Y a-t-il une différence entre la bourgeoisie bureaucratique et la bourgeoisie compradore ? Comment le Parti Communiste d’Inde (Maoïste) propose une définition erronée

Le Parti Communiste d’Inde (Maoïste) a rendu public une série de documents sur différentes questions. Ces documents ont le Comité central comme rédaction et ont été publiés en janvier 2021, parfois après une correction par rapport à un document précédent.

On parle ici des documents intitulés :

(1) Les changements dans les rapports de production en Inde — Notre programme politique (272 pages) ;

(2) La question des castes en Inde – notre perspective (97 pages, première édition en mai 2017) ;

(3) La question des nationalités en Inde – le positionnement de notre Parti (97 pages, première édition en mai 2019) ;

(4) La Chine – une nouvelle puissance social-impérialiste ! Elle est partie intégrante du système capitaliste-impérialiste mondial ! (84 pages, première édition en juillet 2017).

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est la question de la définition du capitalisme, de l’impérialisme et de la crise. On trouve ici en effet un vrai problème, puisque le PCI (M) développe une analyse non dialectique de cela. En raison de l’importance particulière de l’Inde dans la révolution mondiale, il est nécessaire de voir ce que signifie historiquement cette faiblesse.

En fait, la raison derrière le problème est que l’Inde est un lieu majeur de la contradiction entre la ville et la campagne. Le développement des zones urbaines y est particulièrement faussé, dans une zone où la question animale se posait depuis longtemps déjà. Et c’est une région où vit une partie importante des masses mondiales, c’est un pays totalement divisé par le communautarisme religieux et les castes.

Le PCI(M) ne se confronte tout simplement pas à toutes ces questions. Il emprunte une voie opposée à la question de l’universalité comme nécessité historique, comme communisme affirmant l’unité des masses, du monde, de la Biosphère, de l’univers, tout cela étant la clé de la Révolution indienne.

La conception du PCI(M)

La conception du PCI(M) est la suivante. Le capitalisme serait en crise depuis les années 1970, mais comme il est uniquement « impérialiste » et en outre « organisé », il aurait répondu par des politiques néolibérales à tous les niveaux dans les années 1980.

La conséquence directe aurait été la pauvreté partout dans le monde et aussi la domination finale du capitalisme financier à travers la « mondialisation».

Cette conception n’est pas nouvelle ; c’est celle des maoïstes indiens depuis les années 1990, d’un point de vue commun à toutes les différentes organisations (le Centre Communiste Maoïste, le Centre Communiste Maoïste de l’Inde, le PCI(ML) Guerre Populaire, etc.). Au début des années 1990, une telle compréhension du capitalisme a été par exemple largement présentée par le PCI(ML) Guerre Populaire lors de conférences à Bruxelles organisées par le Parti du Travail de Belgique, une structure révisionniste postmaoïste.

Cela ne devrait pas surprendre : les maoïstes indiens ont tendance à utiliser les concepts révisionnistes de néolibéralisme, de pays dépendants, de mondialisation. C’est la clé du problème des maoïstes indiens.

Les documents de 2021 tentent de justifier cette approche et, en fait, c’est aussi la première fois qu’ils prêchent ouvertement une telle vision « altermondialiste » du monde, étant donné que d’habitude, c’est assez masqué, même si lisible pour qui porte son attention là-dessus.

L’un des principaux points ici est que la conception erronée du PCI(M)) conduit au misérabilisme : le capitalisme serait paralysé depuis les années 1990, les masses mondiales auraient toujours été plus pauvres depuis les années 1990, et ainsi de suite. C’est un conte de fées, qui passe totalement à côté de l’incroyable développement des forces productives par le capitalisme dans la période 1989-2020, de l’impact sur la Biosphère, de l’aggravation de la contradiction entre ville et campagne.

Et, par conséquent, il s’agit d’une incompréhension de la deuxième crise générale du capitalisme apparaissant en 2020 à travers la pandémie.

Cela justifie la critique de la conception du CPI (M), l’une des organisations révolutionnaires les plus importantes du monde, prisonnière de sa propre expérience indienne et manquant la transformation générale.

