Donald Trump l’a dit et la République islamique d’Iran l’a également dit de son côté par l’intermédiaire de représentants l’expliquant au New York Times ; le ministère chinois des Affaires étrangères l’a également reconnu à demi-mots. C’est la Chine qui est intervenue pour faire en sorte que l’accord de cessez-le-feu proposé par la superpuissance américaine soit accepté par l’Iran.
C’est là un événement historique, d’une immense ampleur. C’est la première fois que la superpuissance impérialiste chinoise participe au premier rang, même si de manière officiellement indirecte, à une crise militaire d’envergure loin de sa propre zone d’influence.
La Chine a l’habitude de se mêler des affaires cambodgiennes, vietnamiennes, laotiennes, birmanes.
Cependant, la ligne jusqu’à présent était de faire un profil bas au niveau mondial, de jouer la carte du « multipolaire » et de la légitimité des institutions officielles comme l’ONU.
Toutefois, le jeu américain était trop brutal, trop virulent, trop explosif. La superpuissance impérialiste chinoise a besoin du pétrole iranien – elle en consomme 80 % de la production. Elle a également besoin du pétrole de cette partie du monde en général.
Une situation de crise régionale aurait affaibli son économie. La superpuissance impérialiste américaine le savait et elle a tout fait, précisément, afin de la faire sortir de sa position de « splendide isolement », pour reprendre une position attribuée auparavant à l’empire britannique.
Officiellement, la Chine serait intervenue auprès de l’Iran au dernier moment seulement. Ce n’est qu’une heure trente avant la fin de l’ultimatum que l’accord aurait été accepté. Juste avant, Donald Trump avait menacé d’anéantir la civilisation iranienne.

Cela faisait également plusieurs jours que Donald Trump repoussait l’ultimatum, alors qu’officiellement l’armée américaine était prête à détruire l’industrie énergétique iranienne, ainsi que les centrales et les infrastructures liées. On remarquera qu’étant donné qu’il s’agit de structures civiles, cela s’apparente normalement à un crime de guerre.
Mais il faut surtout souligner qui est le grand perdant dans toute cette histoire : les masses iraniennes. Elles ont été victimes d’une sorte de prise en étau par les mollahs et Donald Trump.
Ni les mollahs ni la superpuissance impérialiste américaine ne voulaient d’une révolution iranienne.
Partant de là, malgré leurs différences, il y a une convergence d’intérêts réactionnaires pour le maintien d’une forme de statu quo.
Les mollahs veulent rester en place, la superpuissance impérialiste américaine veut des mollahs dans son orbite. Tout est fait pour empêcher la révolution iranienne.
Le conflit armé a commencé en fait le dernier jour du mois de février 2026. On a alors le début d’une opération conjointe israélo-américaine, dénommée Lion rugissant du côté israélien, Fureur épique du côté américain.
Cette opération a consisté surtout en des frappes aériennes massives, avec également l’utilisation de drones armés, de missiles de croisière, de la guerre électronique. Et ici il faut rappeler quelque chose de très important.
Lorsque le film Top Gun Maverick est sorti au cinéma en 2022, son succès a été immense. Il y a eu pratiquement un million d’entrées en Belgique, plus de 6,6 millions d’entrées en France. Le succès a été immense d’ailleurs à l’échelle mondiale, avec 1,5 milliard de dollars de
recettes.

