Sur la banderole à l'arrière-plan : "le généralissime Staline est l'artisan de nos victoires !" Au bas de l'affiche : "merci à Staline !" - Moscou 1946

Sur la banderole à l’arrière-plan : « le généralissime Staline est l’artisan de nos victoires ! » Au bas de l’affiche : « merci à Staline ! » – Moscou 1946

La question de l’émergence de la pensée n’a jusqu’à présent jamais été résolue ; si le matérialisme a considéré qu’elle était le prolongement de la matière sensible, il n’a jamais été en mesure de le définir adéquatement.

Le matérialisme du 18e siècle ne fait, ainsi, que reprendre le matérialisme d’Aristote ; par la suite, le matérialisme, devenu matérialisme dialectique, a surtout défini la pensée comme un approfondissement qualitatif de la matière vivante devenant plus complexe.

L’être humain est ici, avant tout, un animal qui, pour des raisons particulières, tenant surtout au pouce opposable, a pu rendre plus complexe son activité cérébrale, par une interaction avec l’environnement et une transformation progressive de celui-ci.

Cela ne change toutefois pas le problème de savoir comment la pensée est apparue historiquement.

Il est désormais possible d’effectuer une hypothèse à ce sujet, en remettant sur ses pieds la thèse de Vladimir Vernadsky.

Ce dernier a, en effet, affirmé au début du 20e siècle que notre planète était une Biosphère.

Tout y est chimiquement relié et en interaction.

Au sein de cette Biosphère, il existe deux types de matière, qui se font face : la matière vivante et la matière inerte.

La matière vivante est hyperactive, mais éphémère.

La matière inerte est extrêmement lente, mais elle s’inscrit dans la durée.

Cette séparation radicale entre la matière vivante et la matière inerte, Vladimir Vernadsky la reprend à Louis Pasteur, avec en toile de fond le principe selon lequel tout vivant vient d’un vivant préexistant.

Il n’y a pas de passage possible de la matière inerte à la matière vivante.

Vladimir Vernadsky fait une autre affirmation au sujet de la Biosphère, qui en apparence semble n’avoir aucun rapport avec ce constat.

Il dit la chose suivante : on peut constater que l’humanité transforme son environnement, dans des proportions toujours plus grandes.

Avec le développement des forces productives et des techniques, cela prend une ampleur immense.

La matière vivante, par l’intermédiaire de l’être humain, modifie l’environnement comme jamais auparavant.

En conséquence, Vladimir Vernadsky dit que la Biosphère va céder la place à la Noosphère.

La première partie de ce mot repose sur le terme de grec ancien noûs, servant à désigner l’esprit, l’intellect.

La Biosphère est transformée en toute conscience par une humanité ayant acquis une certaine maturité sur le plan de l’intellect, qui devient une force géologique.

La thèse de la noosphère n’apparaît pas comme la conclusion logique de l’opposition entre la matière vivante et la matière inerte ; elle semble le produit d’un cheminement propre à la matière vivante, concernant d’ailleurs l’humanité de manière spécifique.

Il y aurait ici la matière vivante sans pensée, avec les plantes par exemple, ainsi que les animaux comme matière vivante avec une pensée peu développée, et l’être humain comme animal particulier avec une pensée très développée.

Cela n’explique toujours pas d’où viendrait la pensée.

Rappelons ici pour la forme qu’il serait plus juste de parler de réflexion que de « pensée » ; il n’existe, en effet, pas de libre-arbitre et la pensée est toujours un reflet.

On garde ici simplement le terme de pensée pour souligner le caractère complexe d’une réflexion.

Revenons-en maintenant à l’opposition entre la matière vivante et la matière inerte.

Ce qui a amené à la considération qu’il fallait chercher la pensée du côté de la matière vivante, c’est qu’on ne la trouve pas dans la matière inerte.

Un rocher ne pense pas, une montagne non plus ; l’absence de sensibilité de la matière inerte aboutit à ce qu’on cherche immédiatement la recherche d’une forme de pensée, fusse-t-elle élémentaire.

Mais imaginons que soit faux le principe de la pensée comme expression directe du règne du vivant.

Qu’aurait-on alors ?

On répondra : une pensée qui relève clairement du vivant, mais pas de la matière inerte.

Or, depuis Mao Zedong et le physicien japonais Shoichi Sakata, on sait qu’il faut également raisonner en termes de strates. Voici ce que nous enseigne Shoichi Sakata :

« La science actuelle a trouvé que, dans la nature, il existe deux « niveaux » qualitatifs différents : la forme du mouvement, par exemple une série de niveaux comme particules élémentaires-noyaux-atomes-molécules-masses-corps célestes-nébuleuses.

