Le mode de production capitaliste tourne avec le travail et le capital ; la surproduction de capital n’existe qu’à la marge.

Le capitalisme, ce n’est pas la « finance » ni les milliardaires, mais la société toute entière.

De plus, la surproduction du capital, ce n’est pas la finance au sens strict, ni les milliardaires ; cela consiste en tout le capital disponible et non encore projeté dans la circulation.

Au sens strict, quand on a cinquante euros dans sa poche, cela relève de la surproduction du capital.

Avec ces cinquante euros dans sa poche, on peut aller acheter quelque chose dans la société capitaliste de consommation ; qu’on mette plusieurs zéros derrière le chiffre et on se retrouve avec une somme qui redevient capital si elle est investie dans un projet, et ce quel qu’il soit.

Le prolétaire qui est propriétaire de son logement est un capitaliste objectif ; c’est un petit capitaliste, en pratique il ne spécule pas, subjectivement il a acheté son logement en raison d’une situation relevant du hasard et de la nécessité.

Il s’assoit cependant sur un capital ; s’il vend sa maison, le capital réapparaît et fait de lui ouvertement un capitaliste.

Qu’il le veuille donc ou non, ce prolétaire propriétaire doit donc gérer sa vie.

Il n’est pas le prolétaire du 19e siècle qui n’a rien et n’a, par conséquent, rien à gérer, toute gestion étant par ailleurs impossible tellement le travail est écrasant physiquement.

Désormais, le prolétaire est écrasé psychiquement et nerveusement, sa fatigue est grande mais bien moins prenante qu’au 19e siècle.

Il doit gérer sa vie : faire ses achats, s’occuper de ses assurances, réparer sa voiture, prévoir les vacances, demander un prêt, organiser les sorties, etc.

Il a une vie qui est la sienne, mais qui en même temps n’est pas la sienne.

Ce qu’il fait, il le fait lui ; ses décisions sont pourtant accompagnées, formatées, établies, guidées, orientées, forcées, demandées, etc.

Il ne faut pas être unilatéral ; une narration n’est jamais complète, une conscience jamais entièrement fausse.

On doit voir que c’est une tendance, une tendance historique qui prédomine, ainsi qu’une tendance propre à chacun en raison de la pression dans le mode de production capitaliste.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas supprimer la narration : il est absolument nécessaire de s’en débarrasser, entièrement.

De la même manière, la conscience fausse doit disparaître, de manière radicale ; son caractère unilatéral doit être remplacé par la dialectique.

Néanmoins, et c’est le problème, la narration est une superstructure, elle est le condensé idéologique d’une vie réelle, menée faussement.

Là est la grande difficulté historique.

Et c’est lié au capital qui, loin de tourner en rond comme le pensait par exemple Rosa Luxembourg, est capable de s’étendre, et dans son expansion de produire une surproduction de capital qui va faire replonger d’autant plus tout ce qui existe dans le capitalisme.

Un groupe de musique, une marque de skateboard, un label de musique… apparaissent grâce à des gens sincères disposant par chance d’une certaine somme d’argent ; grâce à eux, on sort la tête de l’eau… mais c’est pour replonger d’autant plus violemment, en raison de leur intégration dans le capitalisme.

Cet exemple fonctionne également pour le salarié : il achète une maison en se disant qu’il se facilite la vie, mais il retombe d’autant plus dans le capitalisme.

Il se marie en pensant disposer d’une bulle protectrice, mais la société capitaliste de consommation dessine les contours du mariage pour l’attacher d’autant plus fermement.

Toutes les idéologies LGBT, identitaires, religieuses… apparaissent d’ailleurs ici comme des pseudos rébellions contre des formes « conservatrices » de vie quotidienne ; en réalité, elles ne proposent qu’un contre-modèle qui va revenir exactement au même, en ramenant également par la suite au capitalisme.

C’est pour cela que l’État, notamment avec les mairies, arrose d’argent ces pseudos initiatives culturelles et associatives, appelées à trouver de nouveaux chemins pour le capitalisme de demain.

La surproduction de capital et la narration forment la face cachée du capital ; conséquence de l’existence du salariat, ils vivent par lui et pour lui.

Le prolétaire qui a gagné en aisance matérielle, en quantité, a perdu en qualité et compense par la narration : c’est la société capitaliste de consommation.


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