La Correspondance internationale, N° 27, 1938

De bon matin, on prend son journal. Un rapide regard sur les dernières nouvelles, et aussitôt, la préférence va aux nouvelles d’Espagne. Pour des millions d’hommes, en Union soviétique, ce geste instinctif est devenu une habitude, un besoin. Pas de maison où l’on ne voie une carte d’Espagne. Beaucoup de filles sont appelées Dolores.

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Dans les rues de Moscou ou de Kiev, des vendeuses offrent aux passants des oranges : « Oranges d’Espagne ! ». Les enfants jouent aux Espagnols. Le général Miaja est le principal personnage et ce gamin là-bas, avec ses lumineux yeux bleus, sauve femmes et enfants ensevelis sous les décombres d’une maison détruite par les bombes fascistes. Le calot des miliciens espagnols est le couvre-chef préféré des enfants. La radio rend compte de meetings à Barcelone.

Aussitôt, le silence règne dans la chambre, les yeux se détachent du livre, tout le monde écoute ardemment. Chaque livre, chaque brochure sur l’Espagne est épuisée presque aussitôt. N’importe quel kolkhozien, quel ouvrier, quel enfant, en Union soviétique, connaît les noms, pourtant difficiles à prononcer, des villes, des fleuves et des montagnes d’Espagne.

Il en est ainsi, littéralement, depuis le premier jour de l’insurrection fasciste, le 18 juillet 1936. L’Espagne qui, pour des millions de citoyens soviétiques, n’était autrefois qu’une simple notion géographique, fut placée aussitôt au centre de l’intérêt, ses contours schématiques prirent la forme d’hommes vivants, d’un peuple luttant pour sa liberté. Les distances, les frontières, furent comme abolies.

L’Espagne, qui se dressait telle une muraille contre les puissances d’intervention, Italie et Allemagne, est l’objet de l’amour et du respect de tous les peuples de l’Union soviétique. Ils ont reporté sur l’Espagne toutes les expériences de leur propre lutte libératrice, toute leur haine contre les oppresseurs et les exploiteurs, tout l’amour et toute la tendresse d’un frère aîné, qui a souffert et a vaincu, pour son cadet, qui prend pour la première fois le fusil en main.

L’amour pour le jeune frère qui est venu se joindre aux rangs de ceux qui combattent contre le fascisme et la guerre, pour le peuple travailleur, pour l’indépendance et pour la liberté.

Comment a-t-il été possible de si bien éveiller ce sentiment de solidarité fraternelle dans un peuple de 170 millions d’habitants, de façon à ce que chaque individu en prenne conscience ? C’est là le résultat d’une longue évolution, c’est l’effet de l’éducation des masses dans l’esprit de la solidarité.

C’est le résultat de l’abolition des discordes nationales qui déchirèrent durant des siècles les nombreuses nations de la Russie tsariste et qui ont disparu parce qu’a été écrasé l’instigateur et le principal responsable de ces luttes fratricides : l’exploiteur, qui excite les peuples les uns contre les autres, pour mieux régner dans cette atmosphère de sang et d’ivresse chauvine.

L’Union soviétique reste fidèle à la politique qu’elle poursuit année après année, jour après jour, sans que rien puisse l’en détourner : sa politique de paix, la politique d’aide et de soutien aux peuples en lutte, la lumineuse politique de la vérité et de la solidarité prolétariennes.

Début d’août 1936, 200.000 personnes s’assemblent sur la Place Rouge de Moscou en un meeting de solidarité pour l’Espagne républicaine. Partout des drapeaux, des banderoles. « A bas les rebelles fascistes, les traîtres au peuple espagnol ! » « Bas les pattes devant l’Espagne révolutionnaire ! » Ouvriers et ouvrières prennent la parole. Puis l’écrivain Fadéiev, et aussi l’académicien Fersman.

Au nom des 25 millions de membres des syndicats soviétiques, Chvernik fait appel à la classe ouvrière et aux masses travailleuses du monde entier pour qu’elles organisent l’aide active au peuple espagnol dans sa lutte contre les généraux fascistes et leurs inspirateurs − les fascistes italiens et allemands. Sur toute l’étendue de la place, jaillit ce cri : « A bas le fascisme sanglant ! Pour le Front populaire des combattants de la République démocratique espagnole ! »

La voix de la capitale prolétarienne exprimait ainsi la volonté du pays tout entier. Qui lança le premier l’idée d’ouvrir des collectes pour les travailleurs d’Espagne ? Personne et tout le monde ! Et aussitôt, l’argent afflua. Le 5 août déjà, les 36 premiers millions de francs rassemblés par les travailleurs de l’Union soviétique étaient transmis au chef du gouvernement de la République espagnole.

