VERITE. Conformité d’une notion, d’une idée avec l’objet ; connaissance reflétant fidèlement la réalité objective. (V. Vérité absolue et vérité relative ; Vérité concrète ; Vérité objective.)

VERITE ABSOLUE ET VERITE RELATIVE. Concepts philosophiques reflétant le processus historique de la connaissance de la réalité objective.

Contrairement à la métaphysique, qui tient le savoir humain pour immuable et qui voit dans chaque vérité un produit tout fait, donné une fois pour toutes, le matérialisme dialectique considère la connaissance comme un processus historique s’échelonnant de l’ignorance à la connaissance, de la connaissance des faits et des aspects isolés de la réalité à une connaissance plus ample et plus profonde, à la découverte des lois de développement toujours nouvelles.

Le processus de la connaissance du monde et de ses lois est tout aussi infini que le développement de la nature et de la société.

A chaque étape de la science, nos connaissances dépendent du niveau atteint par l’expérience, la technique, l’industrie, etc. Au fur et à mesure que progressent la connaissance et la pratique humaines, nos représentations de la nature s’approfondissent, deviennent plus exactes, se perfectionnent.

Aussi les vérités établies par la science à une époque historique déterminée, loin d’être définitives, complètes, sont nécessairement des vérités relatives, elles doivent être développées, vérifiées et précisées.

Ainsi, l’atome était considéré comme indivisible jusqu’au début du XXe siècle, époque où il a été montré qu’il se compose d’électrons et de protons. La théorie électronique approfondit et élargit nos connaissances sur la matière. Les notions que nous avons aujourd’hui de l’atome diffèrent sensiblement de celles de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Nos connaissances sur le noyau atomique (V.) ont particulièrement évolué. Mais les données actuelles de la science sur la structure de la matière ne sont pas la vérité définitive et sans appel :

« … le matérialisme dialectique insiste sur le caractère transitoire, relatif, approximatif de tous ces jalons de la connaissance de la nature, progressant par la science humaine. L’électron est aussi inépuisable que l’atome, la nature est infinie… » (Lénine : « Matérialisme et empiriocriticisme », M. 1952, p. 302).

Les vérités sont relatives en ce sens également qu’elles ont un contenu concret déterminé par des conditions historiques. Ce qui est vrai dans certaines conditions ne l’est plus dans d’autres conditions historiques. Ainsi, la thèse de Marx et d’Engels sur l’impossibilité pour le socialisme de vaincre dans un pays pris à part, était juste à l’époque du capitalisme prémonopoliste, mais elle cessa de l’être après l’avènement de l’impérialisme.

La nouvelle théorie de la révolution socialiste, théorie créée par Lénine, montre la possibilité de construire le socialisme dans un seul ou dans quelques pays pris à part et l’impossibilité de sa victoire simultanée dans tous les pays.

Tout en soulignant le caractère relatif des vérités scientifiques, le matérialisme dialectique professe que chaque vérité relative marque un progrès dans la connaissance de la vérité absolue, que chaque conquête de la science renferme des éléments de la vérité absolue, c’est-à-dire d’une vérité parfaite qui ne pourra pas être mise en cause dans l’avenir.

Il n’y a pas de barrière infranchissable entre la vérité relative et la vérité absolue. La somme des vérités relatives conçues dans leur devenir aboutit à la vérité absolue. Si le matérialisme dialectique admet la relativité de toutes nos connaissances, ce n’est point qu’il nie la vérité, mais parce que nous ne sommes pas en mesure à chaque moment donné de la connaître jusqu’au bout, de l’épuiser entièrement.

Cette thèse du matérialisme dialectique sur le caractère des vérités relatives a une importance de principe. Le progrès des sciences fait constamment apparaître des notions et des représentations toujours nouvelles qui viennent remplacer certaines notions et représentations périmées.

Spéculant sur cette logique inéluctable du processus de la connaissance, les idéalistes prétendent que la vérité objective est impossible, que le monde matériel extérieur n’existe pas, qu’il n’est qu’un « complexe de sensations ». Puisque les vérités sont relatives, disent-ils, elles ne sont que des représentations subjectives et des constructions arbitraires de l’homme ; les sensations humaines ne répondent, par conséquent, à aucun monde objectif ; et si même il existe, nous ne pouvons rien savoir de lui.

La philosophie bourgeoise de nos jours use largement de ce procédé pour substituer à la science la religion. Le matérialisme dialectique démasque les idéalistes. Le fait qu’une vérité donnée ne saurait être considérée comme définitive et complète ne veut point dire qu’elle ne reflète pas le monde objectif, qu’elle n’est pas une vérité objective, mais que ce reflet est un processus complexe, qu’il est fonction du niveau atteint par la science, que la vérité absolue ne peut pas être connue d’un seul coup.

