Le Rojava a été victime d’une guerre-éclair, qui l’a littéralement brisé. La raison du succès d’une telle victoire si facile, c’est qu’on parle de vastes territoires plus ou moins vides, à cela près qu’il y a du pétrole. C’est d’ailleurs la seule partie du Proche-Orient à en disposer.

La difficulté à défendre cette zone pétrolière a empêché le Rojava d’agir face à l’armée syrienne, malgré le fait qu’une telle offensive était somme toute prévisible. Et la perte du pétrole a anéanti l’économie, car celle-ci reposait avant tout sur cette ressource.

Le Rojava étranglé

La bienveillance sociale du Rojava fonctionnait, en effet, par en haut, par l’intermédiaire de la manne pétrolière. La capacité des forces kurdes à maintenir stable cette ressource était la source de cette légitimité.

Seulement voilà, cette industrie pétrolière était reliée, en large partie, à l’ancien régime, celui de Bachar al-Assad. Ce dernier avait accepté un compromis avec les forces kurdes en raison de la menace que représentait l’opposition armée, composée d’islamistes pour la quasi-totalité.

La chute de Bachar al-Assad et de son régime, en décembre 2024, ne pouvait que changer la donne. Tout dépendait alors de la superpuissance impérialiste américaine, qui avait appuyé les forces kurdes et les protégeait, afin de stabiliser la zone.

Alors, malheureusement pour les Kurdes de Syrie, tout a changé. Mohammed al-Scharaa, le nouveau président de la Syrie, a rencontré le président américain Donald Trump, mais aussi le président français Emmanuel Macron.

Il a obtenu une puissante légitimité au niveau international, car les principales puissances préfèrent que le pays soit mené d’une main de fer afin de renforcer la stabilité régionale.

La superpuissance impérialiste américaine a donc donné son feu vert à une « récupération » de la partie kurde de la Syrie par l’État syrien ; en toile de fond, il y a également un accord tacite avec Israël qui, à l’ouest de la Syrie, maintient une forte pression.

Tout cela est, bien sûr, particulièrement notable alors que le président syrien, Abou Mohammed al-Scharaa, est l’ancien chef du Front al-Nosra, devenu le HTS. On parle ici de ce qui est historiquement la branche syrienne d’Al Qaïda.

Mais il en est ainsi que les forces féodales se vendent aux uns ou aux autres, selon les marchandages et les situations.

Le Rojava a tenté de tirer son épingle du jeu dans une telle situation, mais a échoué dans son pari de se rendre incontournable pour tout le monde, et surtout pour la superpuissance impérialiste américaine.

Sa défaite n’est pas simplement militaire ou politique (ou encore idéologique ou économique). C’est sa vision même du Moyen-Orient qui était erronée, notamment le machiavélisme machinant à faire sauter différents verrous pour « forcer » à la mise en place d’un Kurdistan unifié.

La naissance du Rojava et sa nature

Au cours de la guerre civile syrienne, qui a duré de 2011 à 2024, les régions kurdes ont réussi à organiser leur autonomie, puis à la maintenir en trouvant un compromis avec le régime syrien de Bachar al-Assad.

Ces régions kurdes ont formé le « Rojava » (« l’Ouest » en kurde), avec trois régions : Afrin, Jazira et Kobanê.

Le Rojava a acquis un prestige international pour trois raisons :

– il a affirmé établir un nouveau mode de révolution, consistant en réalité en un mélange d’autogestion, de communautarisme et de fédéralisme ;

– il s’est présenté comme la seule force capable de se confronter directement à l’État islamique ;

– il a réussi à se poser comme « utile » à la superpuissance impérialiste américaine.

Le Rojava, c’est alors plus de deux millions de personnes, pour le quart du territoire syrien, ainsi que les principales ressources pétrolières syriennes.

Son armée, ce sont les « Forces Démocratiques Syriennes », avec un appui américain, et également français.

Néanmoins, l’armée turque est intervenue, conquérant notamment Afrin.

Elle s’est installée, depuis 2019, dans le nord-est de la Syrie, afin d’avoir sous son contrôle un territoire de cent cinquante kilomètres de long et de trente kilomètres de large entre les villes de Tell Abyad et Ras Al-Aïn.

Il s’agissait pour la Turquie d’empêcher un étalement des forces du Rojava sur son propre territoire, alors que les forces kurdes de Syrie étaient alignées sur les Kurdes du PKK.

Il s’agissait pour la Turquie d’empêcher un étalement des forces du Rojava sur son propre territoire, alors que les forces kurdes de Syrie étaient alignées sur les Kurdes du PKK.

