Les choses sont ce qu’elles sont et il est vraiment moche de biaiser, de mentir, de déformer la réalité afin de s’auto-promouvoir. C’est d’autant plus moralement condamnable quand cela se fait aux dépens des gens.

L’appel réalisé par le site marxiste.be est ainsi un producteur de tristesse, et seulement de tristesse. En appeler à un mouvement ouvrier organisé belge imaginaire pour faire semblant de se mobiliser en faveur du Rojava, il faut tomber bien bas pour en arriver là.

C’est vraiment de la fiction, qui vise à utiliser le symbolisme pour prétendre avoir un rapport à la réalité. C’est chercher à se donner une image en s’imaginant acteur de quelque chose de vrai – le mouvement ouvrier belge organisé – tout en essayant de se présenter comme ayant une belle âme.

Car de quel mouvement ouvrier belge organisé parle-t-on ? La Belgique est un pays impérialiste, qui vivote au jour le jour sur le plan gouvernemental en raison des déchirements internes où Wallons et Flamands sont placés les uns contre les autres.

Ce qui joue puissamment pour stabiliser le pays dans un tel contexte, c’est la présence institutionnelle de l’Union européenne et l’Otan.

Le pays ne connaît ni contestation d’ampleur, ni organisation populaire à orientation révolutionnaire. Même l’organisation la plus élémentaire des travailleurs a été imbriquée dans le capitalisme et sa gestion des conflits sociaux.

Les gens vivent leur vie quotidienne dans le 24 heures sur 24 du capitalisme.

Ils ont leurs soucis et leurs envies ; leur horizon a été borné par l’idéologie capitaliste, la consommation capitaliste, les acquis sociaux propres aux métropoles impérialistes.

L’appel à un « mouvement ouvrier organisé belge » relève donc de l’incantatoire. Et c’est d’autant plus pathétique que, concrètement, la répression s’abat sur les manifestations des Kurdes en Belgique, comme à Anvers avec une attaque au couteau faisant plusieurs blessés ou à Bruxelles où c’est la police qui a voulu frapper fort.

L’appel en parle, bien entendu, pour se procurer une aura « interventionniste ». Cela ne donne pas de sens pour autant à une approche qui relève du racolage typique de boutiques militantes dont les mentalités sont celles d’épiciers.

Il faut bien plus que cela pour avoir prise sur le réel. Qui lit l’appel avec un regard éveillé s’aperçoit tout de suite du caractère vain du propos, du caractère artificiel d’une approche relevant du marketing politique.

« Attaques contre les Kurdes : le mouvement ouvrier organisé belge doit réagir !

Depuis quelques jours, le gouvernement islamiste de Damas, qui s’en prend aux minorités ethniques de Syrie depuis son arrivée au pouvoir, attaque désormais sans vergogne la région autonome du Kurdistan de l’Ouest, le Rojava. Les troupes du « président de transition » syrien et ancien chef d’Al-Qaïda Al-Jolani (Ahmed al-Charaa) ont conquis la majeure partie du Nord et de l’Est de la Syrie jusque-là protégée par les FDS (Forces démocratiques syriennes).

Rompant les accords antérieurs unilatéralement ainsi que les nombreux accords de cessez-le-feu, les milices islamistes d’Al-Charaa et les mercenaires à la solde des intérêts impérialistes turcs déchaînent une violence atroce contre les Kurdes et leur alliés pour tenter de mettre fin à la tentative de transformer la société dans cette région qu’est le Rojava. Le tout dans le silence assourdissant du camp impérialiste occidental et de ses médias.

La mobilisation de masse est la voie à suivre !

L’autonomie kurde a été conquise et défendue au cours des quinze dernières années dans une âpre lutte contre le régime d’Assad, contre les attaques constantes des milices islamistes de Daesh et contre les attaques incessantes de l’armée turque. Aujourd’hui elle risque d’être complètement détruite.

