Photo de la BMW 530E dotée d'une puissance de 355 chevaux de prise peu après le drame

Photo de la BMW 530E dotée d’une puissance de 355 chevaux prise peu après le drame

La société belge se décompose de l’intérieur et les comportements anti-sociaux sont légion sur les routes. A la ville, à la campagne, c’est pareil, de pire en pire. La violence routière n’est pas nouvelle, certes. D’ailleurs, les automobiles, les motos et les trottinettes électrique, débridée ou non, sont en soi dangereuses, même avec des conducteurs vigilants et bien formés. Cependant, la situation s’est largement dégradée dans les années 2010, puis plus encore avec la crise sanitaire.

Ceci est typique de l’époque. Il y a de grands moyens matériels et sociaux, on pourrait faire des choses formidables, mais pourtant tout se casse la figure et le monde devient de plus en plus insupportable.

Cette triste réalité s’illustre, dans les faits du 20 mars 2022, vers 05h00 du matin, rue des Canadiens à Strépy-Bracquegnies, alors qu’une BMW lancée à très grande vitesse fauche un cortège folklorique en plein ramassage des Gilles de maison en maison. On appelle le ramassage le moment, vers la fin de la nuit, où les Gilles sortent de chez eux, se rassemblent et se mettent en route pour le rendez-vous qu’ils ont avec l’ensemble de leur communauté, vers le centre-ville. Les voisins, les amis sont là également.

Le véhicule circule à 174 km/h sur un tronçon limité à 50km/h, l’accélérateur maintenu à fond jusqu’à deux seconde et demie avant le choc.

Des témoins évoquent un « bruit de pétard » juste avant la collision, signe d’une accélération brutale, presque ostentatoire. Six personnes meurent sur le coup, une septième décèdera des suites de ses blessures en 2024. Au moins trente-six autres victimes seront blessées. Un journaliste présent sur place à l’époque dira :  « Il y avait des corps sur cent mètres ! »

Après le choc, le véhicule ne s’arrête pas. Sur plus d’un kilomètre, le conducteur poursuit sa route, alors que deux victimes restent encastrées dans le pare-brise. Lorsque la police arrive sur les lieux à 05h17, il affirme ne pas avoir vu le cortège et explique sont absence d’arrêt par la peur. En pleur, il répète : « Pourquoi ce n’était pas balisé ? ».

Immédiatement, le conducteur de la voiture, un certain Paolo Falzone, se met à se lamenter sur lui-même : « Ma vie est foutue, je ne me remettrai jamais de cela. »… Il nous faut relever ici qu’il faut être un minable sous-produit de l’occident malade de sa décadence pour tenir de tels propos juste après avoir été l’auteur de cette horreur !

Car son haleine trahi la consommation d’alcool ; le test révèle 0,29 mg/l d’air alvéolaire expiré après l’absorption de trois whisky-Coca. A ses coté dans le véhicule se trouve Antonino Falzone, ami d’enfance sans liens de parenté, avec qui il rentrait d’une soirée passée au Bouddha Rouge, une discothèque de Quévy, dans le Hainaut.

La tradition folklorique du Gilles

Dans le folklore wallon, les Gilles sont la figure centrale du carnaval, en particulier dans Région du Centre (Binche, La Louvière, etc.), incarnant à la fois une tradition populaire, l’identité collective locale, et un ancien rituel symbolisant la fin de l’hiver et le renouveau du printemps. Par leurs danses, le bruit des sabots, des grelots portés autour de la taille, et des tambours, ils participent a un rite évoquant la fertilité et la vitalité collective, hérités de pratiques carnavalesques européennes.

La figure du Gilles apparait explicitement dans des textes de 1795, dans la période où le port du masque est interdit sous le régime napoléonien. Le Gilles devient alors ce personnage masqué qui se distingue par sa résistance symbolique durant le carnaval.

Ce folklore s’inscrit dans une tradition pré-carême : les festivités marquant la transition vers le jeune chrétien, tout en conservant des éléments plus anciens.

A propos de l’auteur

Après quatre années de procédure, le procès de l’auteur de ce carnage anti-populaire s’ouvrira ce lundi devant la Cour d’assise de Mons, avec la lecture de l’acte d’accusation par l’avocat général.

