Jean VogelLes enseignements du communisme permettent de comprendre la réalité, mais il y a toujours des opportunistes pour chercher à en profiter pour mener une carrière individuelle. Ils prennent quelques vérités et les utilisent pour se donner de l’importance.

Jean Vogel, professeur en sciences politiques à l’ULB, est un de ceux-là. Dans sa jeunesse, il a été un cadre très remuant de l’organisation communiste dénommée UC(ML)B. La jeunesse ne durant qu’un temps et la cause communiste étant ardue, il s’est dit qu’il privilégierait bien son aventure individuelle.

Soit, il n’est pas le seul à avoir agi ainsi, malheureusement. Mais le revoilà qui parle de communisme, à l’occasion d’une résolution de l’Union Européenne mettant en place une ligne idéologique ouverte à ce sujet, et l’assimilant au nazisme.

Cela dérange forcément des gens comme Jean Vogel, dont le parcours est lié initialement à la cause communiste. Comment faire face à l’anticommunisme assumé de l’Union Européenne ?

Il a décidé de faire dans le manque d’originalité en utilisant le principe du fameux « oui c’est vrai, mais… ». Dans sa tribune à La Libre du 5 octobre 2019, il formule cette thèse classique ainsi :

« Si Staline s’est réclamé du communisme, il a existé et existe encore une variété de courants communistes non-staliniens qui se sont opposés (subissant dans leur chair la répression stalinienne) et s’opposent toujours au stalinisme. La volonté d’établir – comme c’est commun aujourd’hui – de manière téléologique et mécanique un lien automatique entre marxisme et terreur stalinienne, débouche toujours sur la défense du statu quo et la condamnation de toute alternative radicale. »

Ce faisant, il dénonce également une autre tribune, parue encore dans La Libre, quelques jours plus tôt, le 2 octobre 2019. Celle-ci est intitulée « Non à une Histoire officielle », dictée par le Parlement européen et est signée par plusieurs intellectuels, surtout des professeurs. La tribune de Jean Vogel se veut elle-même une réponse et a pour cette raison comme titre Il faut répondre à la vision de l’Histoire que propose le Parlement européen. Mais il faut le faire avec justesse. Notons que ce titre est de la rédaction de La Libre. Le titre original étant : Non à une ‘histoire apologétique’ dédouanant le stalinisme.

La tribune du 2 octobre disait, pour résumer, la chose suivante :

– la résolution de l’Union Européenne assimile communisme et nazisme ;

– elle est le fruit de la pression idéologique de certains pays (il est ici fait allusion par exemple à la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Lettonie, etc.) ;

– nous ne nous revendiquons pas du tout de Staline, mais celui-ci n’est qu’un aspect de la cause du communisme en général ;

– mettre sur le même plan l’URSS de Staline et l’Allemagne nazie n’a pas de sens ;

– nous voulons que l’analyse historique reste libre de toute pression extérieure institutionnelle.

europe.jpgOr, Jean Vogel a fait carrière et sait qu’un tel discours ne tient pas. Car il sait – son passé marxiste-léniniste le lui a fait comprendre – que le discours de la tribune du 2 octobre est celui de ce qu’il appelait autrefois les révisionnistes, c’est-à-dire le PCB et tous les pro-soviétiques, désormais également le PTB.

Défendre l’URSS tout en en rejetant le contenu tout en la défendant quand même, cela ne peut pas marcher. Soit on est d’un côté, soit on est de l’autre. Jean Vogel le sait et il critique donc la vanité de la tribune du 2 octobre.

Mais voilà, il faut bien que Jean Vogel penche lui-même d’un côté ou d’un autre. Et il choisit celui de l’anticommunisme.

Sa thèse est la suivante :

– le « pacte germano-soviétique » est un partage de conquêtes territoriales par l’URSS et l’Allemagne nazie ;

– les pays qui sont focalisés sur l’anticommunisme le sont pour des raisons d’oppression spécifique par l’URSS ;

– il faut rejeter totalement ce qui a un rapport avec le stalinisme.

Jean Vogel, pour le troisième point et comme le montre la citation du début, soutient donc les courants dits d’ultra-gauche, comme le conseillisme, le communisme libertaire, le trotskisme (Jean Vogel cite ainsi dans sa tribune Léon Trotsky et Victor Serge). Il n’aura d’ailleurs pas fallu attendre bien longtemps pour voir les trotskystes de la Gauche Anticapitaliste, ex LCR, sauter sur l’aubaine, puisque dès le 9 octobre, ils reprenaient l’entièreté de la tribune de Jean Vogel sur leur site…

Sa seconde thèse est simplement ridicule. Il dit en effet : cet anticommunisme est justifié pour des raisons nationales, du moment que cela ne s’accompagne pas d’une justification à la collaboration avec les nazis au nom de l’anti-soviétisme. Or, déjà la moitié des pays de l’Est européen est clairement sur la ligne de l’anticommunisme, comme en Ukraine ou en Lettonie.

Quant à l’autre moitié, comme la Pologne ou la Tchécoslovaquie, Jean Vogel ferait bien d’y aller. Déjà parce que ce sont des pays très beaux, mais aussi parce qu’il devrait se plier à l’évidence : l’anticommunisme concerne tout ce qui est relatif à une critique du capitalisme de la part des partis de gauche au sens le plus général qui soit.

mao_zedong-121.pngLa conséquence en est d’ailleurs l’ouverture d’un espace très important aux courants « anti-capitalistes » du nationalisme, qui sont particulièrement puissants dans ces deux pays.

Mais pourquoi Jean Vogel a-t-il ce discours de toutes façons ? Pour une raison très simple. Les communistes défendant la Chine populaire ont, à juste titre, dénoncé l’URSS des années 1960, 1970 et 1980 comme étant un « social-impérialisme ». Ayant abandonné Mao Zedong, Jean Vogel conserve cette critique de l’URSS, mais la généralise et l’applique à l’URSS de Staline.

Il utilise une critique communiste pour la fausser et l’amener au service de l’anticommunisme. C’est cela le sens de son assimilation de l’URSS de Staline à l’Allemagne nazie. Il reprend la définition du social-impérialisme soviétique de Mao Zedong et la modifie, pour désigner ainsi l’URSS en général.

C’est reprendre Mao Zedong pour le retourner en son contraire. Un certain nombre d’anciens marxistes-léninistes a appliqué cette même méthode.

Jean Vogel n’hésite pas non plus à mentionner Margarete Buber-Neumann, qui avec d’autres Allemands s’imaginant communistes se sont fait expulser d’URSS pour leurs activités anticommunistes. Les nazis n’ont pas écouté les arguments de Margarete Buber-Neumann, même passé par les camps de travail soviétiques, et l‘ont placé en camp. Après la guerre, elle est devenue l’une des plus grandes représentantes de l’anticommunisme, d’abord avec la droite du Parti socialiste, puis ensuite dans les rangs des démocrates-chrétiens.

Évidemment, Margarete Buber-Neumann, est une excellente référence du point de vue libéral, de ce point de vue qui est très exactement celui de l’Union Européenne. Jean Vogel prétend pourtant critiquer ce point de vue – en fait, il ne fait que le rejoindre, mais de manière détournée.

Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste de Belgique
18 octobre 2019


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