Le Rāmāyaṇa est, avec le Mahābhārata, l’œuvre majeure produite par l’Inde antique.

Il consiste en 24 000 vers, dont l’assemblage a commencé autour des 8e-5e siècles avant notre ère, pour se terminer de manière formalisée au 3e siècle de notre ère.

La tradition veut qu’il n’y ait qu’un seul auteur, l’ermite Vâlmîki ; le titre désigne l’aventure, le geste de Rāmā.

Manuscrit d’une version en persan du Rāmāyaṇa, fin du 16e siècle

Manuscrit d’une version en persan du Rāmāyaṇa, fin du 16e siècle

Son impact idéologique et culturel est immense pour l’Inde ; cette œuvre en est littéralement la porte d’entrée.

La fameuse fête des lumières de Diwali célèbre la victoire finale dans l’œuvre, lorsque Rāma rentre chez lui devenir roi après un long périple.

Le règne de Rāma, Rāmarājya, sert également de modèle virtuel dans l’hindouisme, avec un roi obéissant à toutes les règles, irréprochable, bienveillant de manière absolue, combattant s’il le faut, etc.

C’est là un aspect idéologique naturellement idéaliste qu’il faut absolument prendre en compte, car l’œuvre est une allégorie de la victoire de l’hindouisme en Inde.

Voici ce qui est conté.

Rāma est en partie une incarnation, un « avatar » du dieu Vishnou, comme d’ailleurs ses frères (mais en moindre partie).

Cela s’est produit, car les dieux en ont assez des activités des Rākṣasas, les « démons », dont le chef Rāvaṇa a sa base à Lanka (le Sri Lanka).

Comme Rāvaṇa est invulnérable face aux dieux et aux démons grâce à un vœu accordé par Brahmā, il y a l’idée d’envoyer contre lui un humain, même si en fait il s’agit de Vishnou incarné.

Au début, tout se passe bien, Rāma est un prince qui se marie à Sītā, tout le monde l’admire.

La jalousie d’une des reines amène toutefois que Rāma doit s’exiler quatorze ans dans la forêt ; il est ici suivi par sa femme Sītā et son frère Lakṣmaṇa.

Rāma, Sītā et Lakṣmaṇa, Himachal Pradesh, vers 1690

Rāma, Sītā et Lakṣmaṇa, Himachal Pradesh, vers 1690

Cet exil, en tant qu’ascète, amène Rāma au centre de l’Inde actuelle ; on était au Nord au départ.

Au passage, Rāma aide les ascètes ici et là à se débarrasser des démons qui viennent les perturber.

Cependant, le chef des démons Rāvaṇa trouve Sītā très belle et parvient à l’enlever.

Cela amène Rāma au sud où il s’allie notamment aux singes (dont Hanuman fait partie), et avec une armée il va affronter celle de Rāvaṇa sur l’île de Lanka, encore plus au sud.

Miniature du 17e siècle par Sahibdin, avec les singes en action

Miniature du 17e siècle par Sahibdin, avec les singes en action

Naturellement, l’armée des démons est écrasée et Rāvaṇa est tué par Rāma au moyen d’armes magiques.

La bataille finale, manuscrit du 17e siècle

La bataille finale, manuscrit du 17e siècle

Maintenant, regardons bien et on va vite comprendre que c’est absolument évident. Les auteurs les plus progressistes ont évidemment constaté cela aussi.

On a quelqu’un qui vient du nord, qui obéit aux dieux.

On s’aperçoit alors que les forêts sont remplies de démons, qui mangent les êtres humains.

Leur chef est basé tout au sud.

L’enlèvement de Sita provoque alors un affrontement entre le Nord, qui représente les dieux, et le Sud qui représente les démons hostiles aux dieux.

La victoire est obtenue une fois que l’île de Lanka, tout au sud, est conquise.

Et elle est obtenue grâce à l’alliance avec les singes, qui vivent dans le sud.

Ainsi, en réalité les chasseurs-cueilleurs (représentés par les Rākṣasas) sont écrasés par le Nord porteur de religion et épaulé par des tribus du Sud (représentées par les singes).

Les familles de langue du sud-est asiatique

Les familles de langue du sud-est asiatique

Le Rāmāyaṇa n’est donc pas une abstraction apparue chez les prêtres, ni même un simple reflet d’événements concrets.

C’est une expression culturelle – et cela les historiens indiens progressistes ne l’ont pas vu – du plus haut niveau, qui correspond à un saut qualitatif dans le développement.

C’est évidemment le peuple qui a porté le Rāmāyaṇa, qui en a donné la substance, qui l’a fait naître et vivre.

Cette œuvre est un manifeste, qui marque la victoire d’un mode de production sur un autre et ce à grande échelle.

C’est l’effondrement du mode de vie des chasseurs-cueilleurs et du cannibalisme – et maintenant on comprend pourquoi les prêtres sont devenus végétariens.

C’était pour indiquer la contre-tendance par rapport au cannibalisme, aux sacrifices humains d’avant l’invasion.


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