le_realisme_socialiste_10_le_parti_communiste_francais_des_annees_1930_1.jpgL’effondrement du Parti Communiste d’Allemagne en raison de sa défaite face au nazisme a rendu difficile la diffusion de la conception du réalisme socialiste en-dehors de l’Union Soviétique. Ce Parti alliait en effet un haut niveau idéologique, une grande base de masses et une présence importante de cadres communistes soit liés aux arts et aux lettres, soit eux-mêmes artistes.

Le Parti Communiste de Tchécoslovaquie était d’une nature similaire, mais lui-même s’est retrouvé dans une situation extrêmement difficile, en raison de l’invasion du pays par l’armée nazie. De fait, dès après 1945, les questions artistiques acquièrent une grande importance en République Démocratique Allemande et en Tchécoslovaquie.

Le cas français représente ici un contre-modèle très significatif. Non seulement, il n’y a pas en France d’auteurs développant une tradition proche et parallèle au réalisme socialiste (alors que c’est le cas en Allemagne et en Tchécoslovaquie), mais qui plus est le Parti Communiste français assume des conceptions totalement opposées au réalisme socialiste.

La raison de cela tient à la transformation du Parti Communiste en parti social-démocrate véritable, à l’opposé de la social-démocratie française historiquement orientée vers le réformisme. Le Parti Communiste français suivait les consignes de l’Internationale Communiste, il était progressiste, mais il n’a pas atteint un niveau suffisant pour être autonome idéologiquement.

Fut ainsi fondé en mars 1932 une Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires, autour de Paul Vaillant-Couturier, Léon Moussinac, Charles Vildrac et Francis Jourdain.

Rassemblant quelques milliers de membres et structure à l’origine en 1935 de la première Maison de la Culture, fédérant l’Union des Théâtres indépendants de France, la Fédération Musicale Populaire et l’Association des Écrivains et Artistes révolutionnaires, ainsi que de la Chorale Populaire de Paris, produisant la revue Commune, l’association oscilla cependant entre discours radical verbal puis ouverture libérale au nom de l’antifascisme.

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Son salon des peintres révolutionnaires, à Paris en janvier 1934, rassembla des artistes comme Paul Signac, Fernand Léger, André Lhote, Jacques Lipchitz, Frans Masereel, Jean Lurçat, qui tendent nettement vers l’abstraction.

C’était le cas des peintres les plus « militants » du mouvement : Edouard Pignon, Francis Gruber, Goerg, Boris Taslitzky, Edmond Küss, Saint-Saens.

On avait la même chose avec les quatre présidents d’honneur de l’Association des peintres, sculpteurs, dessinateurs, graveurs de la Maison de la culture : Othon Friesz, Marcel Gromaire, Albert Marquet et Henri Matisse.

On avait la même problématique avec le Congrès international des écrivains pour la défense de la Culture, qui s’est déroulé au Palais de la Mutualité entre le 21 et le 25 juin 1935.

Ce fut un grand succès, avec la présence de nombreux auteurs, dont Gide, Forster, Huxley, Valle-Inclán, Martin Andersen-Nexö, Malraux, Brecht, Heinrich Mann, Aragon, Tristan Tzara, Aleksej Tolstoj, Erenburg, Pasternak, Babel´, Nezval.

Le problème était cependant que des écrivains comme Romain Rolland, André Gide ou André Malraux furent des compagnons de route incapables de s’orienter par rapport au Parti Communiste français, qui n’a aucune analyse de la culture française.

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Lorsque Jean Fréville, théoricien du Parti dans le domaine de la culture, expliquait au sujet du congrès que « tous, communistes ou libéraux, marxistes ou idéalistes, les écrivains réunis en congrès ont reconnu que la culture était menacée », il était déjà clairement hors de la démarche du réalisme socialiste, déjà dans la démarche révisionniste du Parti Communiste français avec la « démocratie avancée », etc.

