
Une personne, marquée par la société de consommation dans le cadre du mode de production capitaliste, considère que le couple qu’elle forme avec quelqu’un n’est pas adéquat.
Elle décide alors de changer de partenaire.
Ce choix est erroné, car un changement n’est pas possible dans un processus, qui doit aller jusqu’au bout de lui-même et alors céder à un autre processus.
Un partenaire n’est pas un agent du couple, c’est le couple qui est l’agent du partenaire, ce qu’affirme justement correctement le romantisme.
Soit une relation est authentique et alors il faut laisser du temps au temps, et non pas décider de s’appuyer sur l’espace pour remplacer le partenaire par un autre, pour qu’il prenne la place.
Soit une relation est erronée et alors c’est dans la matrice même que le processus était condamné.
Tout processus authentique porte l’infini ; un processus incorrect est forcément fini.
Un cadeau, fait sincèrement, ne se résume pas à lui-même ; il participe à l’infini d’une amitié, d’un amour, d’un lien familial.
Autrement dit, un acte gratuit, dont la nature est d’être une fin en soi, porte l’infini car il y a de l’infini dans le fini.
Un acte calculé, pragmatique, porte l’infini des intentions, mais par là même se ramène au fini.
Les enfants et les chiens (ou encore les chats) ressentent toujours si un acte est justement gratuit, sans intention, ou bien s’il relève d’un calcul, s’il est artificiel, fictif.
Ce qui fait rire chez Molière, c’est sa démonstration des travers particuliers qui, parce qu’ils sont infinis dans leur expression, se ramènent à un trait de caractère bien fini (l’avare, le faux dévot, l’hypocondriaque, etc.).
Un avare fait très précisément l’erreur de placer dans l’espace ce qui devrait être dans le temps : il devrait investir son argent plutôt que de l’enterrer dans un coffre.
Inversement, en figeant son argent au niveau du temps, il l’enlève à l’espace et lui-même ne l’a donc plus.
C’est de là que naît son fétichisme.
Dom Juan se trompe, car il place l’amour dans l’espace d’une femme chaque fois différente, au lieu de comprendre que l’amour dure toujours ; inversement, il fait l’erreur d’accumuler des fausses histoires dans le temps au lieu de se fixer de manière authentique une bonne fois pour toutes.
C’est de là que naît son fétichisme.
En fait, on doit dire que les erreurs des êtres humains sont toujours des fétichismes, car il y a confusion de l’espace et du temps, l’un étant pris pour l’autre, et ce par incompréhension de la dialectique du fini et de l’infini.
Il y a alors le placement de l’infini comme « fini », et le fini comme « infini ».
La nostalgie est un exemple typique d’une telle erreur, qui fixe, bloque, pétrifie les choses.
Le fétichisme consiste en l’erreur, l’erreur étant de s’accrocher à quelque chose de fini qui est déjà dépassé ; on est passé du fini à l’infini.
Le fétichisme consiste également en l’erreur de ne pas voir qu’une chose est, non pas infinie au sens de sans réalisation et sans prises sur le réel, mais bien au contraire tout à fait concrète.
Si on prend l’influence du patriarcat relativement à ces deux erreurs, on peut noter que la première erreur est typique des hommes (qui considèrent « leurs » femmes comme leurs choses) et la seconde typique des femmes (« Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve »).
L’erreur, qu’elle soit parce qu’on en reste au fini ou bien à l’infini de manière formelle, est une incompréhension de l’émergence du nouveau face à l’ancien ; c’est une absence de saisie de la dialectique du fini et de l’infini.
C’est pourquoi Mao Zedong parle de la vision du monde propre au prolétariat ; seul le matérialisme dialectique permet de saisir la réalité, d’être à sa hauteur ou du moins d’essayer au maximum de l’être.
« D’où viennent les idées justes ? Tombent-elles du ciel ? Non. Sont-elles innées ? Non.
Elles ne peuvent venir que de la pratique sociale, de trois sortes de pratique sociale : la lutte pour la production, la lutte de classes et l’expérimentation scientifique. L’existence sociale des hommes [et des femmes] détermine leur pensée.
Et les idées justes qui sont le propre d’une classe d’avant-garde deviennent, dès qu’elles pénètrent les masses, une force matérielle capable de transformer la société et le monde. »
Mao Zedong parle de la lutte pour la production, la lutte de classes et l’expérimentation scientifique, parce que c’est justement par ces pratiques sociales qu’on vit la dialectique du fini et de l’infini, et donc qu’on peut savoir ce qui relève de l’espace et ce qui relève du temps.
Même si dans le communisme, il n’y aura plus de classes, il y aura toujours, comme Mao Zedong l’a par ailleurs souligne, la lutte entre la vérité et l’erreur, car la dialectique du fini et de l’infini ne saurait connaître un terme.