1. la définition de l’impérialisme

a) ce que dit le PCI(M)

Le PCI(M) définit l’impérialisme comme suit :

« Comme l’a dit le grand enseignant marxiste Lénine, l’émergence d’organisations monopolistiques et l’exportation de capitaux sont les caractéristiques de l’impérialisme. »

« Un siècle s’est écoulé depuis que le système capitaliste mondial s’est transformé en impérialisme. »

« Avec le début de l’ère impérialiste, la phase de développement « pacifique » du capitalisme a pris fin. La série des guerres impérialistes a commencé pour les colonies et pour une nouvelle division du monde. »

« Selon le rapport publié par l’Institut fédéral suisse de technologie de Zurich, quelques organisations monopolistiques contrôlent l’économie du monde entier. Six personnes super riches du monde possèdent des biens égaux à la moitié de la population, c’est-à-dire à 3600 millions de personnes. »

« Dans l’ère impérialiste globale, en particulier dans la période néo-coloniale et surtout pendant la période de mondialisation, plusieurs changements considérables ont eu lieu à un rythme rapide dans divers secteurs au niveau international et national.

Ces changements ont conduit à des transformations et des polarisations dans les rapports de classe partout dans le monde à des niveaux variés.

Étant donné que l’ordre économique/financier mondial est plus centralisé entre les mains de quelques institutions/pays impérialistes et que la richesse et le pouvoir politique sont centralisés entre les mains de leurs grands compradores, le nombre de nationalités, de classes et de sections opprimées a augmenté très fortement. »

b) une compréhension unilatérale de l’impérialisme

Le CPI(M) a une compréhension unilatérale de l’impérialisme, qui est réduit au capital financier, qui serait centralisé et organisé.

De plus, l’impérialisme serait un nouveau système de production : il y aurait une production industrielle capitaliste qui produirait du capital, ce capital arriverait à une surproduction et l’impérialisme consisterait en la surproduction de capital.

C’est faux. L’impérialisme n’est pas une base, c’est une superstructure du capitalisme. Même lorsque le capitalisme vient à l’impérialisme, sa base est simplement capitaliste, avec la concurrence et la compétition entre capitalistes, à l’ombre des grands monopoles.

L’appareil bancaire ne fait pas disparaître la base, mais en émerge comme une forme parasite. Ainsi, la base capitaliste n’est pas modifiée en elle-même et s’il y a surproduction de capital, elle ne peut être séparée de la surproduction de marchandises.

Lénine, lorsqu’il définit l’impérialisme dans « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », est très clair sur les deux doubles aspects : base/superstructure d’un côté, industriel/financier de l’autre (ici les parties importantes sont soulignées).

« Aussi, sans oublier ce qu’il y a de conventionnel et de relatif dans toutes les définitions en général, qui ne peuvent jamais embrasser les liens multiples d’un phénomène dans l’intégralité de son développement, devons-nous donner de l’impérialisme une définition englobant les cinq caractères fondamentaux suivants :

1) concentration de la production et du capital parvenue à un degré de développement si élevé qu’elle a créé les monopoles, dont le rôle est décisif dans la vie économique ;

2) fusion du capital bancaire et du capital industriel, et création, sur la base de ce « capital financier », d’une oligarchie financière ;

3) l’exportation des capitaux, à la différence de l’exportation des marchandises, prend une importance toute particulière ;

4) formation d’unions internationales monopolistes de capitalistes se partageant le monde,

et 5) fin du partage territorial du globe entre les plus grandes puissances capitalistes.

L’impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s’est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l’exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s’est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes. »

La domination des monopoles et du capital financier ne signifie pas qu’il n’y a que des monopoles et du capital financier. C’est l’erreur du PCI(M), qui en amène une autre : la conception d’un capitalisme, c’est-à-dire d’un impérialisme, pur et organisé.

2. la conception d’un impérialisme organisé

a) ce que dit le PCI(M)

Le PCI(M) définit une sorte d’impérialisme organisé comme suit :

« Les impérialistes et les révisionnistes créent des histoires et apportent des illusions aux gens sur les conditions changeantes afin de protéger le système impérialiste et de tromper les peuples du monde. »

« Lors de la restructuration du secteur public chinois, la crise en Asie de l’Est à la fin des années 90 détruisait Singapour, la Malaisie, l’Indonésie et la Thaïlande. Avec leurs intérêts de classe, les forces impérialistes des États-Unis, de l’Europe et du Japon ont introduit expérimentalement le capitalisme au début des années 1990 pour ériger un mur contre le « communisme » dans les pays connus sous le nom de Tigres d’Asie de l’Est. »

« Le néo-colonialisme a donné à chaque force impérialiste de nouvelles opportunités à exploiter.

