considérée comme pré-insurrectionnelle.

Ces actions sont pour nous les pointes émergentes d’une pratique politique quotidienne, d’une vraie praxis alternative qui s’est répandue assez massivement ces dernières années en Italie, et représente une première ébauche d’un programme communiste général.

Pour nous, l’unique terrain d’évolution commune et d’homogénéisation fut la construction d’une expérience de lutte armée, période essentielle de notre développement, dont la continuité a été assurée par une croissance permanente de l’organisation.

C’est le seul terrain sur lequel il a été possible de réaliser en nous-même un niveau d’unité non formel.

Les développements des différentes expériences ont amené à la création de noyaux de camarades qui agissent dans des endroits et des situations diverses, de manière totalement autonome et qui conservent entre eux un rapport d’organisation et de confrontation politique.

Nous voyons le sigle « Noyaux Armés Prolétariens », non comme une signature qui caractérise une organisation avec un programme d’ensemble, mais comme une synthèse de caractères propres à notre expérience.

Pour définir encore mieux l’autonomie des différents noyaux, les camarades qui ont répondu à ces questions ont signé leurs actions « Noyau armé 29 Octobre ».

2) Quels rapports les N.A.P. ont ou veulent-ils avoir avec les organisations de masses non-clandestines ?

Nous pensons que l’on peut, aujourd’hui en Italie, s’organiser et agir efficacement de manière non clandestine.

Il faut cependant garder bien présent à l’esprit que la dureté et la violence de la lutte des classes demandent de la part de tous les camarades révolutionnaires, quel que soit le secteur de la société où ils agissent, qu’ils soient conscients de la nécessité de construire des niveaux de clandestinité qui leur permettent, non seulement de résister à la répression qu’ils auront à subir, mais aussi de pratiquer efficacement, et avec le maximum de sécurité possible, les formes de lutte illégales et violentes que leur travail de masse, quel qu’il soit, réclame.

Sur les rapports que nous avons avec les camarades non clandestins : d’une part, ils veulent mettre à leur disposition les instruments pratiques et théoriques qui nous viennent de notre expérience de la clandestinité, d’autre part, ils nous sont utiles pour trouver, à travers une confrontation la plus large possible, de nouvelles formes à nos actions, de nouveaux objectifs, des éléments qui accélèrent le développement de notre expérience et donc, du mouvement révolutionnaire dont nous sommes une composante.

Naturellement, ces rapports revêtent différentes formes qui dépendent :

a) du niveau réel d’illégalité réclamé par la situation où opèrent les camarades auxquels nous sommes confrontés,

b) de la maturité avec laquelle ils affrontent le problème de la clandestinité et les risques qui y sont liés pour eux et pour nous,

c) de notre pouvoir à nous mesurer réellement avec le niveau de lutte de classe dans les différents secteurs avec lesquels nous entrons en contact, et donc de donner une contribution non formelle à la croissance révolutionnaire dans ce secteur.

Il fauten effet être conscient que les expériences et les situations de militantisme au milieu desquelles on agit dans l’Italie d’aujourd’hui ont encore des caractéristiques assez particulières pour lesquelles il n’est pas dit que les périodes et les formes de la clandestinité qu’il est nécessaire de pratiquer, soient homogènes entre elles. Cependant aujourd’hui déjà, certains mouvements comme les journées d’Avril à Milan constituent une échéance pour le mouvement tout entier et donc aussi pour nous.

C’est ainsi qu’il faut voir notre action à Rome contre Filippo De Jorio, agent du S.I.D. (Service Information de la Défense) et conseiller régional Démocrate Chrétien.

La confrontation pratique et théorique avec les camarades de l’extérieur doit nous faire poursuivre l’objectif d’une réelle unité d’action dans des occasionna comme celle-ci, soit pour les développer au plus haut niveau possible, soit pour expérimenter de nouvelles formes d’action et d’organisation.

3) Qu’avez-vous à dire au sujet de l’image que la presse bourgeoise et néo-réformiste donne de votre expérience ?

En ce qui concerne la presse bourgeoise, la seule chose à dire, c’est qu’elle assume son devoir de provocation et de calomnie contre les avant-gardes révolutionnaires, méritant la paye des patrons.

Certains journalistes et journaux, que nous n’oublierons pas, ont exécuté ce rôle avec un zèle particulier ; en ce qui concerne les presses réformiste et néo-réformiste, dans leur peur de perdre la petite part légale qu’elles se sont créées dans un Etat où la légalité est celle des patrons, elles sont habituées à crier à la provocation chaque fois qu’elles sont confrontées à la violence prolétarienne armée et se conduisent en vrais chacals quand elles subissent des défaites.

Leur rôle (Avant-Garde Ouvrière en tête) se présente objectivement comme provocateur.

