18 juin 2026

La publication du texte de l’accord en 14 articles entre le gouvernement américain et la République islamique — dont la signature officielle par les représentants des deux parties est prévue vendredi à Genève — constitue un tournant majeur dans la crise récente traversée par l’Iran et la région. En apparence, cet accord met fin à la phase militaire de la guerre américano israélienne contre l’Iran ; toutefois, sur le plan politique, sa portée dépasse celle d’un simple cessez-le-feu ou d’une régulation des relations sécuritaires.

Ce document révèle que le conflit — initialement justifié par des objectifs tels que le « changement de comportement », l’ « endiguement des menaces », le « désarmement » et, selon certaines versions, « l’ouverture de la voie à la liberté pour le peuple iranien » — s’achève finalement sur un accord qui, avant tout, garantit la survie de la République islamique et stabilise sa position face à l’Occident.

Pour les États-Unis, cet accord ne représente rien de plus qu’un retour à la situation antérieure au conflit : réouverture du détroit d’Ormuz, libre circulation des hydrocarbures de la région vers les marchés mondiaux et rétablissement relatif de la stabilité des voies d’approvisionnement énergétique.

En somme, les États-Unis cherchent à restaurer l’ordre économique et géopolitique qui prévalait avant le début de la guerre, caractérisé par l’exportation sans perturbations majeures des hydrocarbures régionaux vers le reste du monde et par le maintien de l’ouverture du détroit d’Ormuz en tant qu’artère vitale de l’économie mondiale.

En revanche, la République islamique a retiré des avantages plus significatifs de cet accord. Le régime, qui tente depuis 47 ans d’imposer son existence à l’Occident et aux États-Unis, peut désormais affirmer non seulement avoir survécu à la guerre, mais aussi avoir contraint l’autre partie à reconnaître son existence.

Pour la République islamique, le simple fait de résister aux pressions militaires, politiques et économiques a toujours été considéré comme une forme de victoire.

Cette fois, l’accord de Genève permet au gouvernement de présenter la guerre comme une « défaite de l’ennemi » et l’accord comme une « consolidation de l’autorité du régime » dans sa propagande intérieure.

L’aspect politique le plus important de cet accord réside dans le fait que la politique dite de « changement de régime » est concrètement et officiellement retirée de l’ordre du jour. Les États-Unis se sont engagés à ne s’ingérer en aucune manière dans les affaires intérieures de l’Iran.

Cet engagement, même s’il donne lieu à des interprétations divergentes dans la pratique, revêt une grande importance symbolique pour la République islamique. Le gouvernement, qui a toujours attribué toute contestation interne à une « ingérence étrangère », dispose désormais d’un document qu’il peut présenter comme la preuve du renoncement de l’Amérique à son projet de renversement du régime.

Par ailleurs, l’accord comporte certaines concessions économiques, notamment la levée partielle des sanctions, l’ouverture de voies pour la vente de pétrole et l’accès de la République islamique à des ressources financières.

Ces concessions sont vitales pour un gouvernement sous pression face à la crise économique, au déficit budgétaire, à l’inflation et au mécontentement de la population. Même une ouverture limitée des ventes de pétrole pourrait offrir une bouffée d’oxygène financière au régime en place, permettre la restauration de certains réseaux qui lui sont fidèles et favoriser la reconstruction des instruments de répression.

Toutefois, certaines clauses économiques de l’accord semblent avoir été incluses pour embellir le document et tromper l’opinion publique, plutôt que pour garantir une mise en œuvre concrète. L’évocation de la création d’un fonds de 300 milliards de dollars destiné à la reconstruction des zones dévastées par la guerre en est une illustration frappante.

La question fondamentale est de savoir d’où proviendra ce fonds. Quelle institution le gérera ? Quelle part en sera consacrée à la population et aux infrastructures publiques ?

Ces ressources seront-elles réellement investies dans la reconstruction des hôpitaux, des écoles, des réseaux d’eau et d’électricité, des transports et des logements détruits, ou seront-elles détournées vers les circuits bien connus de la corruption, de la rente, des institutions militaires et des fondations gouvernementales ?

L’expérience de la République islamique au cours des quatre dernières décennies n’offre pas de réponse optimiste à ces questions. L’appareil bureaucratique et économique de la République islamique est profondément corrompu, opaque et fondé sur une logique de rente.

Même si de nouvelles ressources financières sont mises à la disposition du gouvernement, rien ne garantit qu’elles se traduiront par un développement économique, une amélioration du bien-être public ou une véritable reconstruction du pays.

Au contraire, il est fort probable que la majeure partie de ces ressources soit consacrée à la reconstitution de la puissance militaire, au renforcement des appareils sécuritaires, au financement de réseaux affiliés et à la propagation de la corruption financière et administrative.

La question centrale est désormais la suivante : les ressources issues de l’accord profiteront-elles concrètement à la population, ou seront-elles une fois de plus englouties par l’appareil militaire, sécuritaire et de propagande de la République islamique ?

L’expérience montre qu’en l’absence de libertés politiques, de contrôle citoyen, d’organisations syndicales indépendantes et de médias libres, aucune ouverture économique durable ne verra le jour au profit de la population. Si les revenus pétroliers, les fonds débloqués suite à la levée des sanctions et les autres ressources transitent par cette même structure, ils serviront à renforcer l’appareil répressif du gouvernement bien avant de permettre d’assurer le pain quotidien des citoyens.

Par ailleurs, cet accord a porté un coup dur à une partie de l’opposition de droite qui, pendant des années, présentait les sanctions, les pressions étrangères et les attaques militaires comme les moyens de libérer le peuple iranien. Le conflit récent a démontré que les bombardements n’apportent ni la liberté ni la démocratie.

Le résultat n’a été ni l’effondrement de la République islamique ni l’émancipation du peuple, mais un pays davantage meurtri, une société appauvrie, des infrastructures dégradées et un gouvernement désormais en mesure de présenter sa propre survie comme une victoire.

La fin de la guerre marque le tracé d’une ligne de démarcation plus nette.

D’un côté, la République islamique, qui use elle aussi de la destruction pour consolider son pouvoir ; de l’autre, une partie de l’opposition de droite qui assimilait la libération à la destruction et a été vaincue. Face à ces deux camps se trouve le peuple iranien : un peuple qui aspire à la liberté, au pain et à la sécurité, refusant aussi bien la guerre étrangère que la tyrannie intérieure.


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