La contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat implique une conscience différente.

C’est pour cela qu’il est dit que la narration est l’apanage des masses devenues consommatrices, et non de la bourgeoisie.

Cela ne veut pas dire que les bourgeois ne peuvent pas assumer la narration comme mode opératoire de la conscience.

Cependant, les bourgeois vivant en tant que classe dominante, ils n’ont pas besoin de se mentir à eux-mêmes.

Ils n’ont pas besoin de surcharger leur propre conscience au point de la précipiter dans le suivisme d’une idéologie permise par le marché.

Les bourgeois sont le marché, le capitalisme ; ils en sont le produit et la source.

Ils se confondent avec le capital, car ils veulent être le capital, qui leur permet d’être la classe dominante.

Eux aussi mènent la lutte de classe, et pas seulement de manière répressive : ils font vivre le capitalisme, en tant que démarche, et ils diffusent cette démarche à la fois par leur action et leur existence.

Staline et Lénine

Staline et Lénine

Les bourgeois ne sont pas le capital, mais ils en sont les vecteurs, tout comme le capital est le vecteur du capitalisme qui leur permet d’être bourgeois.

La dialectique du bourgeois et du capital est aussi importante que celle de la bourgeoisie et du prolétariat, du prolétariat et du travail, du travail et du capital.

Un mode de production repose toujours sur des êtres humains concrets.

Il faut ici prendre en compte la place spécifique des capitalistes et des prolétaires.

Du moment que le prolétaire vend sa force de travail tout en étant dépossédé des fruits de son travail en raison de l’éparpillement des aspects de la production, il doit se raconter toute une histoire pour s’expliquer que son activité a un sens.

Il ne s’agit pas seulement de ce qu’on lui raconte, c’est aussi ce qu’il se raconte à lui-même.

Le sentiment d’ennui, de dégoût, d’avoir été obligé ou forcé, de faire quelque chose qui n’a pas de sens… doit être compensé psychiquement.

Il y a l’aliénation et le mensonge qu’on se fait à soi-même pour maintenir la situation en l’état, afin de tenir.

Il existe des contre-tendances : faire fonctionner l’intellect, se cultiver, faire du sport.

C’est la raison pour laquelle le mouvement ouvrier a historiquement accordé une grande place à l’alphabétisation, à la lecture, à l’étude.

Néanmoins, tous ces aspects se font anéantir ou récupérer par la société capitaliste de consommation.

Il n’y a plus moyen de trouver des moments pour « respirer ».

Le salarié est d’autant plus pris au piège qu’il se trouve placé dans le nexus de la contradiction entre son activité salariée qui ne présente aucun sens apparent et sa consommation qui en fournit au maximum, entre un travail qui n’est pas lui-même et une consommation qui prétend lui correspondre, entre une activité passive au travail et une passivité active avec la consommation, bref entre la réalité et l’illusion alors que les deux s’entremêlent de manière inextricable.

Le bourgeois vit de ce mélange du réel et de l’illusion, de leur confusion de leur assimilation ; le prolétaire fait vivre ce mélange, mais en meurt, tout en restant vivant.

La narration est la superstructure de ce phénomène, c’est l’idéologie du salarié cherchant à maintenir son existence exploitée et aliénée ; c’est sa religion personnelle et personnalisée.


Revenir en haut de la page.