publié dans le bimensuel TPO-AMADA n° 101 du 13 septembre 1977

TPO-AMADA : Après l’enlèvement de Schleyer − Le chancelier Schmidt prépare de nouvelles lois fascistes

Le 5 septembre, H.M. Schleyer, président de la fédération patronale de la RFA rentrait en voiture à sa villa, située dans la banlieue de Cologne. Deux Mercédès accompagnaient la sienne. Les trois voitures sont bourrées de policiers, car on redoute un attentat contre cette figure de proue du patronat Ouest-allemand. 3 policiers et le chauffeur sont brusquement abattus à coups de mitraillette tirés d’une camionnette VW ; Schleyer est enlevé.

Les ravisseurs réclament la libération de 10 membres de la RAF emprisonnés depuis 1974. Depuis une semaine, ceux-ci font la grève de la faim pour protester contre le traitement inhumain qui leur est infligé en prison : isolement complet dans une cellule toute blanche, aucun contact avec l’extérieur, promenade interdite, fenêtre condamnée, aucune ventilation, température constante de 30°.

Le chancelier fédéral Schmidt apprit la nouvelle de l’enlèvement alors qu’il terminait avec les ministres de la Justice et des Affaires Etrangères l’élaboration de nouveaux projets de loi “contre le terrorisme”. Il improvise rapidement un communiqué radio-télévisé :

“L’Etat répondra avec la force nécessaire aux provocations terroristes (…) La police peut compter sur le soutien illimité du gouvernement ainsi que de tout mon soutien personnel (…) La provocation sanglante de Cologne est dirigée contre nous tous.”1

Schmidt présente les choses comme si chaque citoyen allemand était menacé en permanence. Il appelle toute la population à rallier la lutte contre les terroristes. La presse du grand capital reprend ce thème et essaye de provoquer une hystérie collective. Des sondages montreraient que 41% des Allemands de l’Ouest trouvent des côtés positifs à Hitler2. On se demande d’où ils tirent leur opinion. “Die Welt” dit qu’il faut prendre dès maintenant des mesures pour “protéger chaque citoyen” et le général Anzeiger plaide pour la restauration de la peine de mort et appelle les civils à “communiquer leurs soupçons à la police”.

On essaye ainsi de préparer la population allemande à accepter sans résistance l’application de lois fascistes.

Interdits professionnels, micro dans les cellules

L’Allemagne de l’Ouest est un pays de démocratie bourgeoise, c’est à dire de dictature du grand capital. La progression de la crise amène la classe capitaliste à renforcer sa dictature sur les travailleurs. En Allemagne, ce processus est déjà largement entamé.

Des sympathies passées ou actuelles sont suffisantes pour provoquer le licenciement d’un professeur ou d’un fonctionnaire. En 1975, une loi fut décrétée qui permet de rayer du barreau des avocats “fortement soupçonnés de soutenir une association considérée comme criminelle”. Un véritable Parti Communiste ou un comité de grève peuvent être considérés comme “criminels” par la bourgeoisie !

Le 4/5/77, Klaus Croissant, avocat, protesta au cours d’une conférence de presse, contre le refus de faire transporter à l’hôpital un prisonnier politique grièvement blessé et contre son incarcération, ce qui provoqua la mort du prisonnier. Cet avocat fut jeté en prison, pendant que la police perquisitionnait son cabinet, s’emparait de toute une série de dossiers, qui lui fut restituée photocopiée par-après.

En mars 1977 on apprenait que les conversations entre les prisonniers politiques et leurs avocats étaient écoutées au moyen de micros3.

Un nombre incalculable de brigades spéciales de police ont été mises sur pied pour briser la lutte des ouvriers et des travailleurs.

L’enlèvement de Schleyer constitue le point de départ de la justification d’une fascisation accrue en Allemagne de l’Ouest. Le chancelier Schmidt a mis sur pied un “quartier général de crise” dans lequel se trouvent des représentants droitiers du patronat, comme le président de Daimler-Benz, à côté des hauts membres du Parti, du procureur général et des chefs de la police criminelle4. Ils ont décidé d’accélérer le vote des projets de loi déjà existants.

La loi de 1975 sur les avocats serait encore renforcée : un avocat, uniquement soupçonné de collaboration avec son client “terroriste” pourrait être légalement empêché de s’occuper de cette affaire pendant un an.

Un deuxième projet de loi prévoit une accélération de la procédure de répression pour les “terroristes”, dans lequel on s’occuperait uniquement de l'”essentiel”. C’est naturellement aux juges de déterminer ce qu’est l’essentiel.

Un troisième projet de loi prévoit de plus lourdes sanctions pour port d’armes prohibé5. Plus loin, le quartier général de crise prévoit l’accroissement des effectifs (5000 hommes) des divers services de sécurité fédéraux, un contrôle d’identité obligatoire dans les hôtels et un contrôle renforcé sur les permis de séjour pour étrangers. Tous ces projets de loi sont vagues et peuvent être interprétés dans tous les sens.

Le grand capital allemand les emploiera surtout contre la lutte des vrais communistes, des ouvriers et travailleurs. De même, Schmidt et sa clique manipulent la situation pour renforcer la suspicion sur les étrangers, et ainsi mener une campagne de haine raciste, comme Hitler le fit contre les juifs.

 

  1. Le Monde du 7/9.
  2. Bureau publicitaire Lee Burnett Co.
  3. Données extraites de INFOS-Comité de soutien aux Prisonniers politiques de la RAF, ao0t 77.
  4. Agence France Presse 3.9
  5. Le Soir du 8/9.

Revenir en haut de la page.