L’Internationale Communiste – 1935 : le septième congrès

Le processus lancé par l’Internationale Communiste lors du 6e Congrès a porté ses fruits, l’identité communiste apparaissant comme plus nette. Aussi s’appuie-t-elle désormais sur plus de soixante Partis Communistes, avec 3,1 millions de membres, dont 785 000 en-dehors de l’URSS.

Toutefois, le fascisme ne cesse d’avancer ; après l’Italie en 1922 ce fut l’Allemagne en 1933, et la tendance à la guerre impérialiste prime de loin sur la vague révolutionnaire. C’est ainsi le rapport du bulgare Georgi Dimitrov sur l’offensive du fascisme qui est au cœur du 7e congrès de l’Internationale Communiste, qui commence à la fin juillet 1935.

Pour les plus de 500 délégués, ce qui compte, c’est savoir comment organiser le Front populaire. Traditionnellement, la propagande bourgeoise raconte qu’il y a là un tournant, un retournement à 180° dans la ligne de l’Internationale Communiste.

C’est absolument erroné. La question du front unique des masses sous la direction du Parti Communiste a toujours été la préoccupation centrale, la politique pour y arriver s’adaptant au contexte.

Le 7e congrès se tient d’ailleurs sept ans après le précèdent, alors que la situation était devenue explosive à la suite de la crise de 1929, et que la social-démocratie était obligée de reculer dans son anti-communisme en raison des triomphes fascistes en Allemagne et en Italie.

Tout cela demandait une ligne de masses des plus larges possibles ; lors d’une session du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste au milieu de l’année 1932, il fut ainsi expliqué que :

« Ce qu’il faut, c’est mettre en mouvement les masses, en usant de toutes les formes, fussent-elles les plus simples, en partant des besoins quotidiens les plus élémentaires des ouvriers de l’entreprise donnée. Qu’il s’agisse dans certains cas de grèves d’une heure, dans d’autres cas de grèves par ateliers ou de grèves perlées ou de démonstrations, de protestations, toute la gamme ininterrompue de ces mouvements servira d’excellente préparation aux grandes batailles économiques que peuvent devenir très rapidement, en raison des conditions actuelles, les mouvements partiels. »

A cela s’ajoute qu’en France, le Parti Communiste a réussi à lancer un front uni antifasciste suite aux événements de février 1934 ; enfin, un Parti Communiste parvenait à mobiliser les masses liées à la social-démocratie, pour une lutte commune à la base avec les communistes.

Georgi Dimitrov expliqua ainsi au congrès :

« La France est le pays où la classe ouvrière donne à tout le prolétariat international l’exemple de la façon dont il faut combattre le fascisme. Le Parti communiste français donne à toutes les sections de l’Internationale Communiste l’exemple de la façon dont il faut appliquer la tactique du front unique, et les ouvriers socialistes l’exemple de ce que les ouvriers social-démocrates des autres pays doivent faire aujourd’hui dans la lutte contre le fascisme. »

Ces résultats étaient le produit de l’analyse détaillée du fascisme ; en décembre 1934, dans son document « Le fascisme, le danger de guerre et les tâches des partis communistes », l’Internationale Communiste avait défini le fascisme comme :

« la dictature terroriste, ouverte, des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier. »

Dimitrov expliqua ainsi au même moment :

« Le fascisme, représentant les éléments les plus impérialistes, les plus chauvins de la grande bourgeoisie dans sa recherche d’une solution à la crise pour un nouveau partage du monde, tente de berner les grandes masses par la propagande nationaliste ou raciste, d’exciter un peuple contre l’autre et de déchaîner une nouvelle guerre impérialiste. Fidèle à sa tâche de classe fondamentale: écraser le mouvement ouvrier, le fascisme veut unir les forces les plus réactionnaires du monde bourgeois pour une agression contre l’Union soviétique, avant-garde du prolétariat international. »

L’Internationale Communiste avança alors dans la construction du « front ». En 1932 fut ainsi fondé le Comité de lutte contre la guerre et le fascisme, ainsi que l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires ; en 1936 naquit le Rassemblement Universel pour la Paix.

