La fausse conscience débouche sur la narration. Quelle est la réalité de ce processus ?

Le mode de production capitaliste, une fois développé, a permis l’avènement de la société capitaliste de consommation.

La figure de l’esclave a disparu, tout comme celle du serf, pour céder entièrement la place au salarié libre de travailler où il est accepté, libre de démissionner.

Ce salarié se considère comme détaché de tout, car tant qu’il n’a pas signé un contrat, il n’est redevable de rien.

Tout est à interpréter, selon lui, de cette manière ; le salarié s’imagine le protagoniste principal d’un film dont il est à la fois le réalisateur et le producteur.

Cherchant à mettre le maximum de chances de son côté, le salarié est donc égoïste ; son parcours, choisi et assumé selon ses propres intérêts, est perçu et vécu comme une aventure individuelle.

Le marché lui permet, dans ce cadre, de soigner et de cultiver sa « différence » par la consommation ; avant tout, le salarié du capitalisme moderne se voit comme radicalement séparé des autres.

La narration est alors la superstructure d’une situation simple : celle d’un individu isolé dans un capitalisme de masse, capable de généraliser la consommation, avec des emplois qu’on ne conserve plus du tout toute sa vie.

Lénine et Staline

Lénine et Staline

Plus rien ne dure, plus rien n’a de sens en profondeur, à part la continuité de la conscience, et le mouvement général de cette conscience dans le vécu quotidien du capitalisme devient une narration.

En littérature, le principe a été assumé avec le roman comme mise à l’écrit des « flux de la conscience ».

Il existe également cette formule comme quoi un roman n’est plus l’écriture d’une aventure, mais l’aventure d’une écriture.

Ce qui compte, c’est la conscience en continu, tournée vers elle-même, se considérant comme la seule réalité.

L’art contemporain ne procède pas différemment.

Cependant, on aborde ici la question de l’art ou du moins d’une forme dégénérée, subjectiviste d’art, alors que le processus concerne tout le monde, partout et tout le temps.

C’est que la conscience est faussée, jusqu’à devenir fausse ; au lieu d’une compréhension de sa propre vie affective et d’un système de valeurs accompagnant une personne, on n’a plus qu’un ego stimulé par les propositions du marché et les interactions incomprises avec les autres êtres humains et visant la réaffirmation, la réédition en version accumulée de lui-même à chaque étape, chaque expérience.

Les salariés sont réels, mais leur conscience est fausse ; le décalage leur impose une narration, et la narration impose le décalage.

Vivant en libertariens, ils se considèrent comme totalement libres, au point de devenir eux-mêmes la totalité de la liberté.

Ils sont ivres de cette liberté absolue qui, en réalité, n’est que le masque de leur insertion dans la société capitaliste de consommation.

Ils s’inventent une vie : c’est la narration.

Mao Zedong

Mao Zedong

Lorsque le décalage avec le réel devient trop grand, la narration s’effondre et, comme il n’y a pas de système embarqué pour rattraper les erreurs par une rectification ou une autocritique, c’est l’effondrement psychique.

Le matérialisme dialectique est précisément le système embarqué nécessaire à l’humanité pour que les consciences s’autocorrigent.


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