Ces derniers jours, les masses kurdes ont démontré une nouvelle fois tout leur héroïsme en se mobilisant courageusement et en grand nombre contre la catastrophe imminente. Mais depuis la trahison de l’impérialisme américain, la situation se détériore rapidement.

En réaction à toutes ces attaques, des manifestations de soutien ont pris place un peu partout aux frontières du Rojava et à l’intérieur de celui-ci, ainsi qu’à l’étranger, principalement là où s’est exilée ce qui forme aujourd’hui la diaspora kurde. La communauté kurde dénonce les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Syrie/Rojava par les gangs djihadistes de Damas, de Daech/ISIS et de Turquie, qui décapitent, tuent, violent, kidnappent les Kurdes (civils ou combattants) impunément ainsi que la libération d’anciens combattants de l’EI des prisons jusque-là sous contrôle des FDS.

Il faut être clair : les gangs de Damas et leurs alliés ne seront satisfaits que lorsqu’ils auront complètement conquis le Rojava, instauré leur régime meurtrier et oppressif et écrasé tous les droits démocratiques et l’autonomie kurde. De leurs côtés, les médias pro-turcs publient un tas de fake news pour essayer de semer la confusion sur la situation réelle sur place.

Une répression qui s’abat jusqu’ici en Belgique !

En Belgique aussi des rassemblements ont eu lieu, notamment à Bruxelles (où nous étions présents) et Anvers ces derniers jours. Malheureusement ces rassemblements ont aussi été entachés de violences à l’égard des Kurdes.

À Anvers, plusieurs hommes armés de couteaux se sont introduits parmi les manifestants et ont blessé 6 personnes dont plusieurs gravement. Quatre suspects ont été arrêtés. Le mouvement kurde organisé qualifie cet attaque d’acte terroriste. De toute évidence, il a effectivement pour but de terroriser les Kurdes et affaiblir la mobilisation.

Comme si cela ne suffisait pas, à Bruxelles c’est la police elle-même qui s’est mise à réprimer le mouvement de solidarité. Lors d’un rassemblement, elle est intervenue avec des gaz lacrymogènes, a nassé un groupe de manifestants et arrêté cinq d’entre eux.

Le Rojava est en danger : concrétisons la solidarité internationale !

Certains à gauche se réjouissent ouvertement de la chute du Rojava en annonçant fièrement qu’ils « l’avaient prédit » et que les Kurdes n’auraient jamais dû momentanément recevoir le soutien militaire des USA durant la guerre qu’ils ont menée (et gagnée) contre l’Etat Islamique.

Même si nous, communistes révolutionnaires de l’ICR, l’avons dénoncé aussi (de même que nous avons également dénoncé l’attitude d’Öcalan qui, il y a quelques mois, a demandé aux mouvements de libération kurde de Turquie de déposer les armes pour apaiser le gouvernement turc), il n’y a strictement aucune raison de se réjouir de ce nouvel échec pour les révolutionnaires.

Non seulement le Rojava représente objectivement une lueur d’espoir dans cet océan de souffrances et de malheurs qu’est la vie sous un capitalisme en proie à l’impérialisme dans la région du Moyen-Orient, mais les Kurdes (et leurs alliés) du Rojava sont également une des garanties que l’Etat Islamique ne ressurgira pas dans la région.

Or, depuis l’avancée des troupes de Damas sur les territoires du Rojava, il est impossible de savoir ce qu’il adviendra réellement des prisons dans lesquelles des milliers de membres de Daesh sont, ou étaient, enfermés.

La tentative de préserver le Rojava par des accords avec les impérialistes, les chefs de tribus arabes riches et puissants, les grands propriétaires terriens et les capitalistes a échoué : les FDS sont de facto brisées après que les États-Unis et, avec eux, les chefs de tribus arabes réactionnaires ont changé de camp. Les nantis feront tout pour préserver leur richesse !

