[Document publié pour la première fois dans la revue Crise n°42]

Le document suivant consiste en une dénonciation par Jan Yasin Sunca du « comportement de groupes de gauche et d’individus presque heureux d’avoir « prédit » l’effondrement de Rojava en plein massacre des Kurdes en Syrie. »

Jan Yasin Sunca est un universitaire en Belgique, à Bruxelles, chargé de recherches au Fonds de la recherche scientifique-FNRS au REPI Recherche et Études en Politique Internationale (Science-Po ULB).

C’est un document d’une très grande valeur de par sa prétention et sa servilité à l’impérialisme.

L’agressivité de cette tribune cherche à masquer les erreurs commises et exprime un refus catégorique de la moindre autocritique.

Elle se masque aussi derrière un certain triomphalisme : « on le savait bien, on gère très bien ».

Il est typique de l’idéologie libertaire et post-moderne, au sens où il cherche à tout prix à nier qu’existe une analyse et une position communistes, et qu’il n’y aurait que le pragmatisme autogestionnaire altermondialiste qui compterait.

Elle est suivie d’une critique révolutionnaire.

« J’ai vu des messages de groupes de gauche et d’individus (notamment des universitaires, des militants et des organisateurs, certains d’entre eux sont kurdes mais surtout européens et particulièrement belges) qui semblaient presque heureux d’avoir « prédit » l’effondrement de Rojava, ou que les récents développements leur avaient prouvé « raison. » Ils sont presque en train de célébrer la situation.

Mais leur « prédiction » est creux.

En kurde, ce qu’ils appellent prédiction se traduit par une résistance en action. Les Kurdes n’ont rien reçu.

Ils se sont battus pour cela, contre les nationalismes arabes, turcs et perses, et contre les projets génocidaires comme le djihadisme.

Leur revendication la plus commune et la plus banale est que les États-Unis finiraient par abandonner les Kurdes, comme si les forces politiques kurdes ne le savaient jamais.

Merci d’avoir révélé la « vérité » chers camarades, sans vous nous étions complètement aveugles.

Pourtant dire que « les États-Unis vont vous trahir » n’ajoute rien. Elle ne révèle aucune vérité cachée et ne change rien dans la réalité politique. C’est comme annoncer que le ciel est gris quand il pleut.

Les révolutionnaires kurdes n’ont pas choisi les États-Unis par conviction. Les États-Unis étaient là et restent là. La Realpolitik force les mouvements à des choix qui ne correspondent pas à leurs idéaux.

Ce n’est pas une excuse, c’est un refus de votre prétendue révélation.

Les conditions avaient imposé deux options : la guerre et l’épuisement sans fin, ou un compromis politiquement problématique mais stratégiquement calculé (une que nous avons constamment critiquée) visant à garantir la reconnaissance juridique et politique internationale.

Les Kurdes ont choisi ce dernier. Et cette lutte n’est pas terminée.

Mais cette joie d’avoir « prouvé raison » vous place finalement du même côté que les forces qui ont produit ce résultat : HTS, Turquie, Arabie Saoudite, États-Unis et, dans la pratique, Israël.

La situation actuelle a été imposée par une coalition opaque tenue ensemble par des accords tacite : permettant l’annexion (presque) par Israël du sud de la Syrie tout en extrait des concessions de HTS, ainsi que le silence profond de la Turquie et de Sharaa et l’inaction complète face au génocide en Palestine.

Va célébrer que tu avais « raison » mon cher camarade alors que le seul espoir réaliste et matérialisé pour la gauche au cours des deux dernières décennies est confronté à des menaces terminales.

Mais s’il te plaît (…) PARS, pendant que les gens résistent pour leur droit d’exister et pour rendre possible un monde [meilleur]. »

Réponse à Jan Yasin Sunca : non pas le pragmatisme et le machiavélisme, mais la science de la révolution et la guerre populaire !

Jan Yasin Sunca est mécontent. Il y a de quoi. Mais il ne suffit pas d’être mécontent pour être en mesure de balayer d’un revers de la main Karl Marx et tout son apport à la compréhension du monde.

Il ne suffit pas non plus de se prétendre le défenseur d’une Cause pour en être réellement, dans les faits, le possesseur unique. Toute l’attitude de Jan Yasin Sunca, en réalité, reflète l’esprit nationaliste déboussolé, car il s’aperçoit que, finalement, les lecteurs de Karl Marx ont raison.

Elle témoigne aussi de la peur de la révolution. Pour Jan Yasin Sunca, elle n’existe pas et équivaut à « une guerre sans fin ». C’est assez bien vu, somme toute, car qu’est-ce que la révolution ? C’est la guerre populaire et elle va jusqu’au Communisme.

C’est bien, en un sens, une guerre sans fin. Sauf que dialectiquement, elle a une fin. Alors que la paix provoquée par la défaite, sur laquelle s’aligne Jan Yasin Sunca, c’est une guerre anti-populaire sans fin, qui ne se termine jamais.

C’est que, comme le constatait Karl Marx, les « faits sont têtus ». Ils sont là, ils s’imposent d’eux-mêmes. Et c’est justement la dictature des faits qui soulève inutilement la colère de l’auteur de ce document.