De plus, cela a rendu possible le colonialisme collectif pour « exploiter collectivement » les pays arriérés, ce qui s’exprime avec la Banque Mondiale, le FMI, l’OMC et d’autres organisations impérialistes de ce type. C’est un caractère distinct du néo-colonialisme. »

« 1991 – Début de la deuxième étape de la mondialisation

Alors que la théorie keynésienne a été formulée pour résoudre la crise impérialiste des années 1930, la théorie monétariste est apparue pour résoudre la crise qui a éclaté en 1970.

Les monétaristes ont suggéré de réduire les dépenses et les subventions, mais pas de produire de la monnaie afin de réduire le déficit budgétaire.

Ils ont prêché le principe de la « main invisible » d’Adam Smith selon lequel les forces du marché régulent elles-mêmes l’économie. C’est ce qu’ont mis en place Thatcher en Grande-Bretagne et Reagan aux États-Unis.

Les politiques de « libre marché » et de « libre-échange » qu’ils prétendent introduire reflètent en fait le monopole du commerce et le contrôle des monopoles sur le marché.

Le jargon du libre-échange et du marché libre n’est simplement qu’un masque du monopole des organisations monétaires internationales et des sociétés multinationales. Dire qu’ils appliquent le principe d’Adam Smith du stade capitaliste de la libre concurrence ne fait que tromper les gens du monde entier. »

« Premièrement, les impérialistes ont restructuré le capitalisme dans leurs pays en mettant en œuvre les Reaganomics et le thatchérisme. Ils ont créé une vague sans précédent de fusions et acquisitions pour établir des conglomérats géants.

Ils ont fait du capital financier une force décisive et un spectre majeur dictant les économies des pays du monde entier.

Ils ont mis sous leur contrôle toutes les formes de production sociale du monde et ont obligé tous les pays du monde à se soumettre aux politiques de la mondialisation impérialiste. Ils ont ainsi intensifié l’assaut contre la classe ouvrière de leurs propres pays et augmenté le taux de plus-value (profits) qui en était extrait.

Deuxièmement, avec une nouvelle offensive contre les pays arriérés, ils ont pu davantage étendre leurs marchés et s’emparer des matières premières bon marché de ces pays.

Ils ont intensifié de multiple manière l’exploitation des travailleurs. Ces deux éléments sont étroitement liés et interdépendants.

L’objectif de la stratégie de mondialisation est de restructurer les économies de l’ensemble des pays du monde selon les intérêts d’exploitation des entreprises financières monopolistiques internationales et des entreprises multinationales, de lever toutes les sanctions et tous les obstacles tarifaires pour les importations-exportations et pour transférer les bénéfices vers leur pays d’origine, de manière à créer un monde « sans frontières » où les biens, la technologie, le capital et le travail peuvent « librement circuler », pour faciliter l’exploitation de tout pays selon son souhait du monopole international concerné. »

b) une conception erronée d’un capitalisme « organisé »

Il est tout particulièrement surprenant que le PCI(M) dise en tout état de cause que les théories keynésiennes et monétaristes sont l’expression d’un capitalisme qui comprend sa propre crise et essaie de la surmonter, ou que l’impérialisme « a introduit expérimentalement le capitalisme » en Asie du Sud.

Ce n’est absolument pas conforme à l’idéologie communiste ; cela correspond à la conception social-démocrate (dans les années 1920) et révisionniste (dans les années 1960) d’un « capitalisme organisé », d’un capitalisme monopoliste d’État.

La conception du PCI(M) est clairement que « les entreprises financières monopolistiques internationales et les entreprises multinationales » dirigent le monde, choisissant les développements de manière objective en fonction de leurs intérêts.

