Avicenne et Averroès ont joué un rôle important en tant que clé entre l’humanisme, le matérialisme français et anglais, et la pensée grecque qui a été développée pendant l’antiquité.

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La raison en est que le matérialisme tel que conçu par les penseurs grecs n’a pas intégré la notion de mouvement. L’atomisme de Démocrite était matérialiste, mais n’a pas expliqué le mouvement des atomes (qui sont aussi, d’une manière anti-dialectique, considérés comme « incassable », le grec atomos signifiant « indivisible »).

Démocrite n’a pas expliqué pourquoi les atomes ont formé des formes et pas d’autres, et comment et pourquoi ces formes étaient en mouvement. C’est pourquoi Aristote a pu si facilement développer sa conception et avoir un tel succès.

Sa conception de base – le principe de cause et la conséquence – était idéaliste (voir nos articles Engels sur la cause et l’effet ainsi que Un effet ne peut pas se produire avant la cause qui en est l’origine). Mais ils pouvaient aider à construire une théorie générale de la matière et du mouvement.

Le problème de l’ancien matérialisme grec, c’est que l’univers était statique, il n’a pas de mouvement, la réalité n’a pas pu être observée et étudiée, parce que la matière était tout mais n’avait pas de mouvement, aucun sens elle-même.

Alors qu’avec l’aristotélisme, l’univers est en mouvement, même si c’est seulement en cercles, de manière répétitive. Ainsi, il est possible de comprendre cela.

Avicenne et Averroès sont allés plus loin que cela. Ils poussent la logique d’Aristote à un sommet. Comme il y avait une cause primaire à tout, alors, logiquement, le hasard est devenu une impossibilité. La porte était ouverte pour comprendre le monde comme un système global.

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Un système répétitif, il est vrai. Jusqu’à Baruch Spinoza, le matérialisme n’était pas en mesure de concevoir les sens de mouvement évolutif. G.W.F. Hegel a joué un rôle central en donnant la possibilité de comprendre le saut qualitatif, mouvement évolutif ou pour mieux dire: le mouvement révolutionnaire.

Néanmoins, Avicenne et Averroès étaient des figures clés de la construction du « système » permettant de comprendre le monde. Comme la religion islamique affirmait qu’il y avait un « Dieu » source de tout, alors le « premier moteur » décrit par Aristote devait être ce Dieu unique.

Et ainsi, l’univers était un système rationnel. Il n’y avait pas de place pour le hasard. La raison en est qu’à la cause en tant que source de mouvement – la cause efficiente, la cause matérielle – un autre concept a été ajouté : le concept de « cause finale ».

L’aristotélisme a gagné sur le matérialisme de Démocrite parce Démocrite ne pouvait pas voir une cause dans le mouvement de la matière. Aristote n’a pas compris la nature de la matière, mais il a reconnu que la matière se déplaçait dans une direction spécifique.

Donc, il y avait une « cause finale ». Même s’il y avait quelques rares cas où les obstacles empêchaient un mouvement naturel, ce qui est prépondérant est la cause finale.

Nous ne comprenons peut-être pas ce qui apparaît comme aléatoire, mais ce n’est pas aléatoire. C’est juste quelque chose de plus compliqué. Ce fut Avicenne qui introduisit le principe d’une situation « normale » comme une « séquence ininterrompue » (ittirad).

Donc, ce qui était « rare » n’était qu’une séquence qui a été interrompue :

« En effet, le rare s’avère nécessaire (wâjib) si les conditions en cela y sont établies et que les circonstances soient exprimées. »

(Tafsir k. al-Sama’ al- tabi’i, Commentaire sur la Physique d’Aristote)

La pensée d’Avicenne atteint ici un important niveau matérialiste, mais aussi sa limite. En effet, qu’est-ce qui peut interrompre la séquence ?

En raison de la nature idéaliste du système de cause – conséquence, Avicenne ne peut que blâmer la nature elle-même. La nature n’est pas « pure » comme le contenu qui lui est donné par Dieu. Donc, il y a des problèmes dans la combinaison de la matière, interrompant les séquences.