Mais peut-on constater une chose et prétendre le contraire ? Peut-on voir la défaite du Rojava et nier les raisons de celle-ci ?

Jan Yasin Sunca n’a, en fait, guère dû avoir raison dans sa vie, car si ça avait été le cas, il saurait qu’avoir raison implique bien souvent d’être à contre-courant, d’être reconnu seulement à moyen ou à long terme.

Avoir raison, c’est toujours une lutte. Aussi, nous ne nous réjouissons pas d’avoir raison, nous affirmons implacablement la leçon de l’Histoire en elle-même, et nous l’affirmons depuis la base de notre idéologie.

C’est aussi simple que cela. Parce que la science matérialiste dialectique est universelle et qu’elle est capable d’analyser les situations de manière réelle, que ce soit en Belgique, en France ou en Syrie.

De plus, tout ce contre quoi proteste Jan Yasin Sunca n’a rien de nouveau. Car tout a déjà été posé de manière la plus claire, par Ibrahim Kaypakayya (1949-1973), le fondateur du TKP/ML, le Parti Communiste de Turquie / Marxiste-Léniniste.

Pour simplifier, on peut dire qu’Ibrahim Kaypakkaya a posé une ligne rouge, orientant la question kurde vers l’universel et la démocratie populaire, là où le PYD, le principal parti kurde en Syrie, a fini par développer une ligne noire, fondée sur une approche particulariste et romantique, notamment inspirée par l’idéologie d’Abdallah Öcalan, et son « confédéralisme démocratique ».

Il faut ici clarifier en quoi la ligne du PYD a été une impasse historique, inéluctable, en analysant sur le fond son idéologie et ce qu’elle reflète sur le plan général.

Cette clarification a en fait un haut intérêt idéologique au plan général, qui, nous permet d’éclairer notre ligne Rouge, ce que nous proposons, notre vision du monde, notre perspective et nos valeurs, à travers l’analyse critique de cette question spécifique.

Dans notre vision du monde matérialiste dialectique, l’expérience du Rojava apparaît comme une tentative de construire un pouvoir populaire sans détruire le système impérialiste qui le contenait.

En confondant autonomie locale et pouvoir révolutionnaire, en subordonnant sa force armée à une coalition impérialiste, le projet du Rojava a objectivement transformé une dynamique de libération en expérience administrable dans le mode de production capitaliste, sous tutelle impérialiste qui plus est, et ce de manière provisoire de toute façon.

Comme le PKK, le PYD a visé la quantité et non la qualité, c’est-à-dire qu’il a cherché à rassembler large au lieu d’organiser le noyau révolutionnaire et de transformer les masses par leur implication dans le processus révolutionnaire, notamment par la transformation de la base productive, socle de la transformation culturelle devant produire un peuple nouveau.

La différence néanmoins avec le PKK, c’est que le PYD a bénéficié d’une rupture révolutionnaire avec l’État syrien de par la guerre civile qui s’est élancée.

Au moment de l’élan de ce soulèvement, on pouvait à la limite entendre la nécessité de faire front largement. Mais ce n’était plus possible dès lors que le PYD a échoué à conquérir l’État syrien, si tant est que cela fut jamais son but.

Ce qui était alors nécessaire, c’était de se replier de toute urgence sur ces bases, de faire tomber un rideau de fer autour de soi et d’entamer à tout prix un immense travail qualitatif.

Au lieu de cela, il a été vendu du pétrole au régime syrien de Bashar al-Assad, alors que les dollars américains accompagnaient les conseillers militaires occidentaux auprès des forces armées kurdes du Rojava.

L’erreur a été cette négligence idéologique faite dès le départ, que le Rojava paie maintenant au prix fort. La responsabilité des cadres dirigeants du Rojava est donc totale, elle ne peut être contournée par une rhétorique pleurnicheuse du genre de cet article. Nous en faisons le procès implacablement au nom de la Révolution.

Car définir le peuple, c’est écrire l’Histoire.

Et la question semi-féodale pose en fait la question de la définition de la nation kurde.

Nous allons commencer par exposer la ligne (noire) du PYD, puis notre ligne (rouge).

Voici comment le PYD présente le problème, dans un document transmis au Parlement britannique en 2017, pour en appeler au soutien du Royaume-Uni (nous parlerons plus loin de la question du rapport à l’impérialisme, laissons cet aspect pour le moment) :

« Les États-nations, qui ont été créés au Moyen-Orient au début du XX siècle, XXe correspondent pas à la réalité de la région, en raison de sa grande diversité ethnique et idéologique.

Cela apparaît clairement dans le cas de la Syrie, qui a été victime du projet étatique national depuis le Mandat français jusqu’à aujourd’hui.

Nous estimons que toute solution à la question syrienne doit être fondée sur les principes de la démocratie, de la laïcité et du fédéralisme. Notre proposition consiste à établir en Syrie un État fédéral démocratique, à savoir une fédération territoriale (géographique) et non ethnique ou confessionnelle.

Nous considérons que l’auto-administration démocratique de chaque région constitue la véritable expression de la démocratie. C’est sur cette base que nous avons organisé des élections de communes en septembre 2017.