Et la conséquence immédiate de ceci est la négation de la bourgeoisie bureaucratique. Il y aurait une domination totale du capital financier sur le monde, avec les gouvernements comme de simples marionnettes. Il n’y aurait pas de capitalisme bureaucratique en Inde, qui serait une sorte de néo-colonie.

3. les bourgeoisies bureaucratique et compradore

a) ce que dit le PCI(M)

« Avec le transfert du pouvoir en 1947 (indépendance nominale), l’Inde coloniale, semi-féodale s’est transformée en pays semi-colonial, semi-féodal. La grande classe bourgeoise compradore de notre pays qui a servi les impérialistes britanniques depuis le début est devenue avec le transfert du pouvoir la grande classe bourgeoise « bureaucratique » compradore.

La grande classe bourgeoise bureaucratique compradore et la grande classe féodale sont devenues ensemble le principal obstacle au développement de diverses nationalités.

Dans l’Inde semi-coloniale, la grande classe bourgeoise bureaucratique compradore joue le rôle principal, d’une part en servant les intérêts de plusieurs pays impérialistes, et d’autre part en préservant la société féodale basée sur les castes du pays. »

« Pour le dire brièvement, l’attaque planifiée du capital financier international dans le monde entier à travers la mondialisation a atteint un niveau aigu dans les pays arriérés au cours des trois dernières décennies.

Étant donné que les bourgeois bureaucratiques compradores et les classes féodales indiens dépendent du capital financier impérialiste et de ses intérêts entrelacés avec leurs intérêts, la collaboration a atteint un niveau sans précédent. »

« Aujourd’hui, la classe bourgeoise bureaucratique compradore travaille comme un instrument d’esclavage de l’impérialisme dans notre pays. Il utilise la large base sociale semi-féodale pour maintenir le peuple en esclavage et déchaîne son hégémonie.

Ce sont des traîtres, des faiseurs de trouble et de cruels ennemis du peuple. Ce sont des trompeurs, des menteurs et des corrompus. Ils massacrent les gens, ce sont des violeurs et ils sont absolument inutiles. Mais ils ont le pouvoir et les instruments de production. Ils dirigent le pays. »

« Les Tatas [c’est-à-dire une famille indienne à la tête d’un conglomérat] est la plus grande entreprise industrielle de compradores de la grande bourgeoisie. Leur chiffre d’affaires avait la 2e place en 2001 avec 37 197 crores de roupies [un crore est égal à 10 000 000].

À l’époque, les TATA comptaient 84 entreprises, dont 34 étaient des coentreprises avec des multinationales. Ils possèdent la plus ancienne et la plus grande compagnie d’électricité du secteur privé du pays.

Ils possèdent des mines, des gisements de pétrole, des usines sidérurgiques, des entreprises de fabrication de voitures et de camions, des réseaux téléphoniques, de télévision par câble et d’internet à haut débit. Ils possèdent les hôtels Taj, Jaguar, Land Rover, Dewan, Tetley tea, une maison d’édition, une chaîne de librairies, la plus grande marque de sel iodé, l’empire des cosmétiques Lakme et l’usine TATA-Honeywell de Poona. »

b) la non-compréhension de la bourgeoisie bureaucratique

Quand nous lisons ceci, il est logique que le CPI(M) considère les mouvements islamistes comme « anti-impérialiste » et ne peut pas comprendre la nature de personnes comme Saddam Hussein en Irak, Hugo Chavez au Venezuela, Recep Tayyip Erdoğan en Turquie ou même Narendra Modi en Inde.

Normalement, le maoïsme considère qu’il existe quatre formes de bourgeoisie dans les pays non impérialistes : la petite-bourgeoisie et la bourgeoisie nationale (toutes deux opprimées), la bourgeoisie compradore qui n’existe qu’en tant qu’intermédiaire avec les structures impérialistes, la bourgeoisie bureaucratique qui se développe en le capitalisme déformé existant dans le pays opprimé.

Le PCI(M) nie l’existence de la bourgeoisie bureaucratique. Il n’y aurait qu’une bourgeoisie compradore (bureaucratique) totalement soumise à l’impérialisme. Mais alors, comment le
PCI(M) peut-il expliquer qu’un simple laquais comme TATA soit capable de posséder Jaguar et Tetley, deux principaux symboles de l’impérialisme britannique ?