Lénine a eu le grand mérite de mettre au point ce problème, de battre en brèche les tentatives des machistes pour nier le monde extérieur, de nier la vérité objective et absolue sous couleur de défendre la vérité relative.

« Les contours du tableau sont historiquement relatifs, mais il est certain que ce tableau reproduit un modèle existant objectivement. Le fait qu’à tel ou tel moment, dans telles ou telles conditions, nous avons avancé dans notre connaissance de la nature des choses au point de découvrir l’alizarine dans le goudron de houille ou de découvrir des électrons dans l’atome, est historiquement relatif ; mais ce qui est certain, c’est que toute découverte de ce genre est un progrès de la « connaissance objective absolue ». En un mot, toute idéologie est historiquement relative mais il est certain qu’à chaque idéologie scientifique (contrairement à ce qui se produit, par exemple, pour l’idéologie religieuse) correspond une vérité objective, une nature absolue » (Ibid., p. 148).

Voilà pourquoi admettre l’existence d’une vérité absolue c’est admettre l’existence du monde objectif extérieur, admettre que notre connaissance reflète la vérité objective. Reconnaître l’existence d’une vérité objective, c’est-à-dire indépendante de l’homme et de l’humanité, c’est reconnaître d’une façon ou d’une autre la vérité absolue.

Mais le fait est que cette vérité absolue se découvre par étapes, à masure que la connaissance humaine progresse. « La pensée humaine est, par nature, capable de nous donner et nous donne effectivement la vérité absolue, qui n’est qu’une somme de vérités relatives.

Chaque étape du développement des sciences ajoute de nouveaux grains à cette somme de vérité absolue, mais les limites de la vérité de toute proposition scientifique sont relatives, tantôt élargies, tantôt rétrécies, au fur et à mesure que les sciences progressent » (Ibid., p. 146).

VERITE CONCRETE. Vérité fondée sur l’analyse et la généralisation des conditions historiques concrètes dans lesquelles se produit un événement, un processus. Dans ce sens, la vérité est toujours concrète, puisque tout dépend des conditions données, du lieu et du temps.

Ainsi, en 1905, en Russie tsariste, le mot d’ordre d’une république démocratique bourgeoise avait un caractère révolutionnaire tandis que sous le pouvoir soviétique il est contre-révolutionnaire parce que la république bourgeoise est un pas en arrière par rapport à la république des Soviets.

Toute définition abstraite, détachée des conditions et des rapports historiques, devient vide de sens et de contenu. Telles sont les notions abstraites de l’« égalité », du « bien », de la « démocratie », etc. La notion d’« égalité » n’a de sens que si elle est concrète : l’égalité de qui par rapport à qui ? l’égalité en quoi ? Il est impossible, par exemple, de parler de l’« égalité en général ».

Dans une société divisée en classes, la notion d’égalité a toujours un contenu concret. A l’aide de la notion de l’« égalité en général », les idéologues de la bourgeoisie veulent dissimuler l’exploitation des ouvriers par les capitalistes, la misère et l’état d’asservissement des travailleurs privés de droits.

La « démocratie en général » n’existe pas non plus ; il y a une démocratie bourgeoise et une démocratie socialiste, prolétarienne.

Ainsi, ce n’est qu’en plaçant les questions dans un cadre historique déterminé et en donnant aux notions un contenu concret que l’on peut arriver à une connaissance scientifique de la réalité, à des vérités authentiquement concrètes.

« VERITES ETERNELLES ». Les métaphysiciens considèrent toute vérité comme une « vérité éternelle » donnée une fois pour toutes et immuable. « Les vérités authentiques sont absolument immuables », écrivait Dühring (V.).

Dans sa critique de ce dernier, Engels montra que les vérités vraiment scientifiques se développent, se modifient, se perfectionnent grâce au progrès des sciences et de l’activité pratique des hommes.

Dans sa caractéristique des trois grands domaines de la science (nature inanimée, nature vivante, société), Engels indique que les vérités scientifiques se développent et que la force de la science tient justement au fait qu’elle n’admet pas de connaissances figées.

Il va sans dire qu’il existe des « vérités éternelles » comme, par exemple, celle qui constate que Paris se trouve en France, etc., mais les « vérités » de ce genre sont extrêmement simples et ne sauraient être comparées aux vérités complexes intéressant la science et qui ne s’obtiennent pas d’emblée, mais au cours d’un progrès scientifique, long et laborieux.

Les vérités éternelles sont particulièrement chères à ceux qui veulent en déduire que l’histoire humaine connaît elle aussi des vérités éternelles, une morale éternelle, une justice éternelle, etc.

Cette démarche est propre à tous les idéologues des classes exploiteuses qui, par des phrases sur la justice et la morale « éternelles », etc., veulent dissimuler l’antagonisme des classes, nier le droit des exploités de lutter pour une vie meilleure, faire passer le régime de l’esclavage et de l’oppression pour un régime fondé sur la justice « éternelle », etc.