A Paris eut lieu en août 1934 au stade Pershing un « rassemblement international des sportifs contre le fascisme et la guerre », avec 3000 sportifs dont 1200 de 18 pays, 20 000 personnes assistant à l’événement qui se prolonge sur plusieurs jours de compétition et se termine par une manifestation dans le parc de Garches, en banlieue parisienne.

En 1936 furent fondées les Brigades Internationales, envoyant des volontaires combattre dans les rangs de la république espagnole du Front populaire.

Ainsi, d’un côté l’Internationale Communiste généralise les front à la base et cesse ses organismes générés (le Sportintern se dissout ainsi en 1937, tout comme le Profintern -l’Internationale Syndicale Rouge-, les associations sportives et les syndicats rouges fusionnant avec leurs homologues socialistes).

De l’autre côté, elle progresse incroyablement : en 1939, le nombre de personnes organisées au sein des Partis Communistes dans les pays capitalistes est de 1 200 000, alors qu’il était de 860 000 cinq années auparavant. La Jeunesse Communiste Internationale a vu quant à elle ses activistes passer dans le même temps de 110 000 à 746 000.

Cette évolution apporte une gigantesque complexité ; l’Internationale Communiste n’est plus en mesure de centraliser les décisions pour des Fronts populaires se paramétrant selon des critères nationaux. Comme le soulignera Mao Zedong, les tâches antifascistes doivent être analysées selon les situations concrètes dans chaque pays.

Cela sera d’autant plus vrai avec la seconde guerre mondiale impérialiste et le développement de Fronts de Libération Nationale dans de nombreux pays.

A cela s’ajoute la situation de l’URSS, membre des Alliés face aux forces de l’Axe (Allemagne, Italie, Japon…) et qui ne peut se permettre diplomatiquement d’apparaître comme s’immisçant dans les affaires intérieures d’un pays.

Dans ce contexte, au milieu de l’année 1943, le 26 mai, l’Internationale Communiste procède à sa dissolution. Mais la raison fondamentale, l’aspect principal, est le septième congrès, qui exige la genèse d’un Front populaire.

Comme l’expliquera Mao Zedong en 1943 :

« Depuis la décision, prise en août 1935 lors du VIIème congrès de l’Internationale Communiste, de supprimer toute ingérence dans les affaires concernant les organisations communistes des différents pays, le Comité exécutif de l’Internationale Communiste et son présidium, respectant cette décision, ne sont plus intervenus dans les affaires concernant l’organisation communiste chinoise. »

En pratique, l’affirmation en 1935 du Front populaire scellait la fin de la IIIe Internationale comme organisation hiérarchique avec chaque Parti Communiste dépendant des décisions d’un centre unique.

La IIIe Internationale avait réalisé sa tâche : générer des Partis Communistes et les rendre capables d’avancer vers la révolution (socialiste dans les pays capitalistes ou démocratique dans les pays coloniaux et semi-coloniaux) en se fondant sur les conditions concrètes de leur pays.

27 juillet 1935

Marcel Cachin : La lutte pour le Front populaire – 1935

Discours de Marcel Cachin prononcé à la séance du 27 juillet 1935 CAMARADES, La délégation française présente pour cette fois au congrès de l’Internationale communiste un bilan positif. Notre Parti grandit numériquement et moralement. Notre Secrétariat a délivré au début de ce mois 71.000 cartes du Parti ; notre Jeunesse communiste a quintuplé ses effectifs […]

1 août 1935

Wilhelm Pieck : Résolution sur le rapport d’activité du Comité exécutif de l’IC – 1935