La seule explication pour TATA et tous les grands capitalistes indiens est qu’ils sont des capitalistes bureaucratiques. Ils ont été compradores et ils sont passés à un capitalisme bureaucratique assez indépendant, aux traits indiens.

Le PCI(M) indique donc ici quelque chose d’incorrect. Et il pratique la fuite en avant en disant que c’est la mondialisation elle-même qui est la seule responsable de toute l’évolution en Inde.

4. un changement seulement par en haut ?

a) ce que dit le PCI(M)

« Cela signifie, dans les spécificités de l’Inde, que nous devons étudier la société féodale, les sociétés postérieures coloniales (coloniales, semi-féodales) et néo-coloniales (semi-coloniales, semi-féodales), l’attaque de la mondialisation impérialiste (capital financier), les changements qu’elle a provoqués dans tout le pays et dans les régions respectives et le rôle de la lutte des classes qui a contribué au changement des rapports de production dans les régions respectives. »

« Dans l’ensemble, l’impérialisme déchaîne son contrôle sur les secteurs sociaux, économiques, politiques, culturels et sur tous les secteurs de la base semi-féodale du pays, historiquement et dans la phase actuelle de la mondialisation.

L’intention principale de l’impérialisme est de développer industriellement le pays, mais pas de le transformer en un autre concurrent capitaliste. Il veut le soutenir en tant que fournisseur de matières premières et en tant que marché pour les produits impérialistes.

Les dirigeants compradores ont amené de nombreuses lois, règles, règlements, directives et autres mesures politiques pour apporter des changements dans l’Inde rurale, qui sont favorables aux multinationales impérialistes, aux classes bureaucratiques bourgeoises et féodales compradores. »

« Pendant la période de mondialisation, les anciennes et les nouvelles forces féodales des castes dominantes dans les zones rurales ont été le soutien social à chaque étape que l’État a entreprise dans l’intérêt de l’impérialisme et de la bourgeoisie bureaucratique compradore.

Outre les sociétés étrangères et les sociétés compradores nationales, les nouvelles forces féodales, les chefs de partis parlementaires et plusieurs types de mafias ont bénéficié de la politique d’exploitation agraire, rurale.

La collaboration des entreprises mondiales du capital financier, les différents réseaux gouvernementaux et non gouvernementaux, les partis politiques parlementaires et plusieurs types de mafias se sont beaucoup développés et les rapports semi-féodaux dirigés par les anciennes et les nouvelles forces féodales se sont poursuivis sous de nouvelles formes. »

« Classe nationale bourgeoise

Cette classe investit dans le commerce de gros, le transport de marchandises, les transports publics, l’éducation, le secteur de la santé, les hôtels, le commerce des feuilles de tendu [pour le papier à cigarette des bidis] et d’autres secteurs du commerce et des services, ainsi que les petites et moyennes industries.

Elle est opprimée par l’impérialisme et les politiques capitalistes bureaucratiques compradores et est enchaînée par le féodalisme. Pour cette raison, son marché souffre constamment de leur offensive. La croissance de leurs industries est limitée. Des milliers d’industries sont en faillite. »

b) une compréhension erronée du changement par en haut et non comme interne

Le PCI(M) est très clair. Comme le pays serait totalement dépendant (et la bourgeoisie nationale et le capitalisme local mourraient chaque jour davantage), comme la classe dirigeante serait une bourgeoisie compradore totalement dépendante de l’impérialisme, quand l’aspect semi-féodal du pays connaît un changement, c’est par en haut seulement.

Ceci est clairement inacceptable, car le PCI(M) présente le mouvement nationaliste en Inde comme une abstraction étrangère, dans la négation de la bourgeoisie bureaucratique.

5. la nature du BJP

a) ce que dit le PCI(M)

« La chasse du capital financier mondial pour les super profits détruit la vie de l’ensemble du prolétariat, des paysans, de la classe moyenne et de la bourgeoisie nationale et d’autres classes, sections et nationalités opprimées et les attaque cruellement. A cette fin, il porte au pouvoir les partis fascistes dans les pays arriérés.

