La figure de « Joris-Karl » Huysmans est incontournable du décadentisme de la fin du XIXe siècle, qui est de fait principalement un romantisme noir ; le roman Là-bas de « Joris-Karl » Huysmans, paru en 1891, traite de la scène parisienne de l’occultisme, du spiritisme, de l’astrologie, avec une fascination profonde pour le diable, etc., alors que le personnage principal étudiant la figure de Gilles de Rais, le principal compagnon de Jeanne d’Arc qui fut mis à mort pour le viol et la mise à mort d’une centaine d’enfants.

En voici un extrait, dont on reconnaît le kitsch déjà présent chez Charles Baudelaire :

« — Et elle est mariée, cette dame ?

— Non, c’est une ancienne religieuse qui fut jadis débauchée par le chanoine Docre.

— Ah ! et ces messieurs qui paraissent vouloir rester dans l’ombre ?

— Ce sont des Sataniques… il y en a un parmi eux qui fut professeur à l’école de médecine ; il a chez lui un oratoire où il prie la statue de la Vénus Astarté, debout sur un autel.

— Bah !

— Oui ; — il se fait vieux, et ces oraisons démoniaques décuplent ses forces qu’il use avec des créatures de ce genre ; — et elle désigna, d’un geste, les enfants de chœur.

— Vous me garantissez la véracité de cette histoire ?

— Je l’invente si peu que vous la trouverez racontée tout au long dans un journal religieux les Annales de la Sainteté. Et, bien qu’il fût clairement désigné dans l’article, ce monsieur n’a pas osé faire poursuivre ce journal ! — Ah çà, qu’est-ce que vous avez ? Reprit-elle, en le regardant.

— J’ai… que j’étouffe ; l’odeur de ces cassolettes est intolérable !

— Vous vous y habituerez dans quelques secondes.

— Mais qu’est-ce qu’ils brûlent pour que ça pue comme cela ?

— De la rue, des feuilles de jusquiame et de datura, des solanées sèches et de la myrrhe ; ce sont des parfums agréables à Satan, notre maître ! »

On trouve également d’autres auteurs – en même temps écrivains et polémistes – se tournant comme « Joris-Karl » Huysmans toujours plus vers le catholicisme : Ernest Hello (1828-1885) et surtout Léon Bloy (1846-1917).

Dans l’Exégèse des Lieux Communs, paru en 1902, Léon Bloy montre comment les décadentistes ont, dans l’esprit originaire de Joséphin Peladan, fusionner avec le catholicisme.

Habitué de la forme très courte, de petites histoires, Léon Bloy y raconte des petites saynettes à partir d’expressions ou de thèmes qui sont selon lui des lieux communs (« Les affaires sont les affaires », « Être comme il faut », « Chercher midi à quatorze heures », « On ne meurt qu’une fois », etc.).

Voici un exemple particulièrement agressif, exprimant un catholicisme particulièrement militant et ici provocateur et jusqu’auboutiste.

« La Saint-Barthélémy.

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Ah ! par exemple, je renâcle à la série. J’ai pu consentir, héroïquement, à l’observation de quelques âneries jugées par moi-même singulières et prototypiques, mais je m’arrête là. Qui sait si on n’exiger

ait pas bientôt que je m’attardasse à la Révocation de l’Édit de Nantes, acte le plus honorable du règne de Louis XIV et qui fait braire la moitié de l’Europe depuis deux cents ans ? Ne faudrait-il pas, immédiatement après, dire quelque chose de la Bastille, de la Liberté de Conscience, des Droits de l’homme, du Suffrage universel, des arts d’agréments et, peut-être aussi, du sourire mystérieux de la Joconde ? Alors, zut et zut !

Pour nous en tenir à la Saint-Barthélémy, qui aurait pu être un des moments les plus agréables de l’histoire de France, j’avoue avoir éprouvé une bien pénible confusion toutes les fois qu’en Danemark, en Suède, ou dans tout autre pays protestant, on m’en a parlé. En effet, il se dit communément, dans ces banlieues, que cette fête fit couler le sang de plusieurs centaines de milliers de calvinistes au cœur pur, rien qu’à Paris.

— Plût à Dieu ! me suis-je écrié, chaque fois, douloureusement. Vous représentez-vous l’humiliation de rectifier, par les humbles chiffres trop certains, ces chiffres grandioses ! J’étais dans la situation d’un malheureux supposé riche et forcé d’avouer son dénuement. Cette humiliation dure toujours, atténuée un peu, il est vrai, par la certitude consolante que les calvinistes, aujourd’hui, s’entrecrèvent eux-mêmes volontiers, le plus gentiment du monde.

Tout de même c’est dur, pour un catholique, de ne jamais voir la fin de cette ironie, de toujours subir, ici ou là, en France aussi bien qu’à l’étranger, depuis environ 330 ans, la dérisoire vitupération des imbéciles pour l’atrocité, malheureusement imaginaire, d’un vieux Fait-Paris qui eût pu être un si grand acte, mais qui, par l’effet d’un concert inouï de maladresses, n’a été, hélas ! rien de plus qu’une espèce d’effusion sentimentale. »

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On comprend dans cette perspective que la peinture symboliste française ne pouvait aller bien loin. En Autriche et en Belgique, le symbolisme était également porté par une bourgeoisie bataillant avec l’aristocratie et arrachant une hégémonie culturelle au moyen de l’esthétique ; ici l’existence du baroque est décisive pour comprendre le symbolisme.

En France, le symbolisme a surtout été un décadentisme, un romantisme noir tourné vers le christianisme. Il y eut bien une tentative de promouvoir un symbolisme rompant avec le décadentisme, avec le grec Ioánnis A. Papadiamantópoulos (1856-1910), dit Jean Moréas, qui publiera un manifeste symboliste, accompagné d’une revue Le symboliste tirant à boulets rouges sur son concurrent Le décadent et désireux de rompre avec la fascination idéaliste pour les brumes romantiques germaniques, mais cela fut un échec complet.

C’est particulièrement clair quand on s’attarde sur la maigre production dans le domaine pictural. Il n’y a guère de peintres symbolistes, pour la simple raison que le symbolisme français est en réalité un décadentisme et que le décadentisme est avant tout une forme littéraire.

Parmi les rares peintres qui sont nommés, et dont la renommée par ailleurs reste faible même en France, sans parler de sur le plan international, on trouve Gustave Moreau (1826-1898). Cet artiste a ainsi peint ou dessiné plus de 8000 œuvres, mais ses œuvres ne dépassent la thématique catholique : celle du mysticisme ou bien celle de la Renaissance italienne, avec une profonde influence de la peinture préraphaélite anglaise dont sa propre peinture est une sorte de caricature.

Voici ses œuvres les plus représentatives, très parlantes quant à la nature décadentiste du symbolisme.

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