Le résultat fut d’ailleurs chez les artistes l’éparpillement, voire le passage à l’anticommunisme ; en réaction, le Parti Communiste Français développera une ligne particulièrement libérale dans les arts, dont l’expression la plus connue est la mise en avant de Pablo Picasso comme le plus grand peintre, le grand compagnon de route, etc.

La seule ligne culturelle du Parti Communiste français consistait finalement en quelque sorte à une sorte de mot d’ordre de « l’art pour tous. » C’est pour cela que des figures intellectuelles de la revue Commune avaient aisément un parcours petit-bourgeois : Jean Cassou rompt au moment du pacte germano-soviétique (tout comme l’intellectuel bourgeois Paul Nizan) et sera directeur-fondateur du Musée national d’art moderne de Paris, René Crevel n’abandonnera jamais le surréalisme et se suicidera en 1935, etc.

Le réalisme socialiste affirmé en URSS exigeait cependant une position par rapport à tout ce libéralisme dans les lettres et les arts. Pour cette raison eurent lieu les 16 et 29 mai 1936 deux débats sur le réalisme en peinture, organisé par l’égide de la Maison de la Culture, au cinéma Le Matin à Paris, avec Jean Lurçat, Marcel Gromaire, Édouard Goerg, Louis Aragon, Edmond Küss, Fernand Léger, Le Corbusier, André Lhote, Jean Labasque, Jean Cassou.

Ces débats furent prolongés par l’exposition « Le réalisme et la peinture » à la galerie Billiet-Vorms en juin 1936, puis d’un nouveau débat, le 30 juin 1936. Mais le réalisme socialiste n’est nullement assumé.

Aragon explique même que :

« Il est de fait pourtant qu’à l’heure qu’il est les maîtres de cet art, qui a été l’orgueil et l’honneur de notre pays depuis des siècles, et particulièrement depuis cent années, les maîtres de la peinture en France, hommes sans doute formés dans une période différente, sont dans l’ensemble hostiles au réalisme, ils n’en veulent point entendre parler. »

Il se contente de mettre en avant un réalisme en quelque sorte « critique » : Aragon veut « un réalisme, expression consciente des réalités sociales, et partie intégrante du combat qui modifiera ces réalités. »

Pire encore, Fernand Léger devient une figure essentielle de la conception d’un « populaire », avec toute une théorie d’un « réalisme » sans objet qui aura un très grand succès dans la culture du Parti Communiste français après 1945.

Lors des débats, Fernand Léger affirme un post-impressionnisme « réaliste » :

« C’est l’impressionniste qui a « rompu la ligne. » Cézanne en particulier ; les modernes ont suivi en accentuant la libération. Nous avons libéré la couleur et la forme géométrique. Ce réalisme nouveau commande entièrement les 50 dernières années, aussi bien dans le tableau de chevalet que dans l’art décoratif de la rue et intérieur. »

Léger a une conception populiste de l’art, censé passer au service du peuple, tout en étant indépendant de lui ; parlant de la classe ouvrière, il dit que :

« Elle a droit, sur ses murs, à des peintures murales signées des meilleurs artistes modernes, et si on lui donne le temps et les loisirs, elle saura s’y installer et y vivre elle aussi et les aimer. »

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L’architecte Le Corbusier soutient cette thèse, estimant qu’en France, avec l’art abstrait, « Le réalisme est au dedans » . Dans la revue Commune, André Malraux résumait ainsi ce point de vue, qui était alors également le sien : « Le marxisme c’est la conscience du social ; la culture c’est la conscience du psychologique. »

Ainsi, lorsque l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires devient en 1935 l’Association Française pour la Défense de la Culture, on comprend qu’on est passé alors d’une position radicale subjectiviste à un réformisme « dur » et populiste.

Il n’y a pas d’analyse dialectique des arts et des lettres, mais un soutien à « l’art » en général et une vision « symétrique » de la lutte des classes.


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