Deux semaines à peine s’étaient écoulées depuis l‘insurrection fasciste, Mais il ne s’agissait pas là d’un simple mouvement de sympathie passager, d’un geste sentimental. Non, c’était le début de l’aide puissante et ininterrompue apportée par l’Etat des ouvriers et des paysans et par le peuple soviétique au peuple espagnol en lutte…

Dès les premiers jours d’août, le pays put lire, avec une attention passionnée, les correspondances d’Espagne de Mikhaïl Koltzov. Mikhaïl Koltzov ne rapportait que la vérité. Il montrait l’héroïsme du peuple, son enthousiasme, le courage des femmes et des enfants, l’abnégation partout manifestée, mais il parlait aussi de l’inexpérience, des fautes commises, il dépeignait le processus compliqué de la création d’une Armée populaire efficace et éprouvée. Cette vérité ne pouvait effrayer le lecteur soviétique, car il sait quelle foi il faut avoir dans les forces du peuple.

Le peuple espagnol possède des millions d’amis, d’amis sincères et dévoués, dans tous les pays du monde. Mais nulle part, dans aucun pays, le peuple espagnol ne bénéficie d’un appui moral, politique et matériel aussi unanime qu’en Union soviétique − unanimité qui englobe aussi bien le peuple et l’opinion publique du pays que le gouvernement de l’Etat le plus puissant du monde.

Partout, dans tous les pays, il y a un abîme entre les sentiments, la volonté des masses travailleuses, et la politique de l’Etat envers l’Espagne républicaine. Partout la diplomatie, par ses hypocrisies, ses mensonges et son cynisme, est en contradiction absolue avec l’ardente et noble volonté des masses populaires qui veulent aider l’Espagne, qui veulent qu’on lui restitue le droit d’acheter librement des armes, qui veulent qu’on mette fin à la honteuse comédie de la « non-intervention », qui met en danger la paix et représente une politique d’encouragement aux agresseurs et aux fauteurs de guerre.

Seule, la diplomatie soviétique, une diplomatie telle que le monde n’en avait jamais connue, a refusé de faire sienne la célèbre formule de Talleyrand : « la parole a été donnée au diplomate pour cacher sa pensée ». Seule la diplomatie soviétique exprime face au monde entier, sans détours et sans compromissions, la pensée et la volonté du peuple, ses buts et ses aspirations. Seule la diplomatie soviétique est au service de sen peuple.

C’est avec la plus grande clarté, et sans arguties diplomatiques quelconques que le commissaire du peuple aux Affaires étrangères, Litvinov, expliqua, en septembre 1936, lors de la session de la S.d.N., pourquoi le gouvernement soviétique s’était associé à la déclaration sur la non-intervention en Espagne :

« Le gouvernement soviétique a adhéré à la déclaration de non-intervention dans les affaires espagnoles uniquement parce qu’un pays ami appréhendait autrement le danger d’un conflit international. Nous avons agi ainsi quoique nous considérions le principe de neutralité comme non applicable à une insurrection contre un gouvernement légitime et, au contraire, comme une infraction aux règles du droit des gens. Le gouvernement soviétique comprend que cette décision injuste a été imposée par ces pays qui, tout en se considérant comme le rempart de l’ordre, ont établi un principe nouveau, lourd de conséquences incalculables, selon lequel il serait loisible d’aider ouvertement les rebelles contre leur gouvernement légitime. »

Les événements suivent leur cours. C’est avec toujours plus d’impudence que les interventionnistes allemands et italiens envoient à Franco des avions, des troupes et des armes. Madrid est dans un cercle de feu. Villes et villages d’Espagne se couvrent de ruines. Des milliers de femmes et d’enfants restent sans foyer, et ont faim. Mais à travers l’infernal vacarme des bombes, par-delà la mort et de la destruction, la voix de Dolores Ibarruri, la voix du peuple espagnol, parvient au peuple soviétique : No pasaran !