Nous organiserons également des élections des conseils locaux en décembre 2017, puis les élections de la « Conférence démocratique des peuples de la Fédération de la Syrie du Nord » au début de l’année 2018.

Bien que ces élections se tiennent dans des zones que nous avons libérées et qui sont relativement stables, nous sommes convaincus que ce que nous entreprenons est bénéfique pour l’ensemble de la Syrie.

Nous nous efforcerons de mettre en œuvre notre projet dans d’autres régions une fois la stabilité rétablie et lorsque les autres acteurs seront convaincus de l’efficacité de cette solution. »

Il n’est pas donné dans ce document une définition de la nation kurde. Ceci pour deux raisons : la première est qu’une présentation sérieuse du processus historique de formation de la nation kurde invaliderait en soi le postulat même de cette solution, la seconde est que pour le PYD, la nation kurde existerait de toute manière par évidence.

On note ici que la grande affaire du PYD est de considérer que l’État-nation serait une erreur, du moins dans les territoires hérités des anciens Empires ottomans et persans.

Et que la solution politique serait le « confédéralisme démocratique », au sein de laquelle il n’est vu que des « communautés », diverses par leur « ethnie » ou leur « idéologie », les Kurdes étant l’une d’elles, même si la principale.

Le PYD reproduit ici la même erreur théorique qui a coûté cher au PKK, qu’il n’a jamais pu ni surmonter ni même clarifier : celle de considérer la nation comme une substance et non comme une qualité.

Concevoir la nation comme une substance ainsi que le fait le PYD amène à se préserver d’avoir à la définir précisément.

Non pas alors que l’histoire de la nation ne compte pas, mais celle-ci existant dans ses membres de manière évidente, nul besoin de préciser justement.

On est alors Kurde comme au plus profond de soi, sa personne étant toute entière confondue avec le fait d’être kurde.

On peut alors parler d’identité, de la personne et de la nation, on peut parler d’âme kurde, au sens d’une substance transcendant et définissant l’individu comme singulier (une personne kurde) d’un être englobant (les Kurdes) et on tombera implacablement dans le mysticisme irrationnel, dans le fétichisme.

Pour la gauche révolutionnaire, celle armée fermement du matérialisme dialectique, la nation est une qualité, et on martèlera ici l’excellente définition de Staline en 1949 :

« Les hommes soviétiques considèrent que chaque nation, qu’elle soit grande ou petite, possède ses particularités qualitatives, son caractère spécifique qui n’appartient qu’à elle et que ne possèdent pas les autres nations.

Ces particularités sont l’apport que chaque nation fait au trésor commun de la culture mondiale et qui la complète et l’enrichit. »

Le matérialisme dialectique dit que la nation est une réalité qualitative et accorde une attention particulière à l’histoire et au folklore national.

On parlera alors d’esprit national sans fétichisme de la tradition, car alors on est kurde comme un état, fruit d’un processus de transformation et soumis à de nouveaux processus et donc au bout du compte appelé à se fondre dans un nouvel état.

Cette clarification n’est pas une anecdote, elle est en fait absolument nécessaire pour comprendre ce qu’est la nation au sens scientifique et écraser totalement toute définition, ou toute tendance à définir la nation de manière fétichiste, mystique ou identitaire.

Une fois donnée une définition scientifique de la nation kurde, comment saisir dans les grandes lignes le processus historique par lequel elle est passée jusqu’à notre époque ?

Car c’est bien une approche nécessaire que de comprendre le processus historique, qui nous explique le passé et nous permet d’entrevoir l’avenir.

Tout d’abord, et nous en avions déjà fait l’analyse, le processus de formation de la nation kurde est plus proche de la situation des minorités nationales dans les autres grands Empires issus de féodalismes comparables comme l’Empire russe ou l’Empire chinois par exemple, davantage que de celle des peuples directement colonisés par l’impérialisme bourgeois, comme en Afrique ou en Asie du Sud.

Le processus de formation nationale kurde s’est développé dans le cadre d’un empire féodal, en fait deux pour être précis : l’Empire ottoman et l’Empire persan.

Chacun d’eux étant bouleversé au cours du XIXe et XXe siècle en interne par la modernisation semi-capitaliste sur un mode bureaucratique et en externe par les coups de boutoirs incessants de l’impérialisme des États bourgeois européens et de l’expansionnisme des Empires concurrents, austro-hongrois et surtout russe.

Les Empires féodaux en voie de modernisation dans lesquels vivaient les Kurdes se sont effondrés sur eux-mêmes, incapables en interne de briser par une modernité bourgeoise nationale complète le féodalisme impérial et démantelés par l’extérieur par les assauts de l’impérialisme.

C’est-à-dire que mettre l’accent sur le mandat français de la SDN sur le Levant (Syrie et Liban actuel) entre 1923 et 1946, comme le fait le document du PYD, c’est déjà rater l’essentiel, mais c’est aussi mettre en avant un aspect « décolonial » forcé, propre à la gauche post-moderne, anti-matérialiste, des pays occidentaux.

C’est à la fois une erreur d’analyse théorique, et un appel du pied tactique, conforme au pragmatisme ultra du PYD.

