
La dialectique n’est pas une « loi » universelle qui flotterait au-dessus de la réalité, pas plus qu’elle n’est une loi forçant la réalité à suivre une démarche en particulier.
La dialectique est propre à la matière elle-même, elle est dans sa nature.
Grâce au progrès historique de l’humanité jusqu’au milieu de la moitié du 21e siècle, on peut profiter d’un recul bien plus grand, permettant de cerner adéquatement pourquoi les choses se déroulent ainsi.
L’humanité a, en effet, développé les forces productives, au point que son rapport à la nécessité est différent.
Ce qu’on appelle le communisme est, précisément, le dépassement de la nécessité.
Mais ce n’est pas seulement que le communisme présuppose l’abondance.
Ce qui est essentiel, c’est l’interrelation des choses et le rôle des choses dans cette interrelation.
Car, il faut bien le comprendre, seule la matière existe.
Cela veut dire que la matière ne peut faire qu’avec elle-même.
Il n’y a pas d’énergie divine, miraculeuse, permettant à la matière d’être autre chose que ce qu’elle est.
Prenons ainsi un être humain au début du 21e siècle.
Il a besoin de manger ; il peut se procurer de la viande de veau ou bien du tempeh, fabriqué à partir de fèves de soja fermentées.
Dans les deux cas, l’être humain, qui est de la matière, se tourne vers la matière.
Il y a une contradiction qui s’exprime de la manière suivante : l’aliment consommé permet à l’être humain de continuer sa vie.
C’est l’infini, dans sa dimension positive ; la vie continue.
L’aliment connaît, par contre, une dégradation au moyen de la digestion ; ses éléments se décomposent.
C’est l’infini, dans son sens négatif : on va vers l’infini, avec des éléments chimiques nombreux et éparpillés.
Il faut bien voir que ce processus existe partout.
Si un devient deux, c’est que la matière ne fait qu’avec la matière.
C’est ce que comprend justement la religion, qui capitule devant cet état de fait, en disant que le monde matériel est fondamentalement mauvais, que seul le monde des esprits, pacifique et divin, est une chose belle.
La religion n’est cependant pas seulement une tristesse morale ; elle fournit également des valeurs pour relativiser, freiner le cannibalisme de l’humanité avec elle-même et avec son environnement.
La religion a tort, pourtant, car la matière se transforme.
Elle devient plus complexe.
Si elle fait avec elle-même, ce qui prime avant tout c’est la synthèse, pas la destruction apparente.
C’est pour cette raison que l’énergie atomique n’a aucun sens.
Elle se fonde sur l’emploi d’uranium.
Or, même notre soleil ne peut pas fabriquer de l’uranium.
Il faut pour cela l’explosion d’une étoile très massive en fin de vie (ce qu’on appelle une supernova) ou la collision de deux étoiles à neutrons.
Cela veut dire que pour l’énergie atomique, on « casse » un atome pour obtenir de l’énergie, alors que cet atome, pour exister, a été le fruit de tout un immense développement, de l’emploi d’une immense énergie par les étoiles pour le « fabriquer ».
Pour en revenir à notre exemple de l’aliment, on peut constater qu’entre le veau et le tempeh, du point de vue de l’être humain du 20e siècle, ou avant encore dans le temps, cela ne fait pas de différence.
La nécessité fait loi.
Néanmoins, si on regarde scientifiquement les choses, dans le premier cas, la nourriture présuppose la mise à mort d’un jeune animal, dans le second cas la transformation de végétaux.
Il est évident qu’un animal, jeune de surcroît, a davantage de sensibilité, est un être plus complexe.
Sa mise à mort, alors que le tempeh suffirait, est donc absurde du point de vue du développement de la matière vers plus de complexité.
L’être humain est lui-même le fruit de la complexification de la matière, et c’est pour cette raison qu’il peut éprouver de l’empathie pour le veau.
Les rapports dialectiques ne tombent pas du ciel, ils sont le produit de l’interrelation de la matière, qu’ils expriment.
La sensibilité est un écho de l’interrelation de la matière.
Ainsi, si on comprend le matérialisme dialectique et le principe du saut qualitatif, alors ce qui apporte un saut qualitatif est une bonne chose, ce qui l’empêche est une mauvaise chose.
Ce qui contribue au saut qualitatif va dans le bon sens, ce qui lui nuit est une mauvaise chose.
Ce qui est complexe (et authentique) est une bonne chose, qui a plus de valeur qu’une chose simple (et authentique).
La destruction apparaît ici comme une anti-production, étant donné qu’il n’existe pas de création (une création se faisant « à partir de rien »).
La production permet au fini de s’inscrire dans l’infini, la destruction décompose le fini pour le faire basculer dans l’infini.
Cela rejoint la question de l’infini, au sens de l’infini dans le sens des choses grandes (le système solaire, la Voie lactée, l’amas de galaxies, et ainsi de suite à l’infini) et dans le sens des choses petites (l’atome, les particules subatomiques, et ainsi de suite à l’infini).
Toute contradiction, en posant une ligne rouge, productive qui s’affirme, et une ligne noire qui décade et s’effondre, pose le rapport à l’infini, que ce soit dans le sens de la complexification ou de la décomposition permettant justement à la matière décomposée de revenir ensuite justement pour être utilisée productivement.
Lors de l’instauration du socialisme, la bourgeoisie ne disparaît pas par magie, elle s’éteint dans le processus de construction du socialisme à tous les niveaux.
Les bourgeois sont réutilisés comme matériau humain, sous une forme ou une autre ; ils contribuent alors à l’humanité future.
Pareillement, le mot d’ordre « guerre populaire jusqu’au Communisme ! » indique bien que la bataille pour la séparation continue jusqu’au Communisme, car c’est seulement lors du Communisme que les contradictions ne produisent plus de matière décomposée.
En fait, on peut résumer le sens de la vie ainsi : il s’agit d’établir le plus de strates possibles où les contradictions sont productives, sans pour autant produire de matière décomposée qu’il faudra récupérer ensuite.
C’est le principe de la contradiction non antagonique ; la systématiser partout dans l’univers est conforme à la nature de celui-ci, puisqu’il est matière infinie en transformation éternelle, avec toujours des sauts qualitatifs pour davantage de complexe.