18 juin 2026
Avec la conclusion d’un accord-cadre entre le gouvernement américain et le régime de la République islamique d’Iran, le soir du dimanche 14 juin, pour mettre fin à la guerre, la situation tendue et délétère de « ni guerre ni paix » est entrée dans une nouvelle phase.
Selon certaines informations, la signature de l’accord par les deux principaux belligérants est prévue pour vendredi. Bien que le texte n’ait pas encore été rendu public, des sources bien informées indiquent que ses dispositions prévoient, dans un premier temps, la réouverture du détroit d’Ormuz à la navigation et la levée du blocus naval américain sur les ports du sud de l’Iran.
Si cet accord constitue une étape importante pour sortir de l’état de guerre et de l’incertitude du « ni guerre ni paix », il ne signifie pas pour autant la fin définitive du conflit.
Les points essentiels des négociations prévues pour les 60 prochains jours portent sur le règlement du dossier nucléaire de la République islamique — incluant le retrait de l’uranium enrichi à 60 % —, les modalités et le calendrier de la levée des sanctions économiques et du dégel des fonds iraniens, le sort des forces dites de l’« Axe de la Résistance », ainsi que la fin de la guerre et de l’occupation israéliennes au Liban.
En réalité, le document convenu entre le gouvernement américain et le régime de la République islamique — qui met l’accent sur l’ouverture des voies d’acheminement du pétrole et du gaz vers les marchés mondiaux — a certes ouvert la porte à des pourparlers sur les questions litigieuses, mais ne garantit pas la conclusion d’un accord définitif.
Des négociations complexes et ardues s’annoncent donc, au cours desquelles chaque camp tentera d’obtenir à la table des négociations ce qu’il n’a pas réussi à conquérir sur le champ de bataille.
Le gouvernement israélien, estimant que ce protocole d’accord ne s’aligne ni sur ses objectifs de guerre ni sur sa stratégie régionale, continuera sans aucun doute à saboter les négociations en usant de son influence sur la structure politique au pouvoir aux États-Unis.
En Iran, bien que la direction du Corps des gardiens de la révolution — en coordination avec Mojtaba Khamenei, le gouvernement et le Parlement, et dans le souci de préserver le système islamique — ait opté pour la voie du compromis et de l’entente avec les États-Unis, la faction conservatrice (« Paydari ») et certains fondamentalistes extrémistes continuent de prôner la guerre contre les États-Unis et Israël, et ne reculeront devant rien pour entraver le processus de négociation.
Par conséquent, malgré la conclusion de ce mémorandum, le risque d’une reprise des tensions militaires et de la guerre ne doit pas être ignoré.
Ce mémorandum est signé alors que les gouvernements américain et israélien n’ont pas réussi à atteindre leurs principaux objectifs dans cette guerre.
L’administration Trump, emboîtant le pas à Netanyahou et au Mossad, a précipité le déclenchement du conflit dans l’illusion qu’en éliminant Khamenei et un haut commandant des Gardiens de la révolution, la structure de la République islamique s’effondrerait.
Toutefois, contrairement à ses affirmations, l’administration Trump n’a atteint aucun de ses objectifs déclarés : changement de régime « par le haut », limitation de la puissance des missiles balistiques, démantèlement des installations nucléaires et retrait de l’uranium enrichi à 60 %, ou encore contrôle des ressources pétrolières et gazières et des voies navigables stratégiques au Moyen-Orient.
Non seulement cette guerre n’a pas permis de démontrer la puissance de l’impérialisme américain à l’échelle mondiale ni de restaurer l’hégémonie déclinante de l’Amérique face à la Chine, mais elle a aussi mis en évidence, plus que jamais, les faiblesses, les limites et la confusion stratégique des États-Unis. L’administration Trump a même été prise totalement au dépourvu par les conséquences prévisibles de la fermeture du détroit d’Ormuz et des attaques aux missiles du régime islamique contre les installations pétrolières et gazières du Golfe.
Elle a dû justifier auprès de ses partisans la hausse des prix du pétrole et les milliards de dollars d’argent public engloutis dans le conflit. Les États-Unis n’ont réussi à rallier ni les gouvernements européens ni même les membres de l’OTAN. La guerre a renforcé la position de la Chine face aux États-Unis dans la compétition politique et géopolitique.
Malgré ces revers, la guerre s’est révélée extrêmement lucrative pour la classe dirigeante américaine et les milliardaires gravitant autour de Trump. Trump lui-même a personnellement tiré davantage profit de sa présidence que tous ses prédécesseurs réunis, sa fortune s’étant accrue de plusieurs milliards de dollars durant son mandat.