Dans le cas kurde, comme l’a justement noté le grand révolutionnaire Ibrahim Kaypakkaya (1949-1973), l’impérialisme externe a même pu jouer un rôle relativement favorable par opportunisme, exactement comme pour le nationalisme grec, arménien ou bien arabe du Levant par exemple.

Voici comment il pose le problème, qui fonde la ligne rouge que nous défendons ici pour définir la nation kurde et lui donner une perspective historique :

« Les nations émergent à l’aube du capitalisme, pas quand elles atteignent la limite ultime de leur développement.

Quand le capitalisme entre dans un pays, quand il se déplace dans une région, dans une certaine mesure, et quand il unit les marchés dans ce pays, dans cette région, dans une certaine mesure, les communautés qui possèdent les autres caractéristiques d’être une nation sont alors considérées comme étant devenues une nation.

Si ce n’était pas le cas, il faudrait considérer que toutes les communautés stables dans tous les pays et les régions reculés où le développement capitaliste est limité ne sont pas des nations (…).

Dans cette optique, il faudrait accepter qu’il n’y ait eu absolument aucune nation en Turquie au cours de ces années. Aujourd’hui le féodalisme existe dans des parties du monde reculées et opprimées, en Asie, Afrique, et en Amérique latine à des degrés divers.

Selon cette logique, il faudrait accepter que les nations n’existent pas dans ces régions et pays économiquement arriérés. Il est très clair que la théorie qui prétend que les Kurdes ne constituent pas une nation est un non-sens du début à la fin, contrairement aux faits, et, dans la pratique, nuisible.

Elle est nuisible car une telle théorie est bénéfique seulement pour les classes dirigeantes des nations qui oppressent, exploitent et dominent. Ils pourront ainsi trouver une justification à l’oppression nationale et à la cruauté qu’ils infligent aux nations opprimées, dépendantes et soumises, aux privilèges qu’ils s’octroient et aux inégalités qui en découlent (…).

Le Traité de Lausanne (traité de paix établissant les frontières de la nouvelle République de Turquie en 1923) a divisé les Kurdes entre les différents États.

Les impérialistes et le nouveau gouvernement turc ont fixé les frontières en marchandant, en violant le droit de la nation kurde à l’autodétermination et en ignorant ses aspirations et ses désirs.

De cette façon, la région du Kurdistan a été divisée entre l’Iran, l’Irak et la Turquie.

À ce stade, passons à un autre point : il est sans aucun doute injuste que le droit du Kurdistan à l’autodétermination ait été piétiné et déchiré en morceaux par le Traité de Lausanne.

Et comme l’a dit le camarade Lénine à une autre occasion, c’est le devoir des partis communistes de protester contre cette injustice et de faire prendre constamment honte à toutes les classes dirigeantes sur ce sujet. »

En conséquence, Ibrahim Kaykappaka fixe deux principes à l’action des révolutionnaires dans la lutte concernant cette question, qui sont toujours ici la doctrine que nous arborons et revendiquons : le principe de la double lutte contre l’oppression nationale et contre l’oppression de classe et le principe de l’autodétermination au nom des intérêts de la révolution.

La question nationale, posée comme principale par les courants guévaristes, rebouillis aujourd’hui dans les courants décoloniaux et altermondialistes, est secondaire pour Ibrahim Kaypakkaya, dans la mesure où c’est le maintien d’une forme de féodalisme qui permet la domination impérialiste, et non l’inverse.

Raison pour laquelle nous parlons de situation semi-féodale semi-coloniale, dans cet ordre précis.

Ibrahim Kaypakkaya présente cela de la manière suivante :

« L’oppression nationale utilisée par la bourgeoisie et les propriétaires de la nation dominante pour le “marché “et par la bureaucratie au pouvoir pour des ‘objectifs de caste’ peut aller jusqu’à l’usurpation des droits démocratiques et les tueries en masse (c’est-à-dire le génocide). Il y a de nombreux exemples de génocide en Turquie.

L’oppression des travailleurs des peuples minoritaires de cette manière acquiert une double qualité. Premièrement il y a l’oppression de classe utilisée contre les travailleurs afin d’exploiter et d’éradiquer la lutte de classe ; deuxièmement, il y a l’oppression nationale mise en œuvre pour les objectifs mentionnés plus haut contre toutes les classes des nations et des nationalités minoritaires.

Les communistes ont fait la distinction entre ces deux formes d’oppression, parce que, par exemple, tandis que les bourgeois kurdes et les petits propriétaires s’opposent à la seconde forme d’oppression, ils supportent la première. En ce qui nous concerne, nous sommes opposés aux deux formes d’oppression.

Afin d’éradiquer l’oppression nationale, nous supportons la lutte de la bourgeoisie kurde et des petits propriétaires, mais, d’un autre côté, nous devons nous battre contre eux pour mettre un terme à l’oppression de classe.

(…) Le mouvement communiste en Turquie est seulement tenu de résoudre de la meilleure façon, la plus correcte, la question nationale dans les frontières de la Turquie.

Si les partis communistes en Irak et en Iran trouvent la meilleure solution pour la question nationale du point de vue de leurs propres pays, alors l’injustice historique en question n’aura plus aucune valeur ou plus aucune importance.

