anton-pannekoek.pngSi Otto Rühle représente la principale figure du gauchisme dans sa variante largement ouverte au syndicalisme-révolutionnaire, au point de n’en être ouvertement qu’une variante, le hollandais Anton Pannekoek (1873-1960) est quant à lui la figure du « communisme des conseils » rejetant le syndicat.

Issu de la haute bourgeoisie, Anton Pannekoek mena une carrière institutionnelle d’astronome, devenant professeur à l’université d’Amsterdam en 1932 et la même année membre de l’Académie néerlandaise des sciences.

Cette carrière commença en 1916, deux années après qu’il ait été expulsé d’Allemagne, où il était actif depuis 1906 dans la social-démocratie allemande, en tant que professeur à l’école du Parti, à Berlin, notamment aux côtés de Rosa Luxemburg et de Rudolf Hilferding.

Anton Pannekoek se plaça dès le début dans l’aile gauche du Parti, mais dans une optique résolument intellectuelle, dans une sorte de combinaison entre actions spontanées de masse et intellectualisation à l’écart lors des phases de reflux.

Toutefois, Anton Pannekoek ne considère paradoxalement pas qu’il s’agit d’attendre la crise finale ; il reproche à Karl Kautsky, qu’il considère encore comme un grand révolutionnaire au début des années 1910, de ne pas considérer la révolution comme un processus.

En fait, Anton Pannekoek est très proche de Rosa Luxemburg dans l’interprétation des actions de masses apparaissant au XXe siècle. Elles sont considérées comme un moyen réel d’avancer et pour cette raison, l’activité parlementaire semble pour Anton Pannekoek devenir un contre-poids dont il faut se débarrasser.

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L’idée de Anton Pannekoek est ainsi tout à fait proche de celle du syndicalisme-révolutionnaire, sauf qu’il ne croit pas au syndicat, mais aux conseils ouvriers. Le Parti est un regroupement valorisant les conseils, enregistrant les expériences et les diffusant, diffusant l’idée des conseils, etc.

Ainsi, pour Anton Pannekoek, il est vrai de dire, comme le fait Otto Rühle, qu’un Parti et un syndicat sont deux formes antagoniques, toutefois c’est le syndicat qui est en réalité inutile pour lui, car dans le processus révolutionnaire les masses se mettent au niveau du Parti.

Plus précisément, Anton Pannekoek abandonne la question de la définition de la classe, pour se tourner vers le concept de masses. Ce qu’il reproche à Karl Kautsky, c’est de se méfier de la spontanéité, de ne pas accorder une place suffisante aux mouvements de masse, au nom d’une lutte des classes comprise de manière trop étroite selon lui.

Ce qu’Anton Pannekoek reproche à Karl Kautsky, juste avant la Première guerre mondiale, c’est en réalité la traditionnelle perspective social-démocrate où les classes sont considérées comme devant être délimitées afin de pouvoir bien déterminer leur rapport au socialisme et de saisir les nécessités pratiques pour faire avancer le niveau de conscience.

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Là où Karl Kautsky considère que rien n’est possible tant que la classe prolétaire n’est pas largement organisée et encadrée par la social-démocratie, Anton Pannekoek considère que les conseils ouvriers sont une forme permettant, de fait, de sauter cette étape social-démocrate d’organisation et de conscientisation, ou plus exactement de la réaliser, de la faire se réaliser elle-même, spontanément, lors de la révolution.

Il faut saisir ici que la question syndicaliste révolutionnaire ne se pose pas en Allemagne, car le syndicalisme ne s’est développé que bien après le Parti social-démocrate. La théorie d’Anton Pannekoek apparaît de ce fait comme une proposition stratégique syndicaliste-révolutionnaire, passant par les conseils en l’absence de réel syndicat historique indépendant.

Aux yeux d’Anton Pannekoek, le marxisme est ainsi résumé en une « théorie de l’action prolétarienne » et Karl Kautsky ne se priva pas de critiquer celui-ci de faire l’éloge de « la forme la plus primitive de la lutte syndicale », de promouvoir la « gymnastique révolutionnaire » dans l’esprit anarchiste et la perspective syndicaliste révolutionnaire.

Encore faut-il noter qu’Anton Pannekoek ne pense pas que tout le prolétariat puisse être concerné par cette « gymnastique ». Il dit ainsi :

« Le temps du développement capitaliste tranquille – où la social-démocratie avec sa meilleure bonne volonté ne pouvait rien faire d’autre qu’expliquer une politique de principe comme préparation à des périodes révolutionnaires futures – est passé.

