La non-participation aux élections fut une erreur tactique, donnant le champ libre aux réactionnaires : le référendum sur le retour du Roi obtint 69 % de voix favorables à celui-ci, qui revint alors le 27 septembre 1946 à Athènes, accueilli triomphalement par ses partisans.

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Le régime avait également auparavant annulé en mai 1946 la victoire (88%) aux élections syndicales de l’ERGAS (Ergatikos Antiphasistikos Synaspismos – Bloc ouvrier antifasciste), tout comme il avait en juin 1946 modifié la direction du syndicat GSEE, jusque-là communiste.

Jusqu’en 1947, le bilan de la répression s’élevait à 24 000 personnes assassinées, 105 exécutés par les cours martiales, 6 671 personnes grièvement blessées, 31 682 torturés, 84 931 détenus, 18 867 foyers saccagés, 577 bureaux et imprimeries mis à sac, 165 viols, 5 817 exils, 12 000 personnes envoyés en camp de concentration.

L’armée s’appuyait sur 200 000 hommes, la gendarmerie sur 25 000, la Garde nationale sur 50 000, à quoi il faut ajouter les troupes britanniques et les multiples structures armées d’extrême-droite.

Le sol se dérobait sous les pieds du KKE et la stratégie sur deux jambes de Níkos Zachariádis ne laissait plus comme perspective que le déclenchement de la lutte armée.

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Les Partis Communistes de France et d’Italie considéraient que c’était une erreur, ceux d’URSS et de Bulgarie appelaient à la prudence et à la mesure dans ce processus, celui de Yougoslavie assurait son soutien.

De fait, il y avait déjà 4 650 membres de l’ELAS réfugiés en Yougoslavie, dans le village de Bulkes près de Belgrade, auparavant occupé par des immigrés allemands ayant fini par fuir en 1944.

La première action organisée fut l’attaque, par un commando partisan de 33 personnes, de la station de Litochoro, au pied du mont Olympe, qui avait connu de sévères et régulières agressions contre les activistes de gauche.

Environ mille personnes armées furent structurées, avec une montée en puissance très rapide, puisqu’en novembre il y avait déjà 5 000 membres d’une nouvelle structure militaire qui fut officiellement annoncée dans Rizopastis, l’organe du KKE, le 21 novembre 1946 : l’Armée Démocratique de Grèce (Δημοκρατικός Στρατός Ελλάδας – DSE).

En février 1947, la DSE disposait déjà de 12 000 combattants et fut même en mesure de prendre la ville de Sparte, libérant 176 prisonniers enfermés dans cette ville. Quelques mois plus tard, la DSE disposera de 30 000 partisans.

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Le prix politique fut cependant élevé, dans la mesure où la combinaison légale/illégale était pratiquement bricolée, le KKE ne reconnaissant pas officiellement les partisans comme étant son initiative.

Le résultat fut qu’au début de 1947, 50 % des cadres du Parti avaient été arrêtés, ainsi que 90 % des anciens officiers de l’ELAS.

Cependant, la ligne de Níkos Zachariádis était de gagner le plus de temps possible, afin de faire en sorte que l’axe politique de la DSE soit le plus large possible.

Voici justement le serment des membres la DSE, qui reflète tout à fait cette démarche de bataille pour la démocratie populaire, contre les réactionnaires, mais également avec la dimension de libération nationale face à la présence britannique :

« Moi, enfant du peuple de Grèce et combattant de l’Armée Démocratique de Grèce, je jure de me battre avec armes à la main, de donner mon sang et même ma vie pour chasser tout occupant étranger qui se trouve sur le sol de ma patrie.

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Pour faire disparaître toute trace de fascisme. Pour faire disparaître et pour défendre l’indépendance nationale, l’intégrité territoriale de ma patrie. Pour garantir et défendre la démocratie, l’honneur, le travail, les biens et le progrès de notre peuple.

Je jure d’être bon, brave et soldat discipliné, d’obéir aux ordres de mes supérieurs hiérarchiques, et d’exécuter les dispositions du règlement et de garder les secrets de l’Armée démocratique de Grèce.

