mucha1.jpgNé en 1860 en Moravie, Alfons Mucha est un artiste très célèbre en France, ayant vécu longtemps à Paris, où il a réalisé notamment de nombreuses affiches, au style éminemment reconnaissable. Résumer le style Mucha à une approche simplement art nouveau serait une profonde erreur, aussi y a-t-il lieu de se pencher sur ses ressources artistiques, tenant au foklore national tchèque.

Initialement artiste autodidacte, car se voyant refuser par les écoles d’art, il commence une carrière à Vienne, puis Mikulov, avant d’aller étudier à l’académie des arts de Munich, tout en faisant partie de l’association artistique tchèque locale, la Škréta, spolek mladých českých výtvarníků v Mnichově, fréquenté également par des artistes d’Europe de l’est en général.

Il part ensuite à Paris, étudiant à l’Académie Colarossi, où il finira lui-même par donner des cours ; en face de l’Académie se trouvait le café Crémerie et il y fréquente le milieu artistique, à la fois bohème et cosmopolite, devenant alors illustrateur.

Il participe à la vie du symbolisme-décadentisme et de sa vaste mouvance, partageant à un moment son atelier avec Paul Gauguin, découvrant l’occultisme avec l’écrivain suédois August Strindberg, connaissant un succès gigantesque pour son affiche du drame Gismonda, de Victorien Sardou, au théâtre de la Renaissance, dont Sarah Bernhardt était la grande figure. Elle engage en conséquence Alfons Mucha comme réalisateur des affiches, des costumes, du décor de scène, pour plusieurs années.

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Avec l’imprimeur Champernois, Alfons Mucha fait alors réaliser des affiches en série et de qualité, lui amenant un grand succès, notamment avec différentes séries sur le thème des saisons, une présentation de femmes, dans un décor verdoyant, avec des habits ondulants, avec comme prétexte la lune, les étoiles, des pierres précieuses, etc.

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La dimension érotique est fortement présente, typiquement dans l’esprit de la Sécession ; à la différence toutefois de Gustav Klimt, la pose et le style, la structuration des habits et du décor puisent largement dans le folklore slave.

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Cela est particulièrement frappant sur les œuvres n’ayant qu’une fonction esthétisante. On voit très bien comment Alfons Mucha rompt avec le baroque en le renversant, non pas en le détournant, en le transformant en totalité artistique, comme ensemble esthétique, avec une orientation d’art populaire.

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On peut comparer cette dernière œuvre à une publicité qu’Alfons Mucha a réalisé.

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Alfons Mucha a, en effet, été un auteur prolixe, réalisant le rêve de la Sécession – un art se généralisant – à travers les opportunités commerciales qu’il a eu. L’éditeur Champenois déclinera ses travaux sur des cartes postales, des panneaux décoratifs, des calendriers, des programmes de théâtre, alors qu’Alfons Mucha lui-même réalisera de nombreuses publicités et contribuera à des œuvres de joaillerie.

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En 1897, il participe au Salon des cent en tant que seul artiste présenté, avec 448 œuvres, sa réputation atteignant toutes les principales villes européennes, ainsi que New York. Il reçoit la légion d’honneur à Paris, tout en étant élu membre de l’Académie tchèque des sciences et des arts, se mariant en 1903 avec une tchèque.

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Alfons Mucha terminera sa vie comme grand artistique national tchèque, alors que de plus la Tchécoslovaquie naît comme pays après l’effondrement de l’Autriche-Hongrie en 1918. Voici d’ailleurs une œuvre de cette année-là, intitulée La France embrassant la Bohème.

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Alfons Mucha n’a, en fait, jamais perdu le fil avec l’art national tchèque, ni avec sa cause ; si l’on regarde ses illustrations et affiches, on reconnaît aisément à la fois le type ethnique slave et l’esprit des tenues folkloriques de l’est européen slave.

Lui-même s’est placé dans le prolongement de l’art national slave, avec la nation tchèque se libérant enfin. Voici une publicité pour la banque postale, sous l’égide de Slavia, la déesse des tribus slaves, ainsi qu’un exemple de sa décoration réalisée pour la mairie de Prague.

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L’œuvre majeure de cette direction nationale reste indubitablement L’épopée slave, réalisée à partir de 1911. On y retrouve clairement l’esprit des ambulants, la représentation totale de l’histoire du peuple.

De très grand format, cette épopée est composé de vingt œuvres, dix concernant les Tchèques, quatre les Slaves en général, deux les Russes, une les Serbes, une les Croates, une les Polonais, une les Bulgares. Les œuvres sont en fait composées dans l’esprit du congrès panslave de Prague de 1848, où les nations slaves, trop petites face aux oppresseurs autrichien, hongrois et turc, décident de renforcer leurs liens, éventuellement avec le soutien russe.

On peut voir une œuvre, la première, où les Slaves fuyant les hordes germaniques (indiquées par l’incendie en arrière-plan), alors qu’un prêtre païen au premier plan annonce la survie des tribus. L’œuvre est intitulée Les Slaves dans leur site préhistorique – Entre le knout touranien et le glaive des Goths.

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Après la bataille de Grünewald donne le ton, puisqu’il s’agit de l’écrasement en 1410 des forces de l’Ordre teutonique par le royaume de Pologne.

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Ici, c’est la défense de Szigetvár face aux Turcs qui est montrée.

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Voici le Serment d’Omladina, symbole du renouveau slave.

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L’œuvre suivante montre l’instauration de la liturgie slave, c’est-à-dire du slavon d’église, avec comme sous-titre : Rendez louange à Dieu dans votre langue maternelle.

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Voici La célébration de Svantovít – Quand les dieux sont en guerre, le salut est dans les arts, Svantovit étant le dieu de la fertilité et de la guerre.

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L’œuvre suivante montre Le Roi Premysl Ottokar II de Bohême, dont la défaite aboutira à l’intégration forcée de la Bohême-Moravie dans l’Autriche et l’échec des Tchèques à prédominer dans le Saint-Empire romain germanique.

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L’œuvre suivante montre un épisode important du hussitisme, avec Milíč de Kroměříž transformant une maison close en temple, dans le cadre de ce qui donnera le hussitisme.

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Ici, c’est Jan Hus qui est présenté, dans la chapelle de Bethléem, base de départ du hussitisme qui va bouleverser l’histoire européenne.

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Est ici présenté une communion hussite, dans l’Entretien à Křížky.

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La grande figure de l’éducation, le tchèque Comenius, est ici présenté, lors de ses derniers jours, en exil.

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On a ici une représentation du roi hussite Jiří z Poděbrad, Georges de Podebrady.

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Voici, pour conclure, l’affiche présentant l’épopée slave, témoignage d’où provient l’œuvre d’Alfons Mucha : du peuple tchèque, de sa culture et de son histoire, qu’Alfons Mucha a tenté de diffuser dans l’art universel, à travers, pensait-il pouvoir le faire, la consommation esthétisée de la bourgeoisie.

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