Les appels au droit international sont également inutiles : le droit international ne sert qu’à justifier les atrocités impérialistes de l’Occident.

Ainsi, nous appelons les organisations du mouvement ouvrier belge à relayer les appels des Kurdes et à soutenir le mouvement qui s’amorcent pour dénoncer et tenter d’empêcher ce qui risque probablement de se terminer par un nouveau génocide (un de plus), si nous ne faisons rien.

La lutte pour l’autodétermination du peuple kurde, la lutte pour une transformation de la société, là-bas ou ici, nous concerne tous, et au plus haut point. L’OCR réaffirme son soutien et sa solidarité avec les révolutionnaires du Rojava malgré les critiques que nous avons pu avoir sur les choix tactiques de ceux-ci.

La seule voie à suivre est la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme en tant que tels, et ce à l’échelle internationale, du Kurdistan à la Palestine, de la Belgique aux États-Unis ou encore en Chine. Seule la lutte pour une révolution socialiste, pour un Kurdistan libre et socialiste au sein d’une fédération socialiste du Moyen-Orient, peut garantir aux Kurdes le droit à l’autodétermination.

La tâche de la classe ouvrière et de la jeunesse de Belgique est de mener cette lutte dans notre pays. Ici, cela signifie en particulier mettre un terme à la politique criminelle du gouvernement, qui divise les peuples sur des bases racistes et soutient le régime de Jolani !

L’Organisation Communiste Révolutionnaire se tient aux côtés des Kurdes du Rojava dans leur lutte pour l’autodétermination et tous les droits démocratiques. Nous nous opposons ouvertement à « nos » capitalistes, à « notre » gouvernement, ainsi qu’à l’impérialisme américain : ils sont les ennemis des Kurdes et de leur autodétermination ! »

Le pire dans cet appel est sans doute la critique approfondie qu’on trouve du Rojava. C’est là où se révèle l’hypocrisie. L’appel ne cache même pas qu’il est extrêmement critique avec le Rojava, qui est présenté comme ayant tout faux et comme étant condamné dès le départ.

« La tentative de préserver le Rojava par des accords avec les impérialistes, les chefs de tribus arabes riches et puissants, les grands propriétaires terriens et les capitalistes a échoué : les FDS sont de facto brisées après que les États-Unis et, avec eux, les chefs de tribus arabes réactionnaires ont changé de camp. »

Si cela est vrai – et ça l’est – pourquoi alors se présenter comme convergent entièrement avec le Rojava, qui serait une lueur révolutionnaire, et faire des Kurdes un aspect essentiel de la lutte révolutionnaire mondiale ?

C’est vraiment typique du trotskisme et de son esprit forcené de récupération.

L’appel dit : nous en appelons au mouvement ouvrier (qui existerait et serait organisé) car nous sommes les plus éveillés, il faut se mobiliser, le Rojava c’est très bien mais en fait ils ont tout faux.

L’appel ne sait ainsi plus s’il doit dire que les Kurdes doivent se battre pour leur autodétermination, ou pour une Fédération socialiste du Moyen-Orient où ils ont le droit à l’autodétermination. Ce sont là deux choses totalement différentes.

Mais comme on est dans le racolage, on fait plaisir aux Kurdes en disant qu’on est pour l’autodétermination, et comme tout de même on prétend être disciples de Lénine, on se rattrape et on dit qu’on parle du droit à l’autodétermination.

Tout cela n’est pas sérieux. Et il est vrai qu’il est extrêmement difficile d’être sérieux en Belgique, où la situation révolutionnaire n’est pas bonne et amène à vouloir précipiter les choses, afin de chercher à bien faire.

L’enfer est toutefois pavé de bonnes intentions et la dernière chose dont ont besoin les Kurdes de Syrie, et les Kurdes en général, c’est de gauchistes racoleurs prétendant se raccrocher à leur Cause.


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