Pour nous, inclure l’unification de l’ensemble du Kurdistan serait malsain pour cette raison : ce n’est pas quelque chose que nous devons décider. C’est quelque chose que la nation kurde décidera elle-même.

Nous défendons le droit à l’autodétermination de la nation kurde, qui est, le droit de créer son propre État indépendant. Nous laissons à la nation kurde elle-même le soin de décider si elle exerce ce droit ou dans quelles conditions elle l’exerce. »

Le problème qui se pose sur le fond, et que le PYD a échoué dès le départ à comprendre et assumer correctement : c’est celui de la définition, dans un sens matérialiste dialectique, c’est-à-dire scientifique, de ce qu’est concrètement la nation kurde, en tant que catégorie.

Mais il y a plus grave. Encore plus impardonnable est de ne pas avoir saisi l’importance de la question semi-féodale pour saisir de manière révolutionnaire la question kurde.

Il n’y a pas de libération nationale sans briser le semi-féodalisme.

Le semi-féodalisme, c’est ce qui reste, ou qui resurgit, de l’époque du régime féodal dans une société transformée, mais de manière incomplète et partielle, par l’entrée dans le mode de production capitaliste.

Voici ce que nous disions sur l’importance de cet aspect, en janvier 2025 (Crise 29) :

« Or, en Orient, depuis la désintégration tragique de l’ancien régime ottoman, aucun peuple au sens national du terme n’a émergé de manière vraiment complète.

Ce qui fait que lorsque les Israéliens, les Arméniens, les Turcs, les Palestiniens ou les Kurdes s’affirment comme nations, ils ne le font que sous un rapport en fait encore largement pris par l’ancien régime ottoman, ils restent pris dans une logique anti-impérialiste, mais non anti-féodale.

Ils voient la question de la domination externe, sans affronter les contradictions internes.

Mao Zedong expliquait cela par une analogie : prenons un oeuf et une pierre, chacun pris à part à une composition interne différente.

Jetons-les tous deux dans un bain d’eau chaude. La pierre se chauffera mais restera la pierre. L’oeuf lui se transformera qualitativement.

Cette analogie veut ainsi expliquer que les conditions internes jouent de manière plus importante que les conditions externes dans un processus. Pour les nations semi-féodales semi-coloniales comme le sont les nations proche-orientales, cette question est cruciale.

La Palestine par exemple, est une nation semi-coloniale, mais voir cet aspect sans voir la question semi-féodale, c’est rater l’essentiel.

De même encore, voir la question du féodalisme mais la considérer comme secondaire par rapport à la question coloniale, c’est faire une erreur dramatique, menant forcément à l’impasse historique.

C’est l’immense erreur qu’ont faite les sionistes en imaginant fonder une nation moderne sans voir la question féodale propre aux Juifs.

D’ailleurs Israël est dominé économiquement par quelques monopoles, qui régissent littéralement de manière féodale.

C’est l’immense erreur qu’ont faite les Arméniens également, c’est la même que font les Kurdes alors qu’il existe une excellente analyse de leur situation faite par Ibrahim Kaypakkaya (1949-1973), le fondateur du TKP/ML armé du maoïsme au début des années 1970.

Dans un registre différent, mais fondamentalement analogue, c’est l’erreur que font les Turcs en pensant « décoloniser » l’Orient par la promotion impériale de leur propre féodalisme, ou d’un féodalisme centré sur la Turquie.

C’est la même ligne que suivent l’Iran ou l’Arabie saoudite, avec leur propre féodalisme comme idéologie semi-moderne.

L’Islam, les nationalismes « arabe », « arménien » ou « kurde » ne sont en fait rien d’autre que des idéologies, religieuses ou semi-religieuses, incapables d’assumer une lutte démocratique, et donc d’unifier les masses.

Le Proche-Orient n’a pas besoin d’être décolonisé de l’Occident, il doit d’abord mettre fin définitivement à l’ancien régime ottoman, et ceci vaut aussi pour les Balkans dans un autre registre. »

Le particularisme national des Kurdes, tout comme des autres peuples du Proche-Orient d’ailleurs, est donc très relatif, dans la mesure où l’Ancien Régime ottoman n’a pas été renversé de l’intérieur, et qu’en conséquence sa base féodale n’a pas été affrontée.

C’est là que l’on comprend toute la justesse de l’analyse d’Ibrahim Kaypakkaya, qu’il n’a pas eu le temps de pousser en raison de son assassinat : lutter contre le féodalisme, c’est en fait et authentiquement lutter en faveur de l’émancipation nationale kurde.

Ces fautes théoriques sont la base et la cause première de l’échec inévitable du Rojava.

Beaucoup de militants du PYD le savent bien, et le fond du document de Jan Yasin Sunca le reconnaît.

Mais ne pas en prendre la mesure, refuser d’en assumer les dramatiques conséquences, ce n’est pas possible.

Mettre tout sur le dos d’une sorte de pragmatisme « nécessaire » ou « réaliste », c’est essayer de noyer le poisson.

Cela ne marche pas non plus de tenter de nier ou de relativiser les fautes théoriques par les réalisations pratiques.