Ce succès pour un film extrêmement médiocre et relevant de la pure propagande militariste américaine reflète toute une idéologie largement diffusée. Et on notera que dans le film, il s’agit d’une mission contre un site d’enrichissement de combustible nucléaire dans une zone très montagneuse, une allusion à peine voilée à l’Iran.
Et on sait qu’en juin 2025, la superpuissance impérialiste américaine a lancé l’opération « Marteau de minuit » qui a visé les installations nucléaires iraniennes de Fordo, Natanz et Ispahan.
Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que la narration contre l’Iran était déjà mise en place. Tous ceux qui ont soutenu le film Top Gun Maverick, donc y compris ceux qui sont allés le voir au cinéma, ont participé à une dynamique impérialiste. On se rappellera d’ailleurs qu’à l’occasion de la diffusion du film au Festival de Cannes la même année, la venue de l’acteur sur les marches a été saluée par un survol de la « Patrouille de France », la patrouille acrobatique de l’Armée de l’air française.
Il est très important de souligner cet exemple, car l’opération israélo-américaine n’a pas utilisé de troupes au sol. On est dans l’idéologie de l’aviation et de la supériorité technologique.
La superpuissance impérialiste américaine n’a également pas manqué de renforcer cette narration avec le sauvetage d’un pilote dont l’appareil avait été abattu, début avril. Le pilote s’était caché dans une crevasse en montagne alors que son binôme avait lui pu être tout de suite récupéré, et il a été secouru par l’utilisation de centaines de soldats des forces spéciales, de dizaines d’avions de combat américains et d’hélicoptères.
On est dans l’idéologie du rouleau compresseur, principalement par la supériorité aérienne jusqu’à la suprématie, qui forme le noyau dur de la stratégie militaire américaine, ainsi que de son appendice l’Otan.
La République islamique d’Iran a développé un type d’armée très particulier, en raison de sa propre nature. Son régime est, en effet, fondé sur le principe du terrorisme. Un opposant doit être torturé et ensuite témoigner de sa « conversion » lors d’un passage à la télévision, sinon il a vite fait d’être éliminé.
Cela passe également par la liquidation d’opposants à l’étranger, les menaces et actions de représailles sur des familles entières. Le noyau dur de cette démarche, ce sont les « Gardiens de la Révolution », dans un pays entièrement contrôlé par un capitalisme bureaucratique aux mains de l’élite religieuse.
Il est important de noter cela, car sinon on risque de tomber dans le panneau de la narration iranienne, largement reprise par des « anti-impérialistes » occidentaux. Elle vise à expliquer que le régime iranien n’est pas du tout agressif, qu’il a simplement une attitude défensive en utilisant des moyens propres au faible face au fort.
Ce serait conforme à une République islamique dont la base serait vraiment populaire et l’idéologie véritablement tiers-mondiste, si ce n’est révolutionnaire.
Ce n’est pas du tout la vérité et ce ne sont pas les vidéos de propagande réalisées au moyen de l’intelligence artificielle avec l’esthétique des Lego qui changeront quoi que ce soit à cela.

En réalité, les mollahs profitent du pétrole pour disposer de fonds qu’ils utilisent de la manière la plus simple pour être nuisibles et terroristes.
Leur démarche est, par définition, antipopulaire ; elle vise à éviter le peuple au maximum, pour se fonder sur des commandements éparpillés disposant de « jouets » sous la forme de drones, de missiles balistiques et de missiles de croisière.
Le régime est bien plus décentralisé qu’on ne le pense ; cela reflète la base féodale et l’idéologie patriarcale qui va avec. Il y a donc un dispositif où plus il y a des « commandants », qui s’imaginent des « chevaliers » conformément à l’idéologie religieuse musulmane chiite, mieux c’est pour le régime.

L’Iran a donc employé, du 28 février au 7 avril 2026, au moins 5 000 drones, 2 100 missiles balistiques, 50 missiles de croisière. Une très grande partie se fait intercepter auparavant et les taux de réussite des frappes sont extrêmement faibles.
C’est là où intervient le discours sur une guerre « asymétrique » où ce serait le but de l’Iran de pratiquer des nuisances plus qu’autre chose, afin de tenir sur le long terme et d’épuiser un ennemi plus puissant. Le caractère ridicule de cette affirmation est évident.
Dans la pratique, l’Iran n’a jamais cessé de cumuler les échecs, avec notamment la décapitation de tous les hauts responsables de l’appareil d’État et de l’armée. Le guide suprême Ali Khamenei a été tué dans des frappes, dès le 28 février 2026.
Le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh a été tué le même jour, tout comme le très haut responsable historique Ali Shamkhani, le commandant en chef des gardiens de la révolution Mohammad Pakpour, le chef d’état-major des forces armées Abdolrahim Mousavi. Plus tard ont été tués le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Larijani, le commandant de la Marine des gardiens de la révolution Alireza Tangsiri.