Dans ce contexte, le gouvernement Narendra Modi sous la direction du BJP fasciste avec l’idéologie brahmanique Hindutva a pris le pouvoir dans le centre de notre pays et déclenche une grave offensive fasciste contre le peuple depuis six ans. »

« Le communautarisme brahmanique hindutva s’est largement répandu dans le pays au cours des sept dernières décennies. Partant du massacre de milliers de musulmans lors de la partition en 1947, il déclencha plusieurs massacres, atrocités, incendies, destructions de biens et pillages (…). Les forces Hindutva sont allées de l’avant avec l’objectif de transformer le pays en un État Hindutva.

Nous devons nous rappeler que tout cela est dicté par le capital financier mondial. L’objectif du capital financier est de faciliter son exploitation en renforçant le fascisme dans le pays et en instaurant l’idéologie fasciste et son hégémonie dans tous les secteurs du pays.

10. Le système de castes hiérarchique basé sur l’idéologie brahmanique hindutva fait partie intégrante des rapports semi-féodaux en Inde. »

b) la question du BJP

Le PCI(M) nous dit ici quelque chose d’incohérent. Pourquoi l’impérialisme ferait-il la promotion de l’hindouisme et de l’expansionnisme indien à travers le Bharatiya Janata Party (le parti du peuple indien) ? Pourquoi l’impérialisme aurait-il ou devrait-il avoir besoin d’un missile intercontinental indien avec une arme atomique, appelé Agni, du dieu hindouiste du feu ?

Le romantisme anticapitaliste hindutva n’est absolument pas conforme aux valeurs du consumérisme impérialiste. La politique d’unification nationaliste du pays par le BJP n’est pas conforme à la ligne de l’impérialisme de diviser pour régner.

En fait, il est facile de comprendre que le BJP représente la bourgeoisie bureaucratique indienne, essayant de jouer sa propre carte, de manière relative seulement bien sûr. Il en est de même partout dans le monde, des pays semi-féodaux semi-coloniaux devenant expansionnistes, comme la Turquie.

En niant le caractère bourgeois bureaucratique du BJP, le PCI(M) nie (de manière théorique) le caractère expansionniste de l’Inde, ce qui est une erreur sur le plan idéologique et se heurte bien sûr à la pratique internationaliste du PCI(M) lui-même.

Le problème est que le CPI(M), avec sa conception d’un impérialisme systémique, ne voit pas la croissance étonnante des forces productives depuis les années 1990.

6. la crise depuis 1973 ?

a) ce que dit le PCI(M)

« En fait, la mondialisation est l’offensive du capital financier sur les pays arriérés du monde. Elle est liée à la restructuration du capital dans les monopoles. Puisque le capital est tombé en crise permanente depuis 1973, cela fait partie de sa stratégie pour surmonter la crise. À l’heure actuelle, il est tombé dans une nouvelle crise depuis 2008. »

« Depuis le début des années 1970, l’impérialisme est tombé en crise générale dans le monde entier, dans les années 1980, des politiques de mondialisation plus intenses ont été adoptées et il a fait peser le fardeau de sa crise sur des pays semi-coloniaux, semi-féodal comme l’Inde. »

« Les économies de ces pays se sont développées très rapidement pendant près de deux décennies et ont conduit à une stabilité partielle du capitalisme. Mais cela ne pouvait pas durer en permanence.

Avec la crise tombant dans une dépression prolongée à partir de 1973, l’illusion d’une expansion constante de l’économie mondiale a été brisée. »

« La crise financière mondiale depuis 1973 a entraîné une baisse de la demande de biens d’équipement dans les pays impérialistes.

Dans le cadre de l’internationalisation de la production, l’impérialisme a adopté des politiques de mondialisation depuis les années 1980 et 1990. Cela fait partie de la politique néocoloniale de l’impérialisme depuis l’après-guerre.

Cependant, il existe une différence entre les politiques adoptées par l’impérialisme dans le cadre du néo-colonialisme en 1946-80 et les politiques de mondialisation depuis les années 1980, en particulier depuis le début des années 1990 lorsque la Russie a décliné en tant que superpuissance.

Les impérialistes qui ont adopté des politiques économiques keynésiennes jusque-là ont introduit des politiques de libre-échange depuis le début des années 1990. »

b) la question des forces productives

Le PCI(M), dans ses documents, donne beaucoup de données sur la pauvreté. Le problème est que cela est fait avec la même approche statistique qu’Eugen Varga au début de la Troisième Internationale. La dialectique de l’économie n’est pas comprise.