Le rôle central du pétrole pour le Rojava et le rapport maintenu au régime syrien de Bachar al-Assad

Les partisans du Rojava ont toujours insisté sur l’aspect confédéral, sur la décentralisation, ainsi que la participation des femmes. Tout cela n’a jamais été pourtant qu’une superstructure sur la réalité féodale, permise par la présence des forces armées kurdes et la manne pétrolière.

Cette dernière a toujours joué le rôle central au Rojava.

Si le mouvement des coopératives a été soutenu, en pratique il est toujours resté à la fois artisanal, marginal, et par ailleurs surtout locataire de terres appartenant à l’administration centrale.

C’était surtout une tentative de lancer une économie « par en bas », d’où d’ailleurs l’appel récurrent à la participation des femmes. Le but était d’impulser des formes économiques nouvelles, si l’on veut une sorte de capitalisme « naturel ».

Cette impulsion était toutefois réalisée par en haut, par une administration centrale s’occupant du gaz et du pétrole, ou les confiant à des entreprises privées liées au Partiya Yekîtiya Demokrat, le principal parti kurde du Rojava.

De plus, l’administration centrale du Rojava avait comme principe d’intervenir au niveau de la fixation des prix, en plus du levier des taxes.

Mais ici, la marge de manœuvre a toujours été faible. Des dizaines de milliers d’employés du service public étaient rémunérés… par le régime syrien de Bachar al-Assad.

C’est la monnaie du régime syrien de Bachar al-Assad qui était utilisée. Et au niveau bancaire, il fallait se tourner vers les banques du régime syrien de Bachar al-Assad.

Il va de soi que le pétrole était également vendu à ce dernier, même si officiellement de manière indirecte.

Le Rojava devait en fait tout se procurer auprès du régime syrien de Bachar al-Assad : médicaments, produits manufacturés, matériel électronique, matériaux de construction, pièces détachées, etc.

Cependant, ce n’est pas tout : c’est le régime syrien de Bachar al-Assad qui s’occupait de délivrer les documents civils officiels (actes de naissance, de mariage, de décès) et de faire passer les examens dans le système éducatif pour le Rojava.

Il faut vraiment souligner le caractère absurde de cette situation. Le Rojava a toujours été présenté comme une sorte d’entité autonome, voire indépendante.

En réalité, il s’agissait d’une administration séparée mais connectée au régime syrien de Bachar al-Assad.

Le soutien américain et les bases militaires américaines

La superpuissance impérialiste américaine a soutenu le Rojava, afin d’appliquer le principe de diviser pour régner.

Elle a disposé de bases militaires au niveau du champ pétrolier d’Al-Omar et de l’usine de gaz de Conoco, ainsi qu’à Kharab al-Jir, Al-Shaddadi, Tell Beydar et Qasrak (il en reste trois, les autres ayant été fermées avec l’apparition du nouveau régime syrien).

Elle a financé les forces kurdes sur le plan militaire, à hauteur de 120-145 millions de dollars chaque année de 2021 à 2025, et plus ou moins à la même hauteur auparavant.

C’est un chiffre énorme. Il faut ajouter à cela les nombreux conseillers militaires, les aides stratégiques et tactiques.

Dans la pratique, les forces armées du Rojava étaient intégrées, de manière opérationnelle, au dispositif américain dans la région.

Les frappes américaines au moyen de drones ou de l’aviation, les opérations de renseignement… prenaient en compte les forces armées kurdes comme un support et un soutien.

Naturellement, c’est surtout l’État islamique qui était visé.

Néanmoins, dans les faits, les forces armées kurdes ont été façonnées dans leur rapport étroit avec l’armée de la superpuissance impérialiste américaine.

C’est l’armée américaine qui servait de protectrice du Rojava face aux velléités tant de la Turquie que du régime syrien de Bachar al-Assad et des islamistes.

Il y avait une existence autonome de manière formelle, mais en réalité tout sauf indépendante.

Et les Kurdes ne se sont jamais cachés qu’ils espéraient que ce qu’ils appelaient une alliance aille « jusqu’au bout » et permette l’établissement d’un Kurdistan, même si le prix à payer est que cela se déroule sous l’égide de la superpuissance impérialiste américaine.

Les pré-accords pétroliers du nouveau régime syrien

Le régime syrien de Bachar al-Assad était aligné sur la Russie ; celui-ci une fois renversé, et comme l’État islamique était réduit à des lambeaux, il n’y avait plus de raisons concrètes pour la superpuissance impérialiste américaine d’utiliser le Rojava.