La liste est encore très longue, bien entendu, parce que le but de la superpuissance impérialiste américaine a été de décapiter la direction, afin qu’une nouvelle parvienne au pouvoir, avec qui négocier un changement d’orientation.
Cela n’a rien changé cependant à la rhétorique ultra de la République islamique d’Iran, triomphaliste jusqu’au fanatisme.
Toute perspective militaire de sa part est bloquée pourtant, puisque la quasi-totalité de l’industrie de défense a été anéantie, ainsi qu’une bonne partie des infrastructures militaires. Le nombre de morts est restreint, mais significatif : autour de 7500. Quant aux perspectives politiques plus directement, il n’y en a strictement aucune. Militairement, la République islamique a été démantelée.
Le démantèlement de la capacité militaire iranienne pose deux questions : la première, c’est celle du changement de régime. Aux yeux de Donald Trump, le régime a déjà changé, car ce ne sont pas les mêmes figures principales qui sont au pouvoir.
La seconde, c’est celle des frappes au moyen donc des missiles et des drones, et de leur importance.
Faut-il considérer que c’est une expression intelligente de la part d’une puissance inférieure ou bien une fuite en avant militariste de la part d’un régime obscurantiste ?
Il n’y a pas à hésiter et c’est là qu’il faut comprendre les ambitions démesurées des mollahs. Il est vrai naturellement que la République islamique d’Iran a visé ses pays voisins, en pariant que l’instabilité générale ne serait pas supportée et qu’il y aurait une pression de leur part sur la superpuissance impérialiste américaine. Il serait toutefois naïf d’avoir une lecture aussi unilatérale.
Dans l’imaginaire du régime iranien, il s’agit de devenir la principale force régionale. Pour cela, l’Iran s’appuie sur les forces féodales musulmanes chiites, ainsi que sur le Hamas. Et il fait face à de puissants concurrents.
Le Qatar et la Turquie agissent de concert, avec un alignement sur l’idéologie des Frères musulmans dont relève par ailleurs le Hamas. L’Arabie saoudite propose sa version à elle de l’islam et a de solides ancrages en Égypte, au Soudan, au Yémen, en Somalie, au Nigeria.
Les Emirats arabes unis sont eux aussi présents en Afrique, avec un rôle majeur au Mali et au Burkina Faso, au Ghana et au Bénin, au Niger et au Tchad, en République centrafricaine et en République du Congo, en Éthiopie et au Kenya, en Tanzanie et au Rwanda, au Burundi et au Gabon.
Dans un tel contexte d’affrontement entre expansionnismes, l’occasion pour l’Iran de pouvoir enfin frapper sur des voisins était trop belle, tant en ce qui concerne l’Arabie Saoudite montant en puissance que les pays du Golfe attirant les millionnaires et les influenceurs. Voici les chiffres des attaques iraniennes pour le mois de mars 2026.

L’Iran a justifié ses frappes en arguant de la présence de troupes américaines. Elle a ainsi notamment frappé le quartier général de la cinquième flotte des États-Unis à Bahreïn, ainsi que la base aérienne d’Al Udeid au Qatar, celle d’Ali Al Salem au Koweït, celle d’Al Dhafra aux Émirats arabes unis.
Il y a bien entendu un black-out de la part des autorités de tous ces pays, afin de masquer au maximum les dégâts et de ne pas ternir leur réputation.
Israël a également été visé, bien entendu, puisque c’est l’autre grand concurrent régional. Et il est flagrant que l’État israélien pratique exactement la même fuite en avant que le régime iranien.
Il y a eu un nombre très important de mouvements de soutien à Gaza dans les pays occidentaux. Il faut dire ce qui est : on avait là des hypocrites et des incapables. Car strictement rien n’a changé pour les Gazaouis, d’une part. Cela montre bien que tout ce cinéma grotesque ne représentait rien et ne servait à rien.
Et c’est désormais la Cisjordanie qui est ciblée, d’autre part. Les colons ont déclenché une vague de violences meurtrière et rien que de novembre 2024 à octobre 2025, plus de 36 000 Palestiniens ont été chassés. Inversement, pour la même période, plus de 36 000 logements pour les colons ont été approuvés par les autorités pour Jérusalem-Est et 27 000 pour le reste de la Cisjordanie.
Ce n’est pas tout. Israël a décidé d’annexer le sud du Liban, avec une partie de la région de la Bekaa et le sud de la banlieue de Beyrouth.

On parle de tout ce qui se trouve au sud du fleuve Litani.
Les bombardements sont massifs, les routes et les ponts sont coupés. 1,2 million de personnes ont fui, 150 000 personnes se retrouvant encore coincées dans la région concernée.
L’objectif des Israéliens est l’anéantissement du Hezbollah, le « parti de Dieu » organisé par les musulmans chiites du Liban, qui n’a jamais cessé son harcèlement militaire. Israël avait déjà occupé une partie de la région d’ailleurs entre 1982 et 2000.
Mais tout comme pour la République islamique d’Iran, dont le Hezbollah est un appendice d’ailleurs, il ne faut pas prendre au sérieux la rhétorique israélienne, dont le sens réel est l’expansionnisme.
On est dans la quête d’une hégémonie régionale à travers l’agitation et la nuisance, la destruction et l’agressivité. Toutes les forces présentes s’agitent, afin de prendre le dessus, emportant le Moyen-Orient dans un désastre généralisé.
Il y a une phrase très connue de de Gaulle qu’on trouve dans ses Mémoires : « Vers l’Orient compliqué je volais avec des idées simples ». Et les grandes puissances se désintéressaient bien, en effet, de l’Orient et de ses complications multiples.
C’est toutefois impossible en raison de l’importance du pétrole et du gaz.
Dans le contexte de la seconde crise générale du capitalisme commencée en 2020, c’est encore plus vrai. Ce qui joue ici, c’est le détroit d’Ormuz, qui à son point le moins large fait 55 km.

