Le Premier ministre belge, Bart De Wever au parlement

Le Premier ministre belge, Bart De Wever au parlement

« La décision d’abaisser la note a A1 reflète notre opinion selon laquelle le gouvernement sera incapable de mettre en œuvre des mesures suffisantes pour stabiliser le fardeau de la dette ».

Moody’s

La dégradation de la note belge de Aa3 vers A1 par l’agence de notation américaine Moody’s vendredi 12 avril 2026 est une étape de plus dans la dégringolade du capitalisme belge.

Ce faisant, Moody’s s’aligne sur sa concurrente Fitch, qui, en juin 2025, avait abaissé la note de la Belgique de AA- à A+. Et vendredi prochain, ce sera au tour de la troisième agence de notation, Standard & Poor’s, qui gratifiait encore il n’y a pas si longtemps la Belgique d’un confortable « AA », qui pourrait à son tour se raviser.

Si l’ensemble du capitalisme mondial connait une crise d’ampleur, celle-ci se manifeste forcément particulièrement plus à certains endroits, à certains moments, de certaines manières. C’est le cas de la Belgique, où la situation est explosive.

En ce qui concerne notre pays, Moody’s envisage les choses de la manière suivante : d’un côté, des perspectives de croissance à moyen terme « modestes » – susceptible de s’affaiblir si le conflit au Proche-Orient perdure – ce qui freinera l’augmentation des recettes. Et, d’autre part, des dépenses en hausse en raison de la charge d’intérêt plus élevée, du vieillissement de la population et de l’investissement vers l’armement dans le cadre de la guerre de repartage du monde.

Fort logiquement, voici comment on voyaient les choses du côté du 16, rue de la Loi ce vendredi soir :

« Après la dégradation de la notation par Fitch l’an dernier, la décision de Moody’s n’est malheureusement pas une surprise. Elle souligne une nouvelle fois que des effort supplémentaires sont nécessaires pour rétablir la confiance des marchés internationaux dans la santé financière de notre pays. Il s’agit d’une question de sens des responsabilité d’y travailler en profondeur dans les moins à venir. »

Autrement dit, la bourgeoisie de notre pays souhaite comme c’est toujours le cas de crise capitaliste, faire payer la crise aux masses populaires.

Les agences de notations ont un rôle très important sur les marchés financiers. Elles notent des entités, que ce soit des entreprises ou des États, afin que les investisseurs puissent déterminer un certain niveau de risque.

Étant donné que le capitalisme financier fonctionne par le risque, et que le capitalisme mondial est entièrement financiarisé, cela a forcément une importance prépondérante. Les fonds de pensions notamment, doivent se baser sur ces notes pour réaliser des portefeuilles d’actifs financiers.

Ainsi, une note basse est tout autant le symptôme d’une situation mauvaise, qu’un facteur aggravant la situation. Plus sa note se dégrade, moins la Belgique peut facilement exister sur les marchés financiers (autrement dit, emprunter facilement et à de faibles taux d’intérêt).

En l’occurrence, l’agence Moody’s note la confiance qu’il faut avoir en la capacité de la Belgique à rembourser ses dettes. Il y a peu, la Belgique était encore considérée comme parfaitement fiable. Elle bénéficiait de la note AAA, signifiant une qualité de crédit maximale, avec un risque de défaut (c’est-à-dire de non remboursement) considéré comme nul ou quasiment nul.

En cas de difficultés, la note peut être dégradée par paliers : AAA -> AA+ -> AA -> AA- -> A+ -> A -> A-

La Belgique a donc été dégradée à plusieurs reprises et s’apprête à l’être encore dans un proche l’avenir. La dernière note de la catégorie dans laquelle figure notre pays aujourd’hui détermine une économie encore considérée comme solide, mais très vulnérable.

Il y a ensuite la catégorie B, avec les même paliers, de BBB à B -, qui décrit une situation risquée (dite spéculative), pouvant se dégrader jusqu’à être proche du risque défaut. Il y a ensuite la catégorie C pour décrire une situation extrêmement risquée, puis D décrivant un défaut effectif.

Un État comme la Belgique n’est pas censé avoir autre chose qu’un AAA, décrivant sa solidité et sa capacité à tout simplement rembourser ses créanciers.