C’était d’autant plus vrai que le nouveau régime a fait allégeance à Donald Trump et a tacitement accepté de ne pas considérer Israël comme un ennemi.

Quant au pétrole, s’il est justement présent dans la zone, il n’y a par contre pas de raffineries modernes au Rojava : elles sont sur la côte.

Les méthodes employées au Rojava restaient ainsi compliquées, artisanales et locales, dangereuses et polluantes.

Une Syrie unifiée est bien plus utile en comparaison, du point de vue américain.

C’est le sens de signatures de pré-accords par la Syrian Petrol Company, la compagnie pétrolière sous contrôle de l’État syrien. Les signataires sont ConocoPhillips (États-Unis), Dana Gas (Émirats Arabes Unis), Arabian Drilling (Arabie Saoudite), UCC Holding (Qatar).

Un autre aspect important est l’ouverture en août 2025 d’un pipeline de gaz naturel allant de l’Azerbaïdjan à la Syrie en profitant d’un raccord par la Turquie. Le Qatar a été partie prenante du projet.

On retrouve ici tout le jeu d’alliances entre la Turquie et l’Azerbaïdjan (au nom d’une unité « turque »), entre la Turquie et le Qatar (avec les Frères musulmans), etc.

Dans ce panorama, il n’y a aucune place pour le contrôle de zones pétrolières par le Rojava.

La première étape de la chute : la volonté d’intégration du Rojava dans l’État syrien

Le 10 mars 2025, un accord fut signé entre le nouveau régime syrien et le Rojava.

On notera qu’officiellement, il faut parler depuis 2018 de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), et non pas du « Rojava », même si au sens strict on ne parle ici que de l’aspect juridique pour les rapports officiels.

Cet accord prévoyait que l’AANES s’intègre aux institutions syriennes, en échange d’une relative autonomie politique. Il ne fut toutefois jamais signé, les « Forces Démocratiques Syriennes » cherchant à conserver leur existence en tant que structure.

Une certaine tension se maintint, aboutissant à des affrontements autour de deux quartiers kurdes de la ville d’Alep : Sheikh Maqsoud et Ashrafieh (en kurde : Şêxmeqsûd et Eşrefiyê).

Un accord fut alors réalisé en avril 2025, avec le départ des « Forces Démocratiques Syriennes » de ces quartiers (en pratique auto-administrés), de simples forces de sécurité restant sur place.

La seconde étape : la bataille des quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafieh

Le 5 janvier 2026, le régime syrien a mené une offensive sur les deux quartiers kurdes d’Alep, accusant les « Forces Démocratiques Syriennes » d’avoir lancé des drones contre un véhicule de la police militaire, à 50 kilomètres d’Alep.

Les combats ont fait rage plusieurs jours, avant un cessez-le-feu le 10 janvier, rompu le 13 janvier par le régime syrien avec une attaque contre les « Forces Démocratiques Syriennes », dans la périphérie d’Alep, à Deir Hafer et Maskanah.

Afin de précipiter les choses, le 16 janvier, le président Ahmed al-Sharaa a reconnu comme officielle dans le pays le kurmandji (parlé en Syrie par les Kurdes et l’une des quatre langues des Kurdes en général).

Le 17 janvier, sous l’égide de la superpuissance impérialiste américaine, les « Forces Démocratiques Syriennes » se retirent ensuite de Deir Hafer et de Maskanah.

La troisième étape : la reconquête d’une bonne partie du Rojava

Le 18 janvier, le régime syrien réussit alors un coup magistral.

Son armée fait la conquête de la moitié du Rojava, avec Al-Tabqah et une large partie des régions au Sud-Est de Deir ez-Zor.

Le soir même, un cessez-le-feu est signé.

Il est brisé dès le lendemain, les combats reprennent et l’armée syrienne fonce sur la ville de Kobanê, qui est encerclée le 20.

La situation est la même pour la province de Hassaké et ses campagnes. Un nouveau cessez-le-feu est prononcé pour quatre jours.

Il est alors annoncé que le commandant général des forces armées kurdes, Mazlum Abdi, rencontrera le 24 janvier 2026 l’envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack.

Finalement, l’armée syrienne annonce qu’il y aura quinze jours de plus de cessez-le-feu, en raison de la demande américaine de pouvoir transférer les prisonniers de l’État islamique vers l’Irak.

L’armée syrienne indiqua également avoir ouvert deux corridors humanitaires, l’un vers la ville de Kobané et l’autre dans la province voisine de Hassaké.