Et, de toute sa puissance, fort de toute son autorité, soutien unanime du peuple, de son aide matérielle, fort aussi du discrédit, où est tombée la politique de favorisation de l’agresseur, le pays des Soviets vient à l’aide de l’Espagne.

Un soir de septembre 1936, les tisseuses de l’usine « Trekhornaïa », lisant les nouvelles d’Espagne, se souvinrent comment, en décembre 1905, l’artillerie tsariste avait massacré les ouvriers et les ouvrières de cette fabrique, sur les barricades.

Elles pensèrent à leurs enfants, si heureux, si joyeux, et leur cœur se serra à la, pensée des orphelins espagnols. Et le jour suivant déjà, un petit tract se répandait dans tout le pays, appelant en termes ardents les travailleuses à secourir les femmes et les enfants d’Espagne.

Aussitôt, les millions affluèrent au compte Nr. 15.000 I, le compte des syndicats. Ouvrières, kolkhoziennes, actrices, techniciennes, intellectuelles ; Géorgiennes, Ukrainiennes, femmes du petit peuple Komii ; des côtes du Pacifique aux frontières occidentales de l’Union, du Sud ensoleillé aux contrées les plus reculées de l’Arctique, − toutes et de partout, les travailleuses apportèrent leur contribution.

« Mes chères sœurs, je n’ai jamais été en Espagne. Mais de toute mon âme et de tout mon cœur, je suis sans cesse à vos côtés et au côté de votre peuple héroïque, sur les barricades. En moi comme en vous bout la même haine pour les scélérats fascistes. Vous savez, cela a été dur pour nous aussi, durant les premières années de lutte… Comme premier envoi, je vous transmets mon unité de travail : 8 kgs de céréales, 9 kgs de pommes de terre, 3 kgs de légumes et 5 roubles en espèces. »

Voilà ce qu’écrivait la kolkhozienne Hanna Roubanka.

« Enfants d’Espagne, je vous envoie 10 roubles. On m’avait donné cet argent pour que je m’achète un cadeau. Mais j’ai décidé d’attendre jusqu’à ce que vos parents aient complètement battu les fascistes. »

L’auteur de cette lettre est âgé de 8 ans.

A l’administration d’un journal de Moscou, c’était l’heure de la fermeture et le caissier baissait la vitre de son guichet lorsqu’il entendit une voix d’enfant qui chuchotait :

− Dis-le, toi, mets-toi sur la pointe des pieds et dis-le …

Et le caissier entendit alors une claire voix enfantine :

− Nous avons 12 roubles et 24 kopeks, moi et Alik. Alik, c’est mon frère. Voilà l’argent, enveloppé dans du papier. Prenez-le, c’est pour les enfants espagnols. Nous l’avions dans notre tirelire. Nous économisions pour nous acheter une bicyclette, mais ce n’est pas si pressé. Nous avons fait sortir les pièces avec un couteau. Ça a été très long. C’est pour ça que nous sommes venus si tard.

Le 15 octobre, le premier bateau de vivres partait pour l’Espagne. La pensée du pays entier accompagna le navire sur sa route, l’Espagne entière salua son arrivée avec des transports de joie.

Ce premier bateau fut suivi de bien d’autres. Avec une ardeur inouïe, − les usines soviétiques se mirent à fabriquer les vêtements, le linge, les souliers destinés aux enfants d’Espagne. Les ouvriers faisaient plus que fabriquer des marchandises, ils travaillaient comme s’il se fût agi de cadeaux personnels, préparés pour leurs propres enfants.

Les fascistes poursuivirent de leur fureur cette solidarité populaire, ils tentèrent par tous les moyens de contrecarrer cette aide au peuple espagnol. Le bateau soviétique Komsomol fut coulé son équipage emprisonné, d’autres bateaux furent arraisonnés et coulés par les pirates fascistes. C’était là l’expression de l’impuissance où se trouvait l’ennemi de s’opposer à cette solidarité active, toujours plus puissante, des travailleurs soviétiques.

A la fin de 1936 déjà, 47.595.000 roubles avaient été versés au compte Nr. 15.000 I.

