Station de métro Clémenceau, 5 février 2025 : armés de fusils d'assaut, des éléments lumpenprolétaires s'apprêtent à ouvrir le feu

Station de métro Clémenceau, 5 février 2025 : armés de fusils d’assaut, des éléments lumpenprolétaires s’apprêtent à ouvrir le feu

Bien qu’aucun chiffre officiel consolidé ne soit disponible pour 2026, les fusillades liées au narcotrafic à Bruxelles se sont multipliées de manière exponentielle. Il est estimé que 78 fusillades ont eu lieu dans la capitale depuis le début de cette année. Cela constitue une tendance lourde si on y ajoute les 34 homicides recensés en 2024 et les 57 incidents armés à la mi-août 2025.

Ce phénomène dramatique suscite de nombreuses interprétations contradictoires.

Certains y voient « un ensauvagement », d’autres une « fracture sociale », tandis que l’ultra gauche, fidèle à ses « principes », interprète cela comme un redéploiement économique justifié par la paupérisation des quartiers.

Ces différentes interprétations partagent un point commun : elles évitent d’affronter la réalité. Le déclin social d’une partie de cette population résiduelle est en réalité le reflet d’une crise plus vaste.

Il est crucial de balayer les illusions affectives et les discours sécuritaires tout en rappelant une vérité fondamentale : le lumpenprolétariat ne constitue pas un acteur révolutionnaire, mais résulte de la crise du capitalisme.

L’utra-gauche glorifie le lumpen comme échappatoire à la lutte des classes. Ainsi, depuis les années 1970, une frange de l’ultra-gauche s’est mise en quête d’un « nouveau sujet révolutionnaire » pour remplacer une classe ouvrière qu’elle considérait trop « intégrée ».

Cette quête a conduit à une idéalisation de ce qu’on a désigné comme le « prolétariat extra-légal », parallèlement à une admiration pour les émeutes, une fétichisation des comportement antisociaux, et une confusion entre violence nihilistes débouchant sur un cannibalisme social lumpenprolétaire et violence révolutionnaire, entrainant une incapacité totale à analyser la nature des structures criminelles.

Cette approche est non seulement erronée, mais aussi dangereuse. Elle mélange décadence et cannibalisme social avec conscience politique ; désorganisation avec organisation et violence diffuse avec violence révolutionnaire.

L’ultra-gauche se retrouve ainsi piégée : elle substitue l’analyse matérialiste dialectique par une fascination petite-bourgeoise pour la marge.

A l’opposé, la bourgeoisie répète inlassablement son discours. Il est question de « restaurer l’autorité », de « renforcer l’école », de « réaffirmer les valeurs », ou de « ramener l’Etat dans les quartiers jusqu’alors négligés par les gouvernements bourgeois précédant ».

Cet argumentaire est dénué de substance. Il néglige le fait que l’Etat bourgeois est lui-même en crise, donc incapable d’imposer une direction cohérente. La bourgeoisie en déclin n’est plus en mesure d’exercer un niveau élevé de direction étatique et promet une intégration qu’elle n’est plus en capacité de réaliser. Elle évoque des « valeurs » et la « démocratie » alors que les conditions matérielles qui permettaient de soutenir ces valeurs se sont effondrées.

Le révisionnisme à la source idéologique de l’impuissance actuelle

Le révisionnisme a non seulement affaibli le mouvement ouvrier, mais a aussi ouvert la voie à la montée du lumpenproletariat, affaibli la capacité d’analyse des organisations communistes et détruit les outils idéologique nécessaires pour appréhender la situation du moment.

Le révisionnisme a facilité la montée du lumpenproletariat en délaissant la centralité de la classe ouvrière. Les organisations révisionnistes comme le PTB et les trotskystes ont crée un vide politique dans les quartiers populaires, vide qui a été comblé par le clientélisme et le relativisme, ainsi que par les réseaux criminels et les économies parallèles.

Le lumpenprolétariat des centres du capitalisme développé représente une masse importante de gens qui, du fait de la société de consommation et de la hausse des forces productives, ne vit plus simplement en marginalité. D’où son intérêt pour les révisionnistes empêtrés jusqu’à l’os dans le crétinisme parlementaire.

Le lumpenprolétariat a acquis une certaine stabilité de vie mais du fait de la paupérisation relative il n’en reste pas moins mû par les dynamiques de la forme résiduelle de l’armée de réserve.

Le révisionnisme a substitué le matérialisme dialectique par une sociologie bourgeoise, un moralisme et des discours psychologisants. Il ont évité de nommer le lumpenprolétariat, préférant parler de « public en rupture » en proie de manière unilatérale à des violences policières.

Le révisionnisme a également mélangé violence sociale et violence révolutionnaire, ce qui l’a conduit à ne pas comprendre que les fusillades ne sont pas une révolte, mais le produit de la décomposition capitaliste.

Il est nécessaire d’avoir une ligne idéologique claire pour appréhender la situation actuelle. L’absence de celle-ci permet justement à l’ultra-gauche de romantiser, à la bourgeoisie de moraliser et au sociologue de relativiser.

Une ligne communiste révolutionnaire permet de distinguer le prolétariat du lumpen, de saisir les dynamiques de paupérisation relative, d’identifier les franges hésitantes et de reconstruire une base organisée.

Le lumpenprolétariat contemporain est consolidé par le narcotrafic, qui fonctionne comme une économie parallèle bien structurée. Il s’inscrit dans des logiques individualistes, hiérarchiques, coercitives et para-féodales. Il ne cherche pas à renverser l’ordre capitaliste, mais désire y trouver une place marginale mais lucrative.

La stratégie révolutionnaire : reconstruire la base prolétarienne, sans flatter les marges

La ligne appropriée consiste à reconstituer une culture réaliste socialiste au service des masses dans les quartiers populaire en favorisant la vie collective, la solidarité, la discipline collective, et un horizon politique en isolant politiquement les logiques lumpen.

Cela passe par la reconstruction d’un tissu social prolétarien capable d’établir des normes collectives, gagner les franges hésitantes, celles qui se situent entre précarité, petit trafics et survie. Quant aux plus réfractaires, ils auront à affronter la violence révolutionnaire de milices populaires armées.

Nous dénonçons ici les illusions ultra-gauche, de la bourgeoisie et des sociologues. C’est pourquoi nous affirmons : la révolution ne naîtra pas des marges, mais de la recomposition du prolétariat. Les fusillades à Bruxelles démontre que le capitalisme produit sa propre marge comme une structure stable. Elles révèlent également que ni l’Etat bourgeois, ni les illusions ultra-gauche, ni le révisionnisme ne peuvent apporter de solution à cette situation de cannibalisme social.

Le matérialisme dialectique oblige à voir que la seconde crise du capitalisme produit des marges, mais que ces marges ne produisent pas mécaniquement une politique révolutionnaire.

La voie révolutionnaire ne passe ni par la glorification des marges violentes, ni par leur gestion policière ou humanitaire. Elle exige une compréhension matérialiste dialectique du lumpenprolétariat comme produit historique de la crise, la reconstruction d’une base prolétarienne organisée, et la redéfinition d’une perspective politique capable de s’adresser aux masses populaire appauvries.

La révolution ne surgit pas des zones de décomposition du capitalisme, mais de la capacité des masses populaires à ce réorganiser comme force historique.


Revenir en haut de la page.