Les 500 personnes les plus riches du monde auraient vu leur fortune augmenter de 250 milliards de dollars en une seule journée, lorsque Trump a menacé l’Iran de génocide et de destruction de sa civilisation, avant de changer brusquement de cap et d’accepter un cessez-le-feu.
Le conflit a également été très rentable pour les fabricants d’armes, les entreprises et les industries de défense dont les intérêts sont liés à l’industrie de guerre. Par exemple, alors que les pays du Golfe subissaient des attaques de missiles et de drones de la part du régime islamique en raison de la guerre déclenchée par le président américain, une entreprise soutenue par les fils de Trump vendait des systèmes d’interception de drones à ces mêmes pays.
Les dirigeants du régime de la République islamique, qui ont défini leur objectif politique dans ce conflit comme étant la préservation et la survie du système islamique, présentent la conclusion de l’accord actuel comme une victoire décisive pour eux-mêmes.
Toutefois, si la République islamique a réussi à se maintenir, ce conflit a également mis en lumière ses limites stratégiques.
Il a démontré une fois de plus que les programmes nucléaires ainsi que le soutien financier et l’équipement des forces de ce que l’on appelle l’« axe de la résistance » dans la région — malgré le coût exorbitant imposé au peuple iranien, en particulier à la classe ouvrière et aux couches défavorisées de la société — n’ont pas conféré au régime islamique la capacité de dissuasion nécessaire ; preuve en est la perte de plusieurs échelons de dirigeants et de commandants lors des deux derniers conflits.
Même la question de l’insécurité et du contrôle du détroit d’Ormuz — qui a servi, durant cette période, de levier de pression économique et géopolitique pour la République islamique face aux États-Unis — pourrait, à moyen terme, se révéler être une arme à double tranchant si le blocus naval des ports du sud de l’Iran se prolongeait, perturbant ainsi les exportations de pétrole et les importations de biens essentiels.
Ces facteurs, tout comme la situation à Gaza, le processus de désarmement du Hezbollah au Liban ou les pressions exercées sur les Forces de mobilisation populaire pour qu’elles intègrent l’armée irakienne, indiquent que le mouvement de l’islam politique — et la République islamique en tant que principal bastion de ce mouvement au Moyen-Orient — ont fait leur temps, tant comme modèle de gouvernance que comme modèle de résistance face aux politiques et à l’influence des États-Unis et d’Israël dans la région.
Cependant, malgré les affirmations des dirigeants de la République islamique et leurs proclamations de victoire, la situation a été aggravée par plusieurs facteurs : les lourdes pertes et les coups durs subis par le régime, le renforcement des sanctions économiques, les séquelles du massacre de manifestants lors du soulèvement national de janvier, l’aggravation de la crise économique, la propagation du chômage et de l’inflation, l’envolée des prix ainsi que l’incapacité du régime à satisfaire les besoins fondamentaux de la population.
Ces éléments ont exacerbé la crise interne du pouvoir, laissant présager de sanglantes purges orchestrées par les Gardiens de la révolution.
Un régime dont l’économie menace de s’effondrer — sous la pression d’une crise structurelle qui s’aggrave, d’une corruption institutionnalisée, de sanctions accrues et d’un climat de guerre au sein de la société — devra également assumer les coûts considérables de la reconstruction et faire face aux attentes croissantes des travailleurs et de la population contestataire une fois la guerre définitivement terminée.
Ces facteurs ne feront qu’accentuer le fossé entre la République islamique, d’une part, et le peuple ainsi que les mouvements sociaux, d’autre part, tout en aggravant la crise de légitimité politique du régime.
La période d’après-guerre étant propice à une intensification de la lutte des classes, les travailleurs et les Iraniens épris de liberté ne céderont pas face à l’agressivité du gouvernement et aux méthodes fascistes des Gardiens de la révolution.
Certes, cette guerre impérialiste et réactionnaire a marginalisé le mouvement ouvrier ainsi que d’autres mouvements sociaux et contestataires ; de même, une partie de la classe moyenne — qui, influencée par la propagande de l’opposition bourgeoise, espérait voir le régime renversé par l’intervention des puissances impérialistes — a sombré dans le désespoir et la désillusion.
Toutefois, l’élément décisif réside dans le fait que la classe ouvrière iranienne, portée par une dynamique croissante de contestations et de grèves — particulièrement au cours des deux dernières décennies —, a acquis un niveau de conscience, une expérience pratique et des capacités organisationnelles qui n’ont pas été perdus malgré la guerre.
Forte de ces expériences et de ces acquis, la classe ouvrière fera son retour sur la scène politique nationale à travers ses mouvements de protestation et ses grèves.