Le matérialisme dialectique, qui a réfuté la théorie métaphysique des « vérités éternelles », a créé la seule théorie valable de la connaissance des vérités scientifiques. (V. Connaissance ; Théorie et pratique ; Vérité absolue et vérité relative.)

VERITE OBJECTIVE. Reflet fidèle du monde objectif, de la réalité objective dans la conscience humaine, dans la science.

Ainsi, par exemple, il s’agit de vérités objectives, quand les sciences de la nature montrent que la terre est antérieure à l’homme, que le monde est matériel, que l’homme pense avec son cerveau, etc. Les idéalistes qui nient le monde objectif et son existence indépendamment et en dehors de la conscience, n’admettent pas de vérité objective ; la vérité est pour eux quelque chose de subjectif, d’arbitraire.

La question de la vérité objective est une de celles autour desquelles s’affrontent deux camps, deux partis opposés en philosophie, le matérialisme et l’idéalisme. En niant la vérité objective, les idéalistes luttent contre la science, défendent le fidéisme, la religion.

Comme leurs prédécesseurs, les idéalistes subjectifs contemporains prétendent que les sensations, les représentations, les concepts ne sont que des signes, des symboles, des instruments inventés par l’homme pour des raisons de « commodité », mais qui ne reflètent pas les choses, les phénomènes objectifs.

Ainsi, le machiste Bogdanov (V.) proclamait que la vérité objective n’existe pas et ne saurait exister : la vérité ne serait, selon lui, qu’une « forme idéologique, organisatrice de l’expérience humaine », formule qui, en somme, érige en vérités objectives des préjugés aussi ineptes que la croyance aux loups-garous, etc., cette croyance pouvant être considérée comme une « forme idéologique de l’expérience ».

Dans son « Matérialisme et empiriocriticisme » (V.), Lénine a démasqué tout ce qu’il y a de mensonger et de réactionnaire dans la théorie machiste de la vérité, théorie incompatible avec les sciences de la nature.

« La négation de la vérité objective par Bogdanov, c’est de l’agnosticisme et du subjectivisme… Cette affirmation de la science : la terre est antérieure à l’homme, est une vérité objective. Et cette affirmation des sciences de la nature est incompatible avec la philosophie des machistes et leur théorie de la vérité : si la vérité est une forme organisatrice de l’expérience humaine, l’assertion de l’existence de la terre en dehors de toute expérience humaine ne peut être vraie » (Lénine : « Matérialisme et empiriocriticisme », M. 1952, p. 132).

Les idéalistes bourgeois contemporains — pragmatistes, positivistes logisticiens, etc. — ont mis la négation de la vérité objective à la base de leur philosophie réactionnaire. (V. Positivisme logistique ; Pragmatisme.)

En niant la vérité objective, ils cherchent à « accommoder » les données récentes de la science de façon à faire croire que rien n’existe en dehors des sensations et des représentations humaines, que le monde extérieur n’est qu’un « complexe de sensations ». L’idéalisme « physique » (V.) repose entièrement sur cette « accommodation » idéaliste des données de la science.

Le matérialisme dialectique, qui a dénoncé ces procédés idéalistes, a élaboré une théorie scientifique de la vérité objective, qui répond par l’affirmative à la question suivante : « Les représentations humaines peuvent-elles avoir un contenu indépendant du sujet, indépendant de l’homme et de l’humanité ? » (Ibid., p. 131).

La science et la pratique montrent que toute vérité scientifique qui reflète fidèlement la réalité et qui est vérifiée par la pratique, est une vérité objective.

Ainsi, le matérialisme philosophique marxiste part de ce principe que la matière et le mouvement sont inséparables, qu’il n’y a pas de matière sans mouvement. Les données de la physique moderne sur l’atome (V.), sur l’énergie nucléaire confirment entièrement cette thèse du matérialisme. L’application pratique des lois de la désagrégation de l’atome et l’utilisation de l’énergie atomique fournissent un critère suprême de la vérité de cette affirmation.

Il s’ensuit que le principe de l’inséparabilité de la matière et du mouvement est une vérité objective car il reflète le monde objectif, indépendant du sujet.

La théorie marxiste du socialisme est, elle aussi, une vérité objective. Elle exprime les lois objectives du développement historique de l’humanité ; toute l’expérience pratique du développement social la confirme.

La victoire du socialisme en U.R.S.S., la construction du socialisme dans les démocraties populaires, la lutte de tous les peuples pour la paix, la démocratie et le socialisme, tous ces faits sont des vérités objectives.

Voilà pourquoi le matérialisme dialectique affirme que nos connaissances des lois de la nature, si elles sont vérifiées par la pratique, par l’expérience, sont des connaissances certaines, des vérités objectives.

VERITE RELATIVE. V. Vérité absolue et vérité relative.


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