Dire que le capitalisme est en crise depuis 1973 est tout simplement incroyable. De 1989 à 2020, la croissance capitaliste a été énorme, utilisant la Chine comme usine du monde.
La qualité de vie des peuples des pays impérialistes n’a cessé de s’améliorer, que ce soit dans les domaines de la médecine, de l’éducation, du sport, des loisirs, de l’alimentation, etc.

Bien sûr, ces domaines ont été définis par l’impérialisme. Mais si on prend le niveau quantitatif, la vie est devenue beaucoup plus facile dans les pays impérialistes. Cela explique aussi pourquoi il n’y a pas eu de révolte, pourquoi le secteur révolutionnaire a failli mourir, etc.

Mais cela n’est pas seulement vrai pour les pays impérialistes.

Les pays opprimés par l’impérialisme ont également connu une élévation de la qualité de vie au cours de la même période. Pas tous, bien sûr, et l’Inde en particulier est un point faible, ce qui en fait l’un des centres de la Révolution mondiale.

Néanmoins, un regard sur Mumbai, Kolkata ou Delhi montre comment l’Inde a changé, avec une urbanisation correspondant au développement des forces productives. Et le BJP est l’expression d’une telle tendance, avec une bourgeoisie bureaucratique.

Et le PCI(M) le sait, en fait – parce qu’il a compris les changements qui ont connu la Chine. Comment la Chine aurait-elle pu devenir social-impérialiste sinon par une bourgeoisie bureaucratique ?

7. la Chine social-impérialiste

a) ce que dit le PCI(M)

« La Chine, une nouvelle puissance social-impérialiste ! Elle fait partie intégrante du système capitaliste-impérialiste mondial ! »

« Contrairement à l’opinion de certains maoïstes, la Chine n’est ni dépendante des pays impérialistes ni un pays exploité par ces pays impérialistes.

Au contraire, c’est sans aucun doute devenu un nouveau pays social-impérialiste en 2014. Elle n’est apparue comme une puissance impérialiste que parce qu’elle surexploitait la classe ouvrière du pays. Il ne fait aucun doute que l’industrialisation rapide a conduit à ce changement.

L’émergence de la Chine en tant qu’usine mondiale renforce la restructuration économique du monde et modifie la dynamique de la chaîne d’approvisionnement et de demande du système économique mondial. »

« Pour résumer, les organisations monopolistiques chinoises sont les plus puissantes au monde. « Le monopole est la base économique solide de l’impérialisme », a déclaré Lénine. C’est un indice pour dire que la Chine est devenue un pays social-impérialiste. »

b) la Chine et la bourgeoisie bureaucratique

S’il n’y avait en Chine qu’une bourgeoisie compradore, alors ce pays serait encore dépendant.

Le PCI(M) comprend bien qu’il n’est pas dépendant, qu’il est même social-impérialiste, constatant que les monopoles sont très bien organisés, à un niveau élevé.

Mais d’où cela peut-il venir, sinon de la bourgeoisie bureaucratique ? La bourgeoisie bureaucratique grandit normalement dans l’ombre de la bourgeoisie compradore, dont elle fait aussi partie dialectiquement.

Mais à mesure que le capitalisme, d’une manière déformée, se développe, la bourgeoisie bureaucratique grandit et absorbe l’État.

Les communistes péruviens décrivent comme suit ce processus :

« S’appuyant sur les thèses du Président Mao il [c’est-à-dire Gonzalo] nous dit que le capitalisme bureaucratique a cinq caractères :

1) Ce capitalisme bureaucratique est le capitalisme que l’impérialisme développe dans les pays arriérés et qui comprend les capitaux des grands propriétaires terriens, des grands banquiers et des magnats de la grande bourgeoisie ;

2) Il exploite le prolétariat, la paysannerie et la petite bourgeoisie et limite la moyenne bourgeoisie ;

3) Il passe par un processus qui fait que le capitalisme bureaucratique se combine avec le pouvoir de l’État et devient capitalisme monopoliste étatique, compradore et féodal ; il en découle qu’en un premier moment il se développe comme grand capital monopoliste non étatique, et en un deuxième moment − quand il se combine avec le pouvoir de l’État − il se développe comme capitalisme étatique ;

4) Étant arrivé au plus haut degré de son développement, il fait mûrir les conditions pour la révolution démocratique ;

5) Confisquer le capitalisme bureaucratique est la clé pour mener à bonne fin la révolution démocratique, et est décisif pour passer à la révolution socialiste.