Je jure d’avoir une conduite exemplaire vers le peuple, promoteur et meneur de l’unité populaire et de conciliation et d’éviter chaque acte qui m’expose et me déshonore en tant qu’individu et combattant. Mon idéal est une Grèce Démocratique libre et forte et le progrès et la prospérité du peuple. Pour servir cet idéal je dispose mon arme et ma vie.

Si jamais je suis déloyal et je viole intentionnellement mon serment, que la patrie me sanctionne impitoyablement, que mon peuple me haïsse et méprise. »

Voici les propos du dirigeant de la DSE, Márkos Vafiádis, exprimés dans un discours au nom du quartier général de la DSE, définissant la nature de celle-ci :

« Il y a presque un an, les combattants du peuple qui se réfugièrent dans la montagne et qui se trouvaient isolés au début, se groupèrent en diverses unités séparées, afin d’échapper à la persécution exterminatrice de l’occupant étranger et du monarcho-fascisme. et commencèrent ainsi à former la DSE.

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Le grand crime de ces combattants fut d’avoir trop aimé leur patrie et d’avoir donné, au temps de l’occupation hitléro-fasciste, toutes leurs forces sans ménagement pour chasser l’occupant étranger, reconstruire leur pays, et former une nouvelle Grèce vraiment libre, indépendante et démocratique, digne de son histoire et de son peuple.

Notre but était au début, de sauver notre vie, de protéger nos familles, nos maisons, nos biens et de combattre nos persécuteurs par les mêmes moyens qu’ils utilisaient pour notre extermination et notre ruine économique.

Nous avons toujours été convaincus et nous le sommes encore, que notre peuple dans sa majorité décisive veut la tranquillité, la réconciliation et la vie normale pour pouvoir, par sa sueur et son travail. assurer le pain quotidien de ses enfants et travailler au progrès de sa liberté.

Nous n’avons jamais rien désiré de plus que ce qui peut-être réalisé par la liberté, la démocratie, le redressement économique et la reconstruction, lorsque la paix et l’indépendance nationale sont assurées.

C’est cet idéal que nous avons proclamé dans notre Programme et c’est pour cet idéal que nous avons lutté et combattu dès le premier jour de notre existence. La réconciliation et l’apaisement furent dès le début, et continuent à l’être, notre aspiration fondamentale.

Mais le monarcho-fascisme et l’occupation étrangère répondent à tout cela par les assassinats, l’extermination générale, l’établissement d’un fascisme intégral et l’asservissement total de notre pays aux ploutocrates étrangers.

A toute proposition de réconciliation ils répondent par de nouvelles opérations de nettoyage, cherchant vainement à assurer leur domination fasciste absolue.

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La Grèce, notre chère Patrie, est devenue aujourd’hui une jungle où les cannibales du monarcho-fascime se livrent, sur les directives des étrangers, à des orgies effrénées et à des massacres sans précédent contre notre peuple.

Le dernier accord gréco-américain couronne le crime commis contre l’intégrité et l’indépendance de notre pays. contre l’honneur national.

Le mornarcho-fascisme s’est tellement avili et ses amis d’Ankara se sont enhardis à un tel point, que des unités entières de l’armée turque entrent librement et à toute heure dans le territoire grec de Thrace, préparant ainsi le terrain pour une occupation permanente de ces territoires avec la tolérance des monarcho-fascistes et la bénédiction de leurs patrons étrangers.

Ainsi, à l’état où le monarcho-fascisme nous a réduit au cours de ces dernières deux années et demie, une seule question se pose à nous et à tous les grecs.

Il ne s’agit plus d’une question individuelle, ni simplement EAM-ique ou démocratique. Il ne s’agit plus du combattant individuel qui s’est réfugié dans la montagne pour sauver sa vie.

Il s’agit maintenant de l’existence même de la Grèce. La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : la Grèce va-t-elle exister ou non.

C’est ce dilemme qui est aujourd’hui posé par l’histoire et par la vie devant tous les grecs, devant tous ceux qui vivent dans notre pays.

Et devant chacun de nous s’ouvrent deux voies :

L’une s’appelle Honneur National. L’autre mène à la Trahison Nationale. »


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