C’est vouloir dire : en pratique, nous avons réalisé des avancées révolutionnaires, c’est donc que nous n’avions pas tort sur tout et que rien que pour nos oeuvres, nous méritons la reconnaissance.

Non. Ou même, justement, la pratique prouve l’échec théorique, puisque le Rojava échoue. Les succès affirmés par le PYD en termes municipaux et administratifs ne prouvent donc rien quant à la justesse de sa ligne.

Au contraire, ils ont masqué une erreur théorique fondamentale : la tentative de construire un pouvoir populaire sans détruire l’impérialisme ni transformer la base productive.

Son caractère finalement réversible confirme que la pratique, lorsqu’elle est séparée d’une ligne idéologique correcte, ne produit que de fausses victoires.

La prétendue réussite pratique du Rojava ne relativise pas les fautes théoriques, elle les confirme.

Le Rojava n’a pas mené une transformation socialiste de la base productive, ni organisé la société selon la lutte de classes.

Il a en fait transformé la superstructure politique tout en laissant intactes les relations fondamentales de production, substituant à la nécessaire centralité du prolétariat une logique communautaire et territoriale.

Cette dissociation entre superstructure révolutionnaire et base non socialiste explique à la fois sa singularité, sa relative tolérance internationale et sa réversibilité historique. Le Rojava est en fait, au mieux, une expérience radicale de surface, mais structurellement contenue.

Le refus de la lutte des classes découle d’une application de l’idéologie du PKK à laquelle le PYD est lié et il découle aussi de l’alliance avec l’impérialisme, mais nous reviendrons sur ce point.

La guerre, puis l’isolement du Rojava ne peuvent être des excuses à ces choix, parce qu’ils découlent clairement et avant tout de ces orientations théoriques et non de contingences conjoncturelles.

Le PYD et ses soutiens défendent son pragmatisme en lui trouvant toutes les excuses du monde, comme s’il n’y avait pas de direction idéologique ou de choix qui ont été faits et qu’il faut maintenant assumer.

Dans la pratique, le PYD n’a pas affronté la base semi-féodale de la société syrienne. Le PYD ne parle pour ainsi dire jamais du semi-féodalisme au sens strict. Il parle de manière particulière, pour ne pas dire positiviste et éducative, de patriarcat quand il met en avant ses militantes, ou bien de djihadisme lorsqu’il est question de la lutte contre les islamistes, surtout de Daesh.

Cependant, il n’y a pas d’analyse claire et nette, pas plus d’ailleurs que le Rojava n’a produit de rapports précis sur ses réalisations ou ses décisions.

Ce qu’il a fait surtout, c’est mettre en avant sa grande réalisation, ce que l’auteur de cet article appelle : « l’espoir réaliste et matérialisé de la gauche ». Ce dont il est question par cette formule, c’est donc concrètement du municipalisme confédéral.

Alors pour être concret, on peut ainsi parler de Qamishli, qui constitue l’exemple le plus abouti de municipalisme au Rojava au sens du PYD : une grande ville gouvernée par un enchevêtrement de communes, de conseils et de mécanismes de co-présidence, capable d’assurer des fonctions urbaines essentielles et de servir de vitrine politique internationale du confédéralisme démocratique, malgré l’absence de transformation socialiste de la base productive.

Les islamistes de l’AKP ou les libéraux américains, voire les libertariens, ne feraient pas autre chose. Et c’est donc cela qui est présenté comme ce que la gauche aurait de mieux à proposer, de manière universelle !

Allons plus loin, de manière générale, le Rojava a agi sur trois niveaux limités.

D’abord, certaines infrastructures abandonnées par l’État syrien ont été placées sous contrôle communal ou bien gérées par des conseils locaux (eau, boulangeries, carburant). Cela correspond au mieux à une gestion de crise, pas à une socialisation des moyens de production.

Ensuite, il a été créé des coopératives agricoles et artisanales, mais sur la base essentiellement du volontariat, de manière marginale et totalement dépendante des marchés extérieurs et de l’aide, notamment occidentale et surtout américaine, sans planification collective ni organisation autonome.

Enfin, l’économie de guerre a imposé des redistributions pour faire face aux pénuries, une régulation des prix, un rationnement, et la distribution de subventions locales, souvent avec l’aide internationale.

Dans tous les cas, on est loin d’une remise en cause de la propriété foncière et des redistributions des terres, loin d’une abolition du salariat et de la libre entreprise, loin d’une rupture avec le marché régional ou mondial, loin de l’établissement d’une justice populaire.

Le Rojava n’a donc pas affronté le semi-féodalisme sur les territoires et les populations sous son contrôle, il a en partie visé à transformer la superstructure politique (formes de pouvoir, discours, organisation sociale), mais a laissé largement intacte la base productive.

Or, pour le matérialisme dialectique, la superstructure ne peut pas se stabiliser durablement si la base reste capitaliste (ou proto-capitaliste).

C’est ce qui a rendu son projet acceptable pour l’impérialisme, et qui permet sa réversibilité, ce que la séquence ouverte par la prise du pouvoir par le nouveau régime syrien confirme brutalement.

L’intégration que le nouveau régime syrien veut imposer au Rojava, avec le soutien de la Turquie et la bénédiction des États-Unis, n’est pas bien différente que celle que le PKK a proposée dans sa dissolution l’an passé en Turquie.

