En 1850, au Salon de peinture de l’académie des Beaux-Arts, le peintre Gustave Courbet (1819-1877) exposa une grande toile de plus de trois mètres sur pratiquement sept mètres, montrant Un enterrement à Ornans , son village natal.

Le cimetière avait dû être placé hors des murs du village, en raison du manque de place, au grand dam de la population. C’est dans un lieu semblant isolé que se déroule l’enterrement, décrit de manière résolument typique, faisant de cette œuvre un classique du réalisme.

Gustave Courbet dira par la suite, à la suite d’une exposition à Anvers, que :

« L’Enterrement d’Ornans a été en réalité l’enterrement du romantisme »

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On trouve dans le tableau une division tripartite, avec les officiants, puis les hommes et enfin les femmes. Mais, dans le cadre du réalisme, il y a également un esprit de synthèse de haut niveau qui est réalisé, afin de représenter l’enjeu propre à l’époque.

Deux groupes de deux hommes se font donc face, des deux côtés du trou, représentant les forces sociales en présence, plus précisément celles de la réaction et celles du progrès.

On a le curé, bien habillé et lisant son bréviaire, avec à ses côtés, un genou à terre, le fossoyeur, sa veste et son bonnet étant posé par terre. Juste derrière se trouvent les sacristains, ainsi qu’un propriétaire terrien, possédant des vignes, qui porte la croix, et deux laïcs servant d’aides aux cérémonies, un étant un riche vigneron, l’autre un simple cordonnier.

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De l’autre, on a deux figures symbolisant les révolutionnaires : les deux sont habillés dans le costume des révolutionnaires de la première république, celle de 1792-1793, avec l’un ayant des guêtres blanches, le second des bas bleus. Nous sommes en 1849, alors que la République a enfin triomphé en 1848 sur la monarchie qui avait été restaurée en 1814-1815.

Le chien témoigne également de la fidélité et qu’il soit représenté un fait marquant. Non seulement un enterrement est montré, mais, qui plus est, dans une peinture de 3,15 sur 6,68 mètres, une vaste dimension normalement réservée aux représentations héroïques académiques.

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Les révolutionnaires semblent également, notamment celui au premier plan avec la main tendue, comme mener une contre-cérémonie pour le mort. L’opposition culturelle est ainsi figurée dans le tableau et on remarquera le crâne devant la fosse, dont la présence n’est absolument pas réaliste et exprime une dimension symbolique, celle de la bataille pour le sens de la vie.

Entre les deux groupes se tiennent des notables : un juge de paix, un gendarme devenu prêteur sur gages, un meunier enrichi, un avocat, un rentier célibataire, un bourgeois aisé. C’est un aspect important : l’enterrement est, de fait, bourgeois et si la bourgeoisie est représentée comme liée à la réaction, elle ne semble pas être elle-même la réaction.

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On a ici le reflet de l’idéologie de la « république sociale » propre au XIXe siècle, idéologie qui aura également un vaste succès par la suite dans notre pays, avec une opposition idéaliste entre réaction-religion et république-mesures sociales.

Gustave Courbet n’est, de fait, un réaliste que dans la mesure où il ne nie pas la réalité. Il entend également montrer ce qui est populaire et c’est cela qui en fait un réaliste, un partisan du peuple. Il n’entend pas faire du peuple un thème en soi, avec ses activités, son existence ; la représentation de la réalité du travail n’est pas son objectif, comme cela a pu l’être chez les frères Le Nain ou chez Abraham Bosse.

Cette approche est tout à fait apparente dans la peinture de 1855, intitulée L’Atelier du peintre. Allégorie Réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique (et morale).

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Gustave Courbet s’y est représenté au centre ; selon ses propres termes, voici ce qu’il a représenté :

« C’est l’histoire morale et physique de mon atelier. Première partie : ce sont les gens qui me servent, me soutiennent dans mon idée et participent à mon action.

Ce sont les gens qui vivent de la vie, qui vivent de la mort. C’est la société dans son haut, dans son bas, dans son milieu. En un mot, c’est ma manière de voir la société dans ses intérêts et ses passions.

C’est le monde qui vient se faire peindre chez moi. Vous voyez, ce tableau est sans titre, je vais tâcher de vous en donner une idée plus exacte en vous le décrivant sèchement.

La scène se passe dans mon atelier à Paris. Le tableau est divisé en deux parties. Je suis au milieu peignant.

A droite sont les actionnaires, c’est-à-dire les amis, les travailleurs, les amateurs du monde de l’art. A gauche, l’autre monde de la vie triviale, le peuple, la misère, la pauvreté, la richesse, les exploités, les exploiteurs, les gens qui vivent de la mort. »

Les exploités sont donc mis sur le même plan que les exploiteurs, alors qu’à droite on retrouve aux côtés d’intellectuels et de mondains le théoricien du « socialisme français » Pierre-Joseph Proudhon, proche de Gustave Courbet, et également peint par lui, dans une même veine pré-naturaliste à la Émile Zola.

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C’est là une lecture idéaliste du monde, l’expression de la conception de l’artiste exigeant le « meilleur » pour la société et dont le besoin « démocratique » de représenter la réalité converge résolument avec la bourgeoisie la plus moderniste.


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