RÉSOLUTION SUR LE RAPPORT D’ACTIVITÉ DU COMITÉ EXÉCUTIF DE L’INTERNATIONALE COMMUNISTE Adoptée le 1er août 1935 sur le rapport du camarade Pieck. 1. Le VIIe Congrès mondial de l’I.C. approuve la ligne politique et l’activité pratique du C.E. de l’I.C. 2. Le VIIe Congrès mondial de l’I.C. approuve les propositions faites par le C.E. de […]

2 août 1935

Georgi Dimitrov : L’Offensive du fascisme et les tâches de l’IC dans la lutte pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme − 1935

Rapport au VIIe Congrès mondial de l’Internationale communiste présenté le 2 août 1935 L’OFFENSIVE DU FASCISME ET LES TACHES DE L’INTERNATIONALE COMMUNISTE DANS LA LUTTE POUR L’UNITÉ DE LA CLASSE OUVRIÈRE CONTRE LE FASCISME I. Le fascisme et la classe ouvrière Déjà le VIe Congrès de l’Internationale Communiste avertissait le prolétariat international de la maturation […]

4 août 1935

Dmitri Manouilski : Le bilan de l’édification socialiste en U.R.S.S. − 1935

Rapport présenté par le camarade D. Z. Manouilski au VIIe Congrès mondial de l’Internationale communiste le 4 août 1935 (Tout le congrès, debout, accueille par de vifs applaudissements et des salutations l’apparition du camarade Manouilski à la tribune. Le camarade Maniouilski proclame : « Vive le camarade Staline ! » Ovation tumultueuse. On chante l’Internationale. […]


5 août 1935

Dmitri Manouïlski : Friedrich Engels dans le lutte pour le marxisme révolutionnaire – 1935

Discours prononcé au VIIe Congrès mondial de l’Internationale communiste, le 5 août 1935, à l’occasion du 40e anniversaire de la mort de F. Engels I. − Engels et son rôle dans la création du socialisme scientifique Quarante ans se sont écoulés depuis la mort de Friedrich Engels, le plus proche compagnon de lutte de Karl […]

7 août 1935

Klement Gottwald : La lutte pour le travail, le pain, la paix − 1935

Discours prononcé à la séance du 7 août 1935 du 7ème Congrès mondial de l’Internationale Communiste CAMARADES, Ce n’est pas par hasard que le VIIe congrès de notre Internationale se déroule au milieu de la plus grande attention du monde entier, de nos amis comme de nos ennemis. C’est parce que nous discutons ici et […]

13 août 1935

Discours de Dimitrov en conclusion aux débats après son rapport − 1935

Discours au VIIe congrès de l’Internationale communiste en conclusion aux débats après son rapport : « Pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme », 13 août 1935 Les débats circonstanciés qui se sont déroulés sur mon rapport, témoignent de l’immense intérêt du congrès pour les principaux problèmes et tâches tactiques de la lutte de la classe […]

14 août 1935

André Marty : Pour la Paix ! Pour la défense de l’U.R.S.S. – 1935

Discours prononcé au VIIe congrès mondial de l’Internationale communiste, le 14 août 1935 I. − Les deux pôles de la guerre et de la Paix en Europe Je rappellerai d’abord, qu’à la veille de la dernière guerre impérialiste, nous avions l’habitude en France de comparer l’Europe, suivant l’image de Jaurès, à une poudrière dans laquelle […]


20 août 1935

Ercoli : Les tâches de l’Internationale Communiste en liaison avec la préparation d’une nouvelle guerre mondiale par les impérialistes − 1935

Résolution sur le rapport du camarade Ercoli, adoptée le 20 août 1935 I. Préparation de la guerre pour un nouveau partage du monde. La crise économique mondiale et la rupture de la stabilisation capitaliste ont engendré une extrême instabilité de toutes les relations internationales. L’aggravation de la lutte sur le marché mondial, rétréci à l’extrême […]

20 août 1935

Résolution sur l’Offensive du fascisme et les tâches de l’Internationale communiste – 1935