Ses bases, ses réalisations, ses revendications sont solubles dans l’État syrien national-islamiste inspiré du régime turc. Il est finalement exigé du PYD la même capitulation que celle du PKK.

Nous avions annoncé la seconde, comme on peut s’attendre à la première désormais. Cela n’a rien d’une « prédiction » au sens moqueur et prétentieux où l’entend Jan Yasin Sunca dans son attaque rhétorique.

Il est question là d’une loi de fer de la dépendance impérialiste selon le matérialisme dialectique : qui dépend de l’ennemi pour vivre, dépend de lui pour mourir.

La dissolution du Rojava tel que le PYD l’a formé est l’issue nécessaire d’une contradiction non résolue et intenable. Et il faut ici parler de l’alliance avec les impérialistes, encore qu’alliance n’est pas le mot qu’il faut employer ici.

Le Rojava a été conçu comme une expérience de gouvernement, et non comme une base de la guerre populaire se donnant pour but de conquérir et de détruire l’État syrien pour le remplacer par un État nouveau, démocratique et populaire, allant au Socialisme.

En cherchant à fixer un territoire au sein d’un État syrien en décomposition, le Rojava s’est livré à des forces qui le dépassaient. Ce qui n’était au départ qu’une base d’appui, le PYD a voulu en faire un territoire à gérer selon son idéologie.

Or, dans la perspective de la Révolution, une base n’existe pas pour administrer le peuple, mais pour détruire l’ancien pouvoir et construire le nouveau par la guerre.

Là où le municipalisme du Rojava cherche à durer et donc est poussé à la compromission, la guerre populaire prolongée cherche l’irréversibilité par la confrontation. Cette divergence n’est pas tactique mais idéologique. Le choix du Rojava n’aurait pas dû être de fixer la situation, mais de prolonger la guerre, implacablement et sans retour possible.

Là où nous disons qu’il faut rendre le pouvoir révolutionnaire mobile et clandestin, le PYD a voulu se fixer et se rendre visible.

Là où nous disons qu’une fois une base territoriale acquise, il faut intensifier la guerre, le PYD a voulu administrer sur un mode communautaire et sans confrontation de classe ni réforme agraire.

Là où nous disons qu’il faut compter sur ses forces et militariser les masses, le PYD s’est subordonné à l’impérialisme pour améliorer son armement, en se mettant à la botte de l’impérialisme.

Là où notre objectif est la destruction de l’ordre existant, pour en construire un nouveau (c’est-à-dire, du point de vue nécessaire au Rojava, de l’État syrien et de l’impérialisme), le PYD a cherché à obtenir une reconnaissance de l’un et de l’autre.

Naturellement, comprendre les choses ainsi implique d’avoir confiance en le Peuple, le Peuple en général et pas seulement les masses kurdes.

Si les masses kurdes de Syrie ont besoin de la révolution, c’est tout autant le cas des masses en Syrie en général. Cet aspect n’a pas été abordé par le Rojava, qui s’est présenté comme exemplaire sans doute, mais également comme unique en son genre, bien spécifique et devant être préservé, mis à l’écart du monde.

Or, les masses kurdes ne vivent pas à l’écart du monde et leur drame est justement de trouver le moyen de s’affirmer. Il faut donc, obligatoirement, que la Cause kurde rejoigne la Cause révolutionnaire en général.

Concrètement, à quoi faut-il penser ici ?

Au moyen d’unifier les masses, de les unir au-delà de leurs différences secondaires, car leur intérêt est commun : c’est la révolution.

Nous nous basons très concrètement sur l’expérience de la révolution chinoise, de la Commune de Yan’an qui était une société militarisée dans laquelle tout naissait du fusil, le Parti, l’Armée, l’État, la politique nouvelle, l’économie nouvelle et la nouvelle culture, guidée par le principe : « Le Parti commande au fusil et nous ne permettrons jamais que le fusil commande au Parti »

Nous nous basons aussi sur les enseignements titanesques et l’expérience formidable sur le plan de la guerre populaire prolongée et de la formation du nouvel État révolutionnaire de la pensée Gonzalo, développée par le Parti Communiste du Pérou.

Voici comment le PCP définit les objectifs de la guerre populaire et la formation d’un nouveau pouvoir, dans son document intitulé « La ligne de construction des trois instruments de la Révolution » (1988) :

« En partant du lien qui existe entre État et Front, le Front Révolutionnaire de Défense du Peuple se concrétise à partir de Comités Populaires dans la campagne, et dans les villes simplement comme Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple.

Nous construisons l’État nouveau dans la campagne pour, finalement, concrétiser le Pouvoir dans tout le pays.

En tant que système d’État, c’est une dictature unifiée d’ouvriers et de paysans, principalement les pauvres, et de petite bourgeoisie, qui respecte les intérêts de la bourgeoisie moyenne, dictature placée sous la direction du prolétariat représenté par le Parti qui exerce son hégémonie à travers l’alliance ouvrière-paysanne.

En tant que système de gouvernement, il fonctionne à travers les Assemblées Populaires.

L’État nouveau et la fluidité de la guerre.