C’est par là que passe 30 % du pétrole mondial, avec autour de 2400 gros pétroliers utilisés (à quoi il faut ajouter les petits, les non-officiels, etc.). Sont concernés l’Iran, mais également les Émirats arabes unis, l’Irak, le Koweït, l’Arabie saoudite, Bahreïn et le Qatar.
La guerre israélo-américano-iranienne a bien évidemment bloqué le trafic. C’est là où se sont catastrophées toutes les grandes puissances et que Donald Trump a dénoncé notamment l’Otan comme ne servant à rien, car n’aidant pas les États-Unis contre l’Iran.
C’est même devenu le nexus de la contradiction entre la République islamique d’Iran et la superpuissance impérialiste américaine.
La première considère qu’elle peut jouer sur le facteur temps et que la pression mondiale sera de plus en plus grande pour que les navires puissent passer le détroit d’Ormuz. Par sa puissance de nuisance, l’Iran peut bloquer ou gêner massivement le passage. Il faudra donc composer avec elle.

La seconde a constaté l’effondrement du nombre de navires qui passent et elle s’en moque, n’étant pas directement concernée par ce pétrole. Elle peut donc maintenir la pression et, à force de menaces, considérer que son adversaire finira bien par plier.
Le contrôle du détroit d’Ormuz forme ainsi le coeur même de la contradiction.
Si la question du détroit d’Ormuz est effectivement le nexus de la contradiction américano-iranienne, ce n’est toutefois qu’une contradiction qui s’insère dans un ensemble bien plus large. Ce qui compte réellement, en fin de compte, c’est la troisième guerre mondiale de repartage du monde, c’est l’affrontement entre la superpuissance impérialiste hégémonique américaine et sa compétition avec son challenger, la superpuissance impérialiste chinoise.
La moitié du pétrole consommé par la Chine provient d’Arabie saoudite, d’Irak, des Émirats arabes unis, du Koweït, d’Iran. La fermeture du détroit d’Ormuz est donc une catastrophe potentielle pour elle.
C’est vrai pour aujourd’hui, comme pour demain. Si à un moment donné, en raison d’un conflit militaire, la superpuissance impérialiste américaine est en mesure de bloquer le passage des navires, la Chine serait dans une situation terrible.

Ce n’est pas tout. 13 % du pétrole consommé par la Chine provient d’Iran. Le fait que la République islamique d’Iran soit donc alignée sur la Chine et la Russie est une double assurance du point de vue chinois. L’Iran est également membre, depuis 2024, des BRIC (devenu la même année les BRICS+).
La superpuissance impérialiste chinoise a tout à fait conscience du risque général que tout cela présente. Pour cette raison, elle tente de faire reculer sa consommation d’énergies fossiles. En Chine, la moitié des véhicules vendus sont électriques, l’électricité est quasiment uniquement produite au moyen du charbon. Le soleil et le vent apportent désormais l’énergie requise chaque année en plus.
Il y a également des stocks secrets de pétrole qui ont été mis en place ; il est considéré que la Chine peut tenir jusqu’à sept mois sans pétrole venant des navires passant par le détroit d’Ormuz.
Cela ne saurait être suffisant, pourtant, en cas de conflit majeur. C’est ce qui explique la démarche de la superpuissance impérialiste américaine. Son but est de précipiter les choses. La situation nouvelle provoquée permet déjà d’avoir une intervention américaine au niveau du détroit d’Ormuz ; le but est de prolonger celle-ci, de la maintenir quasi permanente, ou en tout cas justifiée en permanence.
La question du détroit d’Ormuz et celle de l’Iran en général sont au cœur de l’affrontement sino-américain ; il n’est pas possible de saisir leur signification, leur portée, leur sens même sans voir qu’on est là au niveau d’une bataille pour l’hégémonie mondiale.