Mais cet appel court dans les masses :

« Nous aidons le peuple espagnol en paroles et en actes. Jamais la parole ne doit être séparée des actes. Il faut en finir avec la honteuse politique de « non-intervention » ! »

Dans les usines et les fabriques, dans les kolkhoz et les universités, dans les assemblées de femmes, dans les journaux soviétiques, avec leurs milliards d’exemplaires, partout, le même cri :

« Il faut en finir avec la politique de « non-intervention » ! Des armes pour l’Espagne ! Rétablissement des droits légitimes du gouvernement légal de l’Espagne ! »

Le peuple soviétique et son gouvernement parlaient un langage identique. Seule parmi tous les Etats, l’Union soviétique, de la tribune du Comité de non-intervention de Londres, dénonça à la face du monde entier le pharisianisme, l’hypocrisie de cette politique et le sens pris par la survivance de ce trop célèbre Comité. Le 23 octobre 1936, le représentant de l’Union soviétique au Comité de Londres déclara :

« L’Union soviétique n’étant pas disposée à rester dans la situation d’hommes qui, sans le vouloir, soutiennent une œuvre d’injustice, elle ne voit qu’une issue à la situation telle qu’elle se présente aujourd’hui : restituer au gouvernement espagnol le droit et la possibilité d’acheter des armes en dehors de l’Espagne, droit et possibilité dont jouissent actuellement tous les gouvernements du monde, et laisser aux participants de l’accord le soin de décider s’ils veulent ou non vendre des armes à l’Espagne.

En tout cas, le gouvernement soviétique, qui n’est pas disposé à porter plus longtemps la responsabilité de la situation créée, qui est de toute évidence injuste à l’égard du gouvernement légitime de l’Espagne et du peuple espagnol, se voit contraint de déclarer aujourd’hui… qu’il ne se considère pas lié à l’accord de non-intervention dans une plus grande mesure qu’aucun autre des pays participant à cet accord. »

L’Union soviétique tendit à l’Espagne républicaine sa main secourable et fraternelle et offrit ainsi une fois de plus au monde entier le magnifique exemple de sa politique de paix conséquente et imprescriptible.

Par la bouche de Litvinov, l’Union soviétique dénonça devant le monde entier la véritable signification du Comité de Londres :

« Le Comité de Londres a compris le mot « non-intervention » en ce sens que lui-même n’avait pas à intervenir au sujet des interventions dans les événements espagnols ! Le Comité de Londres a compris sa tâche en ce sens qu’il devait se contenter de veiller à ce que les Etats qui avaient, au terme de l’accord de non-intervention, pris des engagements précis, avouassent pas eux-mêmes qu’ils y eussent porté atteinte, et à ce que leurs déclarations, aussi longtemps qu’il leur plairait de nier toute infraction, fussent reconnues comme satisfaisantes – à cella se bornant les fonctions du Comité… » (Discours de Litvinov au VIIe Congrès des Soviets.)

Comment l’Union soviétique a-t-elle été amenée à cette politique hardie et résolue ? « La parole a été donnée au diplomate pour cacher sa pensée ». Que dissimulent donc les paroles du diplomate de l’Union soviétique ?

Nos ennemis prétendent que nous aspirerions à créer dans la péninsule ibérique un Etat soviétique communiste, que nous aurions même l’intention d’inclure dans l’Union soviétique… De pareils contes pour petits enfants et grands nigauds sont évidemment répandus dans le but d’obscurcir le sens de notre intérêt véritable pour les événements d’Espagne.

Ce qu’est ce véritable intérêt pour les événements d’Espagne, le représentant de l’Union soviétique l’exprimait en octobre 1936 déjà, au Comité de Londres. Il déclara que les peuples de l’Union soviétique n’ont aucun motif de chercher à s’excuser pour l’ardente sympathie qu’ils portent aux forces du Front populaire de l’Espagne républicaine.

Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit :

Les peuples de l’Union soviétique sont d’avis que se livre présentement un duel d’une extrême importance entre les forces de guerre et les forces de Paix. Le gouvernement espagnol incarne les forces de la Paix, les généraux rebelles les forces de la guerre.