La construction de l’État nouveau suit la flexibilité de la Guerre Populaire; cet État peut s’étendre, ou se contracter, disparaître en un endroit et apparaître à un autre. Il est fluide.

Comme nous l’enseigne le Président Mao : « Notre République démocratique d’ouvriers et de paysans est un État, mais, actuellement, il ne l’est pas encore dans toute l’extension du terme ; notre territoire est encore restreint et l’ennemi rêve constamment de nous anéantir ».

Il faut toujours tenir compte du système de bases d’appui, des zones de guérillas, des zones d’opérations et des points d’action, car cela constitue le milieu dans lequel se développe l’État nouveau et c’est la clé pour conserver l’orientation stratégique.

C’est dans ce milieu que se meut sa colonne vertébrale, l’Armée Populaire de Guérilla, que dirige le Parti. « Renforcer les Comités populaires, développer les Bases et faire avancer la République Populaire de Démocratie Nouvelle ! », telle est la consigne qui continue à guider sa construction.

Nous luttons pour la conquête du Pouvoir pour le prolétariat et le peuple en général, pas pour un pouvoir particulier. Nous nous opposons à l’errance et à ce qu’on laisse de côté les Bases d’appui.

L’État nouveau se construit au milieu de la guerre populaire en suivant un processus de développement spécifique ; dans notre cas, il se construit d’abord dans les campagnes jusqu’à encercler les villes et le concrétiser dans tout le pays.

Au cours de ce processus, l’ancien État se détruit et la contradiction ancien État – nouvel État s’exprime, faisant échouer tous les plans politiques et militaires de la réaction et en incorporant les masses. »

Nous voulons des Communes Rouges au Kurdistan, nous voulons armer et militariser les masses pour affronter l’ordre ancien et forger ainsi le nouvel ordre démocratique et populaire, en partant de ce principe que la guerre populaire mondiale est la forme principale de lutte que le prolétariat et les peuples opprimés du monde doivent arborer, pour l’opposer à la guerre mondiale impérialiste, et que si ce principe est universel, valable pour tous les types de pays, il doit être spécifié selon les conditions de chaque révolution.

Et cela signifie dépasser les raisonnements étroits, nationalistes ou ethniques, pour aller au général, à l’universel. La Cause de la révolution concerne toutes les masses opprimées et il est impossible de trouver une voie séparée.

L’URSS de Staline s’est justement maintenue de par sa capacité à unir les différents peuples qui composaient la Russie (sauf la Finlande qui a pris son indépendance, conformément au droit à l’autodétermination).

De son côté, pour justifier le choix de sa ligne (noire), celle de son municipalisme confédéral et démocratique allié à l’impérialisme, le PYD a fait de Daesh son ennemi principal.

Dans la mesure où cela revient à considérer qu’une alliance est alors possible avec l’impérialisme, et notamment avec les États-Unis, cela a été une énorme erreur stratégique.

Bien sûr, l’écrasement de Daesh et des jihadistes est une nécessité, mais en s’intégrant à l’impérialisme, le Rojava a joué son sort.

Il s’est retrouvé pieds et poings liés et dépendant des décisions impérialistes, ce qui par définition est une catastrophe.

En substance, le PYD au Rojava paie aujourd’hui son pragmatisme et ses erreurs idéologiques, internes concernant la lutte contre le semi-féodalisme, et externes concernant ses rapports avec l’impérialisme, et notamment avec la superpuissance impérialiste américaine.

Au lieu de mener la guerre populaire prolongée en consolidant des bases clandestines et mobiles, affrontant de manière irréversible l’État syrien, aux mains du régime de Bachar al-Assad comme celui du HTS aujourd’hui, sans se compromettre avec l’impérialisme, il a préféré mener son expérience radicale de surface et en faire la promotion, en pensant (en espérant plutôt) qu’il se passe quelque chose, localement et surtout internationalement, jusqu’à ce que Washington siffle la fin de la partie.

Penser jouer avec le feu d’une alliance, pas simplement tactique, mais stratégique, avec l’impérialisme, notamment américain, était de fait suicidaire.

Cela poussait les cadres du PYD à multiplier les analyses et les contorsions les plus acrobatiques et creuses, pour ne pas voir que l’allié en question avait construit toute sa doctrine militaire sur le principe même de la Réaction.

Les gens comme Jan Yasin Sunca prétendent qu’au Rojava, on savait tout cela. Nous, nous agissons en conséquence. Quand on sait quelque chose, on en tient compte.

Nous étions là avant Jan Yasin Sunca, nous serons là après Jan Yasin Sunca.

L’idéologie « post-moderne » de type « post-révolutionnaire » comme celle du Rojava et de l’EZLN au Mexique, n’est qu’une variante de l’altermondialisme des années 1990-2000. C’est un produit de la croissance mondiale du capitalisme et du désenchantement que cela a produit.

Mais les contradictions restent et le chemin de la Guerre Populaire reste inéluctable. Le chemin est sinueux, l’avenir est lumineux, et ce sont les capitulards comme Jan Yasin Sunca qui doivent partir, pour laisser la place aux communistes et à leur affirmation de la toute-puissance de la Guerre Populaire mondiale.


Revenir en haut de la page.