Voici ce que dit Avicenne :

« Il est clair de tout cela que les mouvements naturels des éléments matériels sont par voie d’un objectif naturel (qasd) d’eux à un endroit défini (hadd mahdud), et que cela se passe toujours ou la plupart du temps, et c’est ce que nous entendons par le terme « fin » (ghaya).

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Ensuite, il est évident que les objectifs qui émanent de la nature quand la nature ne s’oppose pas [à cela], et ne place pas d’obstacles, sont bons et parfaits.

Si elles conduisent à une mauvaise fin qui n’est pas toujours [ainsi] ou [pas] la plupart du temps, plutôt d’une manière telle que notre âme cherche une cause accidentelle dans ces choses, et il est dit « qu’est-ce qui a fait que ces pousses de palmier se fanent? », et « qu’est-ce qui a fait faire une fausse couche cette femme? »

Même si cela se produit, la nature se meut pour le bien du bien, et ce n’est pas seulement [observable] dans la croissance animale et végétale, mais aussi dans le mouvement des corps simples et dans les actions qui émanent d’eux par la nature (bi-l-tab’).

Car ils se déplacent toujours vers les fins, à condition que rien ne les en empêche, selon un ordre déterminé (nizam mahdud), sans déviation, à moins qu’il n’existe une cause s’opposant »

(Tafsir k. al-Sama’ al- tabi’i, Commentaire sur la Physique)

Il y a une cause finale, mais sa séquence peut être interrompue. Il y a des raisons à cela, parce que tout a une cause. Les choses interrompues ne sont pas correctes, mais elles existent, en raison de la nature de la matière.

Voici ce que dit Averroès, donnant un exemple à cela :

« Parmi les choses qui sont pour une fin, certains se produisent rarement. Cependant, à partir d’elles résulte autre chose que cette fin, tels que la rencontre de son propre créancier débiteur au marché.

Cela arrive rarement, mais cela arrive comme une conséquence d’aller au marché, qui était dans un autre but… Le hasard et le spontané existent dans les choses / les événements, qui sont dans une minorité de cas, et proviennent de choses, qui sont pour le bien d’une cause, mais elles ont échoué [à atteindre] cette cause [finale], et une autre cause [finale] [ou fin] est venue d’elles. »

(Long commentaire sur la Physique)

 

Ce que nous voyons ici est la compréhension logique du système de cause – conséquence. Ce système permet de comprendre le monde, aussi longtemps que la cause apporte la conséquence. Mais s’il y a des problèmes, c’est parce que certaines choses avec une cause perturbent le mouvement logique cause – conséquence d’autres choses.

En fait, plus qu’autre chose, le problème est qu’Avicenne et Averroès admettent le concept aristotélicien de mouvement comme un cercle éternel. Il n’y a pas de place pour des perturbations, des problèmes… un saut qualitatif. C’est la critique faite par G.W.F. Hegel à Baruch Spinoza.

Le système d’Aristote, Avicenne, Averroès est basé sur des formes individuelles avec une cause et allant à une fin. Les formes individuelles obéissent à un plan qui vient de l’extérieur de la matière. Néanmoins, en raison de la nature de la matière, le plan ne peut pas être réalisé tout les temps en raison de causes spéciales, où différentes causes viennent à se rentrer dedans.

En raison de la potentialité de la matière – la possibilité de la cause – c’est le chaos. Il y a un décalage entre l’objectif initial et ce qui se passe. C’est le problème fondamental de la logique de cause – conséquence, une logique expliquée ici par Averroès commentant Aristote :

« La nature est dite accordant la matière et la forme…. La forme est la fin de la génération, et tout ce qui est avant la fin est pour une fin / un objectif.

Par conséquent, il est nécessaire que tout ce qui est avant la forme doit être pour le bien de la forme…

Aussi, il est nécessaire que la forme soit la fin de la génération, parce que la forme découle de l’agent, soit toujours, ou [au moins] la plupart du temps, et par conséquent la matière est pour le bien de la forme. »

(Long commentaire sur la Physique)


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