Si le gouvernement espagnol réussissait à réprimer la rébellion, le fait ne signifierait pas seulement qu’un pays de plus reste dans le camp des partisans de la paix, mais il exercerait également une forte influence sur la situation générale, renforcerait partout la conviction de la force de la démocratie et de la possibilité d’un règlement pacifique des problèmes internationaux. Dans œ cas, le danger de guerre, qui s’élève aujourd’hui à l‘horizon tel un lourd nuage, serait considérablement diminué et le ciel politique de l’Europe en serait considérablement éclairci.

Si, au contraire, la victoire revenait aux généraux rebelles, qui, contrairement à l’accord de non-intervention, sont soutenus par certains Etats, non seulement l’Espagne souffrirait gravement des suites de cette catastrophe intérieure, mais aussi toute la situation européenne s’assombrirait extrêmement. Car la victoire des généraux rebelles en Espagne signifierait un tel stimulant au déchaînement de toutes les forces d’agression, de haine et de destruction en Europe, que la nouvelle guerre serait portée au seuil même de nos maisons.

C’est là, et uniquement là, que réside la raison essentielle qui fait que le gouvernement soviétique et les peuples de l’Union soviétique ressentent si vivement les événements d’Espagne. C’est la politique de paix résolument poursuivie par les peuples de l’Union soviétique qui inspire présentement l’attitude de l’Union soviétique envers les événements d’Espagne.

Il y a plus d’un an et demi que ces paroles ont été prononcées. Qui oserait dire qu’elles n’ont pas été confirmées en tout point ? La guerre de rapine du Japon en Chine dure depuis neuf mois déjà.

Le fascisme hitlérien a occupé l’Autriche. La Tchécoslovaquie est menacée d’une agression fasciste. L’Union soviétique ne s’est pas bornée à se mettre seule, ouvertement, au côté de l’Espagne républicaine. Elle a mis solennellement en garde les peuples contre la néfaste politique des concessions aux agresseurs fascistes, elle a montré au monde entier La signification réellement internationale de la guerre d’Espagne.

… Le premier ministre espagnol Negrin a dit ici la vérité, il y quelques jours − déclara Litvinov à la S.d.N. −, la vérité, c’est-à-dire que l’Union soviétique, durant toute la durée du conflit espagnol, n’a rien demandé à l’Espagne, ni n’a poursuivi ou ne poursuit aucun intérêt particulier en Espagne. L’Union soviétique n’a en Espagne ni intérêts minéralogiques, ni économiques, ni stratégiques, ni même de considérations dites d’« équilibre ».

Ce qui l’intéresse exclusivement, c’est affirmer le droit de chaque peuple de déterminer de sa propre autorité son régime intérieur, sans immixtion d’Etats étrangers, et encore moins de troupes étrangères, c’est ne pas tolérer qu’il se forme en Espagne un nouveau point d’appui pour l’agression contre toute l’Europe.

L’Union soviétique ne voulait rien de l’Espagne et elle ne lui a rien demandé. Les ouvriers des milliers d’usines de l’Union soviétique, qui saluèrent avec enthousiasme les déclarations de Litvinov et proposèrent à la Fédération syndicale internationale, par l’intermédiaire de leurs représentants, Chvernik et Nikolaïéva, la constitution du front unique international de lutte contre le fascisme et la guerre, pour l’Espagne républicaine, ces ouvriers étaient animés d’une seule pensée : sauver la paix, servir la cause de la démocratie et de la liberté.

Les kolkhoziens de l’Union soviétique, qui donnaient si généreusement leur, blé, leurs produits, leur argent, n’avaient qu’un seul désir : aider les ouvriers et les paysans espagnols dans leur lutte pour le pain, pour la paix, contre les oppresseurs étrangers. Le gouvernement soviétique, en élevant sa grande voix pour l’Espagne républicaine, en lui apportant un puissant soutien politique et matériel, était pénétré de cette seule pensée : accomplir la volonté de son peuple, défendre la paix et sauver le monde d’une nouvelle et terrible guerre.

Tout ceci, quelques brèves paroles l’ont exprimé. Et ces mots se répandirent dans le monde entier, allèrent au cœur de tous les démocrates honnêtes, de tous les exploités et de tous les opprimés, de chaque mère et de chaque combattant.

Ces quelques mots si clairs et si compréhensibles pour les travailleurs du monde entier :

« Les travailleurs de l’Union soviétique ne font qu’accomplir leur devoir en accordant l‘assistance dont ils sont capables aux masses révolutionnaires d’Espagne. Ils se rendent compte que la libération de l’Espagne de l’oppression des réactionnaires fascistes n’est pas une affaire privée des Espagnols, mais la cause commune de toute L’humanité avancée et progressive, Salut fraternel. » − STALINE.