Il s’agit là, en réalité, d’un siège. Le Rojava est isolé, il est privé de sa principale ressource qu’était le pétrole. Il est acculé et poussé à la capitulation.

La chute de la statue de la combattante d’Al-Tabqah

Le symbole le plus terrible de la situation est la destruction d’une statue, à Al-Tabqah. Elle représentait une combattante des YPG.

La scène a été filmée ; on n’y voit que des hommes, surtout jeunes, s’acharnant à faire tomber la statue représentant une femme en armes, puis à la démolir.

C’est à leurs yeux tout un symbole et il est indiscutable que tout cela relève du féodalisme. Dans une certaine mesure, il y a même une tendance à l’esclavagisme, comme en témoignent les multiples exactions de l’État islamique dans la région.

La soumission des femmes est un objectif assumé de la religion islamique et des islamistes en particulier.

Liquider l’expérience kurde à ce niveau est par conséquent une tâche prioritaire pour imposer les nouvelles mœurs, les manières de vivre conformes au nouvel ordre dominant.

L’expérience kurde en général est elle-même ciblée, puisqu’il y a déjà des vidéos de destructions dans les cimetières de combattants.

Tout doit être effacé. Mais il ne s’agit pas seulement de cela.

Dès que des crimes pourront être commis par les islamistes en place en Syrie, ils auront lieu, car c’est dans la nature des choses telles qu’elles existent dans le contexte du féodalisme dominateur.

C’est là l’erreur du Rojava que de s’être imaginé comme un îlot kurde « démocratique » dans un Moyen-Orient défiguré par le féodalisme.

Le point de vue officiel du régime syrien

Bien entendu, le régime syrien ne prétend pas en vouloir aux Kurdes. Il affirme vouloir instaurer un cadre institutionnel au niveau national.

L’objectif réel est de procéder à un redécoupage des rôles des différents clans, des différentes structures féodales, et les Kurdes n’étant pas alignés sur l’idéologie religieuse islamique ni sur l’identité arabe, ils doivent être mis de côté ou céder sur l’ensemble, à peu de choses près.

Le nouveau régime syrien est ainsi semi-féodal semi-colonial. Les forces qui ont pris le pouvoir sont féodales et elles se sont immédiatement vendues à l’impérialisme, afin de s’insérer dans l’ordre mondial pour maintenir leur existence.

Le projet islamiste initial de HTS s’est transformé en légalisme traditionnel et quête de notabilité internationale. C’est d’autant plus facile que les forces féodales ayant triomphé lors de la « révolution syrienne » étaient liées à des puissances expansionnistes comme la Turquie.

Dans une interview au média Rudaw, le directeur des affaires américaines au ministère syrien des Affaires étrangères, Qutaiba Idilbi, donne sa version suivante des faits.

On y retrouve la teneur du discours officiel, qui se veut rassurant.

« Quand l’armée arabe syrienne cessera-t-elle ses attaques contre le Rojava ?

L’armée arabe syrienne ne mène aucune attaque contre le Rojava.

Je pense que le sujet de discussion aujourd’hui est l’arrêt des attaques menées par des groupes incontrôlés affiliés aux FDS et aux milices proches du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) contre différentes composantes du nord-est de la Syrie (Rojava).

Une fois que ces opérations militaires contre les civils – comme les enlèvements de jeunes filles, les enrôlements forcés et l’incitation de la population kurde à la confrontation avec ses voisins – cesseront, nous pourrons alors dialoguer.

Aujourd’hui, nous attendons que les dirigeants des FDS usent de leur influence pour empêcher que la communauté kurde ne soit entraînée dans des conflits avec ses voisins.

Le peuple kurde a une longue expérience de la vie sur cette terre, et je pense qu’il y a beaucoup à apprendre de cette expérience, loin des projets promus aujourd’hui par le PKK et ses milices dans la région. »

L’effondrement des forces du Rojava

La question du rapport arabo-kurde joue un rôle essentiel dans la question de la raison de l’effondrement militaire du Rojava.

Les forces kurdes ont travaillé avec des clans arabes, dans une zone où il y a deux millions de Kurdes (voire trois millions), mais où la majeure partie des habitants est arabe.

Le confédéralisme démocratique a été le masque d’une division communautaire présentée comme de l’autogestion.

Les Kurdes disposaient de l’hégémonie, car ils disposaient d’une dynamique et du soutien occidental.

Toutefois, la question fondamentale est, en effet, d’avoir un projet pour toutes les masses syriennes.