L’auteur de ces crimes, est lui aussi originaire de la province du Hainaut. Il est qualifié par l’acte d’accusation relativiste − le parquet général développant son argumentaire sous l’angle de la seule vitesse excessive − « d’autophile patenté » fasciné avant tout par le sentiment de puissance que la vitesse lui procure. Et c’est ce même besoin de puissance qui le conduit à percuter un rassemblement de Gilles à Strépy-Bracquegnies la nuit du 20 mars 2022.

Dans un article du quotidien Le Soir, il est expliqué :

(…) Les deux hommes [les deux auteurs] partagent le goût de la fête et aiment le faire savoir sur les réseaux sociaux. Sexe, cannabis, alcool, et surtout vitesse. Paolo Falzone filme régulièrement le compteur de sa BMW pour alimenter ses stories Instagram. Sur le chemin du retour du Buddha Rouge, il s’y reprend à deux reprises. Puis, il change le mode de conduite de « confort » à « sport » pour son troisième essai.

Cette dernière vidéo s’arrête au moment de l’impact. « C’est possible qu’en voyant la première vidéo, je me suis dit qu’elle n’était pas bien et que j’ai refait une vidéo pour en faire une « plus belle ». C’était déjà arrivé de refaire des vidéos car elles ne me plaisaient pas (…). J’aime bien de temps à autre filmer le mode de conduite et alimenter ma story », admet-il lors d’une audition. (…)

Lors de cette même audition, il le dira sans détour : « Je recherche dans cette puissance supplémentaire un sentiment d’être au-dessus des autres, de ne pas me laisser dépasser. Lorsque je suis à un feu rouge et que quelqu’un veut passer devant moi, il faut que je puisse passer devant lui. Je n’aime pas qu’on me dépasse. J’aime la vitesse. J’aime la puissance et l’esthétique. » » (…)

Et ce n’est pas tout, car comme si cela ne suffisait pas, les conceptions esthétisantes-morbides proches de celles du fascisme assumées par Falzone concerne évidemment aussi les femmes. Et les faits rapportés par l’acte d’accusation ne révèlent ni de l’anecdote, ni d’une morale individuelle, mais d’un rapport social bien identifié : la violence patriarcale produite par le capitalisme.

C’est que Falzone utilise la vitesse, le risque et la peur comme des instruments de domination, transformant l’automobile − fétiche central de l’idéologie marchande de ce monde en décomposition − en outil de pouvoir masculin. Rouler à plus de 200km/h malgré la terreur exprimée par une passagère n’est en rien un simple « excès de vitesse pour s’amuser », mais l’expression concrète d’un mépris assumé pour la vie des femmes.

Il en résulte que face aux protestations de sa passagère, la réponse est conforme au schéma bourgeois-patriarcal : insultes, mépris social et moqueries. Mépris social qui ira jusqu’à qualifier celle qui, à une certaine époque, lui était sentimentalement proche, de « clocharde qui n’a pas un franc devant elle et qui roule avec une Opel des l’années 1900. »…

Il est nécessaire de se demander dans quel monde vivent ces cinglés du volent qui pullulent littéralement sur les routes ? Ces gens ne lisent pas les rapports de terrains de la police qui font remonter des comportements de plus en plus dangereux sur la route depuis la période du confinement ? C’est comme si un nombre important de conducteurs s’étaient totalement débridés, sur le mode « après moi le déluge », ce qui est typique d’une société en décomposition.

Le plus terrible est que le drame de Strépy-Bracquegnies n’a absolument rien changé à cet état de chose. Il est pourtant urgent de mettre un terme à une « tolérance » − en fait un crime − qui laisse des conducteurs transformer la route en rapport de force, avec des politiques publiques réduites à de simples slogans.

En Belgique, choisir le camp de la vie et de la civilisation, c’est choisir de contrarier la culture automobile : abaisser la vitesse, contrôler réellement, retirer le volant aux profils dangereux et aménager des rues qui protègent d’abord les plus vulnérables. La question n’est pas de savoir si cela dérange les cinglés du volants. Ceux là ne mérite rien d’autre que d’être mis de côté. Et ils le seront !

Car cela ne saurait durer ! Historiquement, il ne peut pas y avoir que la décomposition, la régression, les conceptions esthétisantes-fascisantes et la volonté de puissance. Il y aura forcément la grandeur, l’envergure, l’étoile et le drapeau rouge !


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