Il est tempe que chacun prenne ses responsabilités.

D’une part, des camarades tombés ou arrêtés ont été calomniés, d’autre part, en acceptant pleinement et même en enrichissant de détails inventés de toutes pièces les versions que la police fournissait de nos actions, ils ont introduit un soupçon d’infiltrations pour discréditer un choix et des hypothèses politiques, et les périodes d’organisation qui en découlent.

Tout ceci en faisant étalage d’une attitude professorale et experte en problèmes de clandestinité, attitude profondément ridicule pour tous les camarades qui connaissent le passé de fainéants des aspirants conseillers communaux Corvisieri et compagnie, ainsi que les exploits héroïques des divers « services d’ordre » à commencer par celui d’Avant-Garde Ouvrière, plus connu sous le nom de « brigade lièvre ».

Les Noyaux Armés Prolétariens se sont caractérisés jusqu’ici par la parfaite connaissance réciproque de tous les militants de chaque noyau, qui est autonome politiquement et dans son organisation.

A travers la discussion et le travail politique commun, on tend à avoir le contrôle réciproque maximum sur les militants et les structures.

Cela ne veut pas dire que l’on ne commette pas d’erreurs technico-militaires ou d’évaluation politique dans certaines actions.

Ces erreurs très lourdes de conséquences sont difficiles à éviter quand on fréquente un terrain, celui de la construction d’une organisation clandestine, pour lequel les expériences sont extrêmement limitées.

Nous revendiquons comme notre patrimoine les erreurs commises et tenons comme fondamental de les comprendre : trop de fois nous avons payé pour notre inexpérience et trop de fois aussi pour la légèreté des camarades extérieurs à nos structures, sur lesquels nous n’avons pas eu le contrôle nécessaire.

Pour terminer, les camarades, et spécialement ceux qui agissent ou désirent agir dans la clandestinité, doivent être bien conscients du renforcement qualitatif et quantitatif continuel de l’appareil répressif bourgeois et le coût politique, humain, organisationnel, que cela comporte.

A chacune de nos actions, nous nous renforçons au niveau politique et d’organisation, cependant, nous nous battons avec une répression plus forte et raffinée.

Dans cette situation, il serait illusoire de penser pouvoir éviter les erreurs et les défaites qui peuvent même être fatales pour tel noyau ou tel autre.

La valeur d’une expérience de clandestinité doit être évaluée seulement pour juger si elle se présente ou non comme une composante du projet d’ensemble que le prolétariat est en train d’élaborer actuellement en Italie.

4) Sur les bases de quelles analyses et dans quelles perspectives entendez-vous agir ?

Avant tout, précisons que d’après nous, le mouvement révolutionnaire en Italie n’a pas encore atteint un niveau et une généralisation telles pour posséder une réelle analyse qui prévoie sur le plan tactique et stratégique l’époque et les formes du combat de classe, et un programme communiste articulé à tous les aspects de la société.

Il y a sans doute certains points théoriques et pratiques arrêtés qui sont le patrimoine du mouvement révolutionnaire, tels que : le refus du travail dans sa forme actuelle, la lutte violente contre l’oppression capitaliste, le droit de se réapproprier complètement ea propre existence.

Il s’agit plus d’un programme pratique que théorique, programme d’ores et déjà posé en actes à un niveau de masse.

Certains camarades en sont plus conscients et en voient plus clairement les implications, d’autres en ont une conscience théorique moins claire mais leur praxis politique est différente.

La dimension de masse de ces faits et le potentiel révolutionnaire qu’ils peuvent exprimer nous semblent amplement démontrés par des dizaines d’épisodes particuliers de la lutte de classe dans ces dernières années et par les époques générales de lutte auxquelles nous avons été confrontés.

A l’intérieur de ce processus dont nous sommes une composante, nous entendons développer au maximum nos capacités d’intervention, soit pratiques, soit comme contribution théorique sur la base de notre expérience.

Le fait d’avoir amené récemment à leur terme, dans de bonnes conditions, certaines opérations ne nous fait pas penser que nous sommes invincibles.

La mort des camarades Sergio, Luca Vito, la valeur des camarades arrêtés et condamnés, souvent sur la base de fausses preuves, par lesquels nous avons payé toute erreur minime, ne sont pas choses que l’on peut sous-estimer.

Mais nous tenons à répondre par notre action et par nos expériences à une réelle exigeance de la lutte des classes, et à contribuer au développement du programme communiste.

Ce fait et cette perspective justifient les risques que nous courrons.

CRÉER, ORGANISER 10 100, 1000 NOYAUX ARMES PROLÉTARIENS

LUTTE ARMÉE POUR LE COMMUNISME

Juin 1975


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