Le Président Gonzalo voit que le capitalisme bureaucratique est le capitalisme engendré par l’impérialisme dans les pays arriérés, qu’il est lié à la féodalité caduque et soumis à l’impérialisme, phase supérieure du capitalisme ; qu’il n’est pas au service des majorités, mais à celui des impérialistes, de la grande bourgeoisie et des propriétaires terriens (…).

Tout cela prouve l’aspect politique du capitalisme bureaucratique, qui n’est pas assez souligné, et que le Président Gonzalo considère comme un aspect clé, car le capitalisme bureaucratique fait mûrir les conditions pour la révolution et, aujourd’hui, quand il entre dans son étape finale, il fait mûrir les conditions pour le développement et le triomphe de la révolution.

La vision que le Président Gonzalo a du capitalisme bureaucratique est aussi très importante ; il le voit conforté par le capitalisme monopoliste non étatique et par le capitalisme monopoliste étatique, en s’appuyant sur la différenciation qu’il a établi entre les deux factions de la grande bourgeoisie : la bureaucratique et la compradore, afin de ne se mettre à la remorque d’aucune des deux, problème qui mena notre Parti à une tactique erronée durant 30 années.

Il est important d’avoir cette conception car c’est de la confiscation du capitalisme bureaucratique par le Pouvoir Nouveau que découlera le triomphe de la révolution démocratique et l’avance vers la révolution socialiste.

Si l’on ne visait que le capitalisme monopoliste de l’Etat on laisserait la voie libre à l’autre partie, le capitalisme monopoliste non étatique ; ainsi, la grande bourgeoisie compradore se maintiendrait économiquement et pourrait reprendre le dessus pour s’emparer de la direction de la révolution et frustrer son passage à la révolution socialiste. »

(Parti Communiste du Pérou : La révolution démocratique, 1988)

7. la libération nationale

a) ce que dit le PCI(M)

« Une économie autosuffisante doit être développée. Mais l’impérialisme, les classes bureaucratiques compradores bourgeoises et féodales font obstacle à cette voie.

Quatre classes alliées – les ouvriers, les paysans, la classe moyenne et les classes bourgeoises nationales, les sections sociales opprimées – les Dalits, les tribus, les femmes et les minorités religieuses doivent s’intégrer dans la direction du prolétariat et les éliminer et la Révolution de Nouvelle Démocratie doit être accomplie avec l’objectif ultime de l’établissement du socialisme-communisme.

Ce n’est qu’ainsi qu’il est possible d’établir une économie de nouvelle démocratie et auto-suffisante. Ce n’est qu’ainsi qu’un véritable développement est possible. »

b) un mouvement de libération nationale

Il est très clair que le PCI(M) a une ligne correspondant à un mouvement de libération nationale. C’est positif. Mais ce n’est pas conforme au marxisme-léninisme-maoïsme. Le PCI(M) ne s’intéresse pas aux questions intérieures de l’Inde, il considère que la confrontation avec l’impérialisme est la seule clé.

De là naît la fascination pour les tribaux en marge du développement et un mépris pour toutes les questions culturelles indiennes, comme la nature de l’Islam en Inde ou le rapport aux animaux. Ce qui fascine le monde à propos de l’Inde est hors du champ de vision du PCI(M).

De là vient aussi la non-compréhension de la crise apparaissant en 2020. Ne voyant pas le développement de la période 1989-2020, le PCI(M) s’imagine que le capitalisme, devenu impérialisme en tant que système mondial, serait en crise depuis 1973…

C’est une énorme erreur et cela montre que le CPI(M) doit choisir : ou être la branche armée d’un « autre développement » contre la mondialisation, ou assumer l’histoire indienne.

La crise imposera un choix rapide et décisif.


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