Le 7 novembre 1936, le général Franco voulut étonner le monde en donnant l’ordre à ses troupes de prendre Madrid, le jour même.

Ce même 7 novembre 1936, devant le Mausolée de Lénine, à Moscou, défilent les rangs serrés de l’infanterie, les impétueux escadrons de cavalerie, les tanks puissants. Le ciel s’obscurcit du vol des escadrilles d’aviation, dont le bruit couvre celui des innombrables fanfares. Puis les ouvriers en armes pénètrent sur la place, qui étincelle de toute part de l’éclat des drapeaux rouges des interminables cortèges de manifestants.

Et parmi ces millions d’hommes, il n’y en a pas un seul qui, en cette Fête d’Octobre à Moscou, ne crie pas son salut aux combattants et aux femmes d’Espagne qui, le poing tendu, se tiennent sur l‘aile gauche du Mausolée, Moscou et Madrid, U.R.S.S. et Espagne − un seul cœur.

Et lorsque Staline étreint et embrasse les uns après les autres les membres de la délégation espagnole, c’est comme l’étreinte fraternelle du peuple soviétique, qui tend sa main secourable, la main de la solidarité prolétarienne, au peuple espagnol en lutte dans des conditions d’une indicible dureté.

Combien d’ordres le « glorieux » général Franco, ce pantin aux mains de Hitler et de Mussolini, a-t-il signés depuis pour commander la prise de Madrid ! Les forces de l’intervention augmentent en Espagne. Mais la volonté de résistance, la cohésion et la force combative du Front populaire croissent elles aussi.

Les relations entre le peuple soviétique et le peuple espagnol deviennent toujours plus étroites et plus solides. Des milliers d’enfants espagnols ont trouvé en Union soviétique un foyer, les soins les plus dévoués, la tendresse. Des milliers d’enfants espagnols sont élevés en Union soviétique en attendant qu’ils puissent rentrer dans leur patrie libérée des oppresseurs et des interventionnistes fascistes.

L’aide du pays des Soviets à l’Espagne républicaine est inchangée. Le peuple espagnol tout entier sait l’ampleur et la signification de cette aide que lui apportent le peuple frère et l’Etat soviétique. Mieux, le monde entier la connaît. L’Union soviétique reste le foyer de la paix, l’amie de l’humanité, l’espoir de tous les travailleurs.

Jamais le peuple espagnol, jamais l’humanité n’oublieront ce que l’Union soviétique a fait pour la cause de la paix. Jamais ils n’oublieront l’éclatante vérité des paroles par lesquelles Litvinov dénonçait ceux qui voudraient dissimuler les crimes sanglants qu’ils commettent contre le peuple espagnol et l’humanité au moyen de mensonges sur la « croisade contre le communisme » :

« Il est temps que ceux qui ont vraiment à cœur les intérêts de la paix déclarent à ces perroquets haut placés qu’une absurdité, répétée jour après jour, n’en cesse pas pour cela d’être une absurdité. Qu’une bêche est une bêche et une agression une agression, quel que soit le cri de guerre dont on puisse la décorer ; que, quelque signification qu’on puisse donner à l’anticommunisme − minéralogique, commerciale, stratégique ou autre −, n’y a aucune justification internationale à l’agression, à l’intervention armée, à l’invasion d’autres Etats et à la rupture des traités internationaux, quel que soit le masque qu’on donne à ces actes.

Il est temps de dire à ces furieux prédicateurs de haine qu’ils n’ont aucun droit de parler au nom des intérêts de l’humanité, qu’ils n’ont aucun droit, eux qui ont réveillé les plus sauvages et les plus périmées des théories du paganisme et du moyen âge, de parler au nom de l’Europe contemporaine, et qu’eux qui ont brûlé les plus nobles œuvres de l’esprit humain, qui persécutent les plus brillants représentants de la science, des arts et de la littérature, eux que le monde civilisé tout entier méprise, ils se rendent ridicules lorsqu’ils prétendent sauver la civilisation et appeler en son nom à une croisade contre d’autres peuples. »


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