Résolution sur le rapport du camarade Dimitrov, adoptée le 20 août 1935 L’OFFENSIVE DU FASCISME ET LES TÂCHES DE L’INTERNATIONALE COMMUNISTE DANS LA LUTTE POUR L’UNITÉ DE LA CLASSE OUVRIÈRE CONTRE LE FASCISME I. Le fascisme et la classe ouvrière. 1. Le VIIe Congrès de l’Internationale Communiste constate que les changements fondamentaux suivants survenus dans […]

20 août 1935

Dmitri Manouïlski : La victoire du socialisme en URSS et sa portée historique mondiale − 1935

Résolution sur le rapport du camarade Manouilski, adoptée le 20 août 1935 Après avoir entendu le rapport du camarade Manouilski sur le bilan de l’édification socialiste en U.R.S.S., le VIIe Congrès mondial de l’Internationale Communiste constate avec une profonde satisfaction que, sous la direction du P.C. de l’U.R.S.S., la reconstruction socialiste de l’économie nationale, la […]

20 août 1935

Georgi Dimitrov : Les gouvernements actuels des pays capitalistes sont des hommes provisoires, le véritable maître du monde est le prolétariat − 1935

Discours de clôture au VIIe congrès mondial de l’Internationale communiste, prononcé le 20 août 1935 Le VIIe congrès mondial de l’Internationale communiste, le congrès des communistes de tous les pays et de tous les continents du monde, termine ses travaux. Quel en est le bilan, qu’est-ce que le congrès représente pour notre mouvement, pour la […]


18 septembre 1936

Georgi Dimitrov : Sur la question espagnole − 1936

Intervention à la réunion du secrétariat du Comité exécutif de l’Internationale communiste concernant la question espagnole (extrait) [18 septembre 1936] L’élément nouveau en rapport avec la réalisation de la politique de front populaire est celui dont nous avons déjà parlé au VIIe Congrès. Ce que nous constatons de nouveau dans la situation internationale, dans le […]

10 juillet 1937

La lutte contre le trotskisme, agent du fascisme − 1937

Le présidium du Comité exécutif de l’Internationale communiste, ayant discuté la question des décisions de l’assemblée plénière de février du Comité central du PC de l’U.R.S.S., a adopté une résolution disant que l’assemblée plénière, qui a tiré les leçons politiques de l’activité d’espionnage et de diversion de l’agence trotskiste du fascisme, a une importance énorme […]

3 août 1937

Nadejda Kroupskaïa : Pourquoi la deuxième internationale défend Trotski – 1937

L’article de N. Kroupskaïa été publiés à Paris en 1937, par le Bureau d’éditions de l’Internationale Communiste, dans l’ouvrage intitulé « Le complot contre la Révolution russe. Les enseignements du Procès de Moscou contre le centre terroriste trotskiste-zinoviéviste. » Le socialisme ne s’érige pas par des ordres venant d’en haut. L’automatisme bureaucratique est incompatible à […]

3 août 1937

Georgi Dimitrov : Prendre de misérables terroristes sous sa protection, c’est aider le fascisme – 1937

L’article de G. Dimitrov a été publiés à Paris en 1937, par le Bureau d’éditions de l’Internationale Communiste, dans l’ouvrage intitulé « Le complot contre la Révolution russe. Les enseignements du Procès de Moscou contre le centre terroriste trotskiste-zinoviéviste. » Préface du Bureau d’édition Prolétaire c’est votre cause qui est en jeu ! L’organisation d’attentats […]


16 octobre 1937

Internationale Communiste : Comment résoudre le problème palestinien – 1937

publié dans La Correspondance Internationale, organe de l’Internationale Communiste, n°44, 16 octobre 1937 Par Salim Aboud Lorsque fut publiée la déclaration Balfour, en 1917, l’impérialisme britannique était parfaitement au courant de toutes les difficultés qu’elle allait susciter. La Grande-Bretagne avait besoin d’un allié fidèle qui l’aiderait à faire obstacle au mouvement croissant de libération nationale […]


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