Le pays dispose de millions de travailleurs très productifs, très éduqués et bien formés dans leur domaine, avec qui plus est une grande flexibilité, et d’une base de plusieurs millions de consommateurs parmi les plus riches du monde et capables de s’investir profondément dans la consommation…

La corruption est relativement faible à l’échelle internationale, mais elle a évolué depuis que le trafic de drogue s’est organisé et enrichi, en particulier autour des grands ports. L’afflux d’argent criminel a augmenté les tentatives d’infiltration de l’économie légale et des administrations. Dans le même temps, le consentement à l’impôt est, en pratique, très élevé. L’épargne individuelle est massive et solide.

De plus, la Belgique abrite sur son territoire ou possède directement une partie importante du patrimoine économique et culturel mondial, avec, comme atouts politiques, les principales institutions de l’Union européenne (Commission, Conseil, Parlement européen partiellement), ainsi que le siège de l’Otan.

En résumé, la Belgique combine puissance économique, rayonnement culturel et poids politique international. Sa position centrale en Europe, son rôle institutionnel et sa richesse culturelle en font un pays capitaliste influent malgré sa petite taille.

Cependant, malgré cela, malgré ces garanties solides, les agences de notations sont obligées de dégrader régulièrement la note de la Belgique, en raison d’une multitude de facteurs défavorables.

Le plus marquant, bien entendu, est l’énorme dette publique du pays, qui résulte de la décadence totale de la bourgeoisie belge qui s’est vautrée pendant des dizaines d’années dans la dépense publique, sans aucune réflexion à long terme.

Les agences de notation, et en l’occurrence ici l’agence Moody’s, sanctionnent l’importance de la dette belge (561,844 milliards d’euros), ce qui signifie qu’elle est supérieure au PIB (109,5) avec un déficit public insensé.

Mais ils relèvent surtout l’instabilité du pays, qui connait une crise de régime et qui n’est pas capable d’entamer une restructuration majeure de son capitalisme. Là est, du point de vue des marchés financiers, le principal facteur de risque quant à la capacité du pays à toujours honorer ses dettes.

Le capitalisme belge est malade, et il ne s’agit pas pour nous de le regretter.

Cependant, la bourgeoisie belge n’entendra pas lâcher sa position dominante et disparaître au profit du peuple, des travailleurs, du prolétariat.

Ce que cette crise et cette fragilité structurelle de la Belgique produit, c’est avant tout la fuite en avant, de manière effrénée, pour tenter de s’en sortir.

La Belgique n’a pas choisi le redressement économique, qu’elle est incapable d’impulser de manière organique. Alors elle sombre de plus en plus dans la tendance à la guerre, avec la Russie en ligne de mire, avec l’idée de faire de la guerre et du dépeçage de la Russie un support pour une ré-impulsion du capitalisme.

Il suffit d’observer comment l’information de la dégradation de la note est traitée publiquement en Belgique, avec un Georges-Louis Bouchez, triste et dérisoire pantin bourgeois qui prétend rétablir les finances publiques en réduisant la taille de l’Etat, tout en diminuant la fiscalité sur le travail, en réformant les pensions, et la sécurité sociale, etc. Pour Bouchez, qui assume de plus en plus ouvertement le modèle libertarien apprécié par Donald Trump, la croissance des dépense sociales serait un facteur majeur du déficit de l’Etat.

La Belgique, instable, en crise politique, faible économique, est une matière parfaite pour la tendance à la guerre… Elle l’est aussi pour la révolution !

Face à cette décomposition – austérité promise par les agence de notation, militarisation comme fuite en avant, corruption alimenté par l’argent criminel – il ne s’agit pas d’aménager le capitalisme belge, mais de le dépasser. La contradiction est là : une société riche de travailleurs productifs et de capacité matérielle immenses, mais mise en coupe réglée par la propriété privée des moyens de production, par la domination du capital.

La seule issue rationnelle est l’organisation pour soi du prolétariat, l’unité des masses populaire, et la conquête du pouvoir politique pour socialiser les secteurs clés (banques, énergie, logistique, industrie), planifier démocratiquement l’économie selon les besoins sur base du plan quinquennal, et rompre avec la logique de guerre.

Ce que Moody’s dégrade aujourd’hui, c’est la crédibilité d’un ordre bourgeois à bout de souffle ; à nous de construire par la lutte politique et par la guerre populaire, la perspective révolutionnaire qui mettra fin à sa domination.

Et si la révolution n’empêche pas la guerre, c’est la guerre qui produira la révolution, sur les cendres du capitalisme belge en perdition !


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