Ces niveaux forment des points nodaux variés qui restreignent les différents modes qualitatifs de l’existence de la matière en général.

Et ainsi ils ne sont simplement reliés de manière directe comme décrit ci-dessus.

Les « niveaux » sont également connectés dans une direction comme molécules-colloïdes-cellules-organes-individus-sociétés.

Même dans les masses semblables, il existe des « niveaux » d’états correspondant aux solides-liquides-gaz.

Dit de manière métaphorique, ces circonstances peuvent être décrites comme ayant une sorte de structure multi-dimensionnelle du type d’un filet de pêche ou, plutôt serait-il mieux de dire, qu’ils ont une structure du type des oignons, en phases successives.

Ces niveaux ne sont en rien isolés mutuellement et indépendants, mais sont connectés mutuellement, dépendants et constamment « transformés » les uns en les autres. »

Il n’existe donc pas en général de muraille de Chine entre la matière vivante et la matière inerte, et il peut y avoir des « strates » particulières où elles sont reliées.

On peut d’ailleurs voir que, pour prendre un exemple significatif et naturel, l’eau de mer contient à l’état dissous ou en suspension la quasi-totalité des éléments chimiques naturels de la Terre.

Une huître brasse, filtre constamment cette eau.

La matière vivante est en interrelation avec la matière inerte.

Il en va de même pour un être humain faisant du sport et buvant une boisson électrolyte ; sur le plan des éléments chimiques produits de manière non naturelle par l’humanité, on peut voir que l’humanité ingère, respire, intègre dans son organisme tout un nombre de produits de synthèse et de métaux rares.

Il y a interaction entre la matière vivante et la matière inerte, et même une matière inerte non naturelle.

C’est là où on voit que, selon comment on constate et on définit les strates, la définition de la matière inerte se modifie : une boisson avec des éléments issus de l’industrie chimique n’est pas un galet sur une plage.

Ce qui aboutit à l’hypothèse que la pensée est le nexus de la matière vivante et de la matière inerte.

Plusieurs arguments peuvent aller en ce sens.

Tout d’abord, c’est l’humanité qui a le plus modifié son environnement, c’est-à-dire qui s’est le plus confrontée à la matière inerte.

Ensuite, le cerveau est particulièrement lié à la matière inerte.

Il ne consiste qu’en 2 % du poids total du corps, mais consomme à lui seul environ 20 % de l’énergie de l’organisme au repos.

Les informations circulent sous forme de signaux électriques, ce qui ramène à la matière inerte – et, au-delà, à la question de la matière sous la forme d’énergie.

Enfin, de manière plus terre à terre, on peut voir que les pensées ne sont pas directes.

Si elles étaient directement reliées à la matière vivante, elles seraient automatisées.

On a malheureusement, à travers l’Histoire, de nombreux savants qui ont ainsi cru, de manière unilatérale, que les animaux étaient des machines.

C’est une approche simplificatrice, qu’on peut rejeter en constatant que, parfois, la pensée prend du temps, chez tous les animaux, chez l’être humain aussi.

Or, si elle prend du temps, elle s’éloigne de la dimension hyperactive et éphémère du vivant.

Dès lors qu’elle se solidifie, la pensée tend à aller dans le sens de la matière inerte, et on remarquera qu’il existe une expression connue pour désigner la pensée rendue solide : la matière grise.

On dira communément qu’il faut employer sa matière grise, c’est-à-dire vraiment réfléchir.

L’origine de l’expression tient à la couleur de tissus nerveux gris du cerveau, situés principalement à la surface du cerveau (le cortex), qui contient les corps cellulaires des neurones.

Bien sûr, tout cela a un sens uniquement si on considère qu’il existe une dialectique de la matière vivante et de la matière inerte, avec d’un côté la vitesse, le mouvement, la multiplication, la quantité, et de l’autre côté l’immobilité, le statique, le composé, la qualité.

Et c’est ce qui expliquerait qu’il faut du temps pour se rappeler de certaines choses, du temps pour réfléchir.

Le calcul immédiat est directement lié à la matière vivante, le calcul abstrait à la matière inerte.

Et c’est ce qui expliquerait également pourquoi la conscience est en retard sur les changements dans la réalité, et d’ailleurs pourquoi la conscience est toujours en retard, en général, en particulier lors de certains processus complexes, même lorsqu’ils relèvent d’aspects pourtant immédiats comme les émotions et les sentiments.


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