Le capitalisme s’effondre ; le monde ne peut pas attendre jusqu’à ce que notre propagande a amené la majorité à une conception communiste claire ; les masses doivent tout de suite attaquer et le plus vite possible, afin de se sauver elles-mêmes ainsi que le monde. »

Quant à la révolution, elle se déroulerait « de manière spontanée » et aucun parti, qu’il soit petit et activiste ou de masse et réformiste, ne peut la déclencher. Voici comment Anton Pannekoek présente la chose, en 1936, dans Les conseils ouvriers :

« La classe ouvrière en lutte a besoin d’une organisation qui lui permette de comprendre et de discuter, à travers laquelle elle puisse prendre des décisions et les faire aboutir et grâce à laquelle elle puisse faire connaître les actions qu’elle entreprend et les buts qu’elle se propose d’atteindre.

Certes, cela ne signifie pas que toutes les grandes actions et les grèves générales doivent être dirigées à partir d’un bureau central, ni qu’elles doivent être menées dans une atmosphère de discipline militaire.

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De tels cas peuvent se produire, mais le plus souvent les grèves générales éclatent spontanément, dans un climat de combativité, de solidarité et de passion, pour répondre à quelque mauvais coup du système capitaliste ou pour soutenir des camarades. De telles grèves se répandent comme un feu dans la plaine (…).

La véritable organisation dont ont besoin les ouvriers dans le processus révolutionnaire est une organisation dans laquelle chacun participe, corps et âme, dans l’action comme dans la direction, dans laquelle chacun pense, décide et agit en mobilisant toutes ses facultés – un bloc uni de personnes pleinement responsables. Les dirigeants professionnels n’ont pas place dans une telle organisation. Bien entendu, il faudra obéir : chacun devra se conformer aux décisions qu’il a lui-même contribué à formuler. Mais la totalité du pouvoir se concentrera toujours entre les mains des ouvriers eux-mêmes.

Pourra-t-on jamais réaliser une telle organisation ? Quelle en sera la structure ?

Il n’est point nécessaire de tenter d’en définir la forme, car l’histoire l’a déjà produite : elle est née de la pratique de la lutte des classes.

Les comités de grève en sont la première expression, le prototype.

Lorsque les grèves atteignent une certaine importance, il devient impossible que tous les ouvriers participent à la même assemblée. Ils choisissent donc des délégués qui se regroupent en un comité.

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Ce comité n’est que le corps exécutif des grévistes ; il est constamment en liaison avec eux et doit exécuter les décisions des ouvriers. Chaque délégué est révocable à tout instant et le comité ne peut jamais devenir un pouvoir indépendant. De cette façon, l’ensemble des grévistes est assuré d’être uni dans l’action tout en conservant le privilège des décisions (…).

Nous voyons clairement comment le système des conseils ne peut fonctionner que lorsque l’on se trouve en présence d’une classe ouvrière révolutionnaire.

Tant que les ouvriers n’ont pas l’intention de poursuivre la révolution, ils n’ont que faire des soviets.

Si les ouvriers ne sont pas suffisamment avancés pour découvrir la voie de la révolution, s’ils se contentent de voir leurs dirigeants se charger de tous les discours, de toutes les médiations et de toutes les négociations visant à l’obtention de réformes à l’intérieur du système capitaliste, les parlements, les partis et les congrès syndicaux – encore appelés parlements ouvriers parce qu’ils fonctionnent d’après le même principe – leur suffisent amplement.

Par contre, s’ils mettent toutes leurs énergies au service de la révolution, s’ils participent avec enthousiasme et passion à tous les événements, s’ils pensent et décident pour eux-mêmes de tous les détails de la lutte parce qu’elle sera leur oeuvre, dans ce cas, les conseils ouvriers sont la forme d’organisation dont ils ont besoin.

Ceci implique également que les conseils ouvriers ne peuvent être constitués par des groupes révolutionnaires. Ces derniers ne peuvent qu’en propager l’idée, en expliquant à leurs camarades ouvriers que la classe ouvrière en lutte doit s’organiser en conseils. »

En raison de cette forme conseilliste de la révolution prolétarienne, alors la forme Parti est nocive, car par définition statique et donc opposé au caractère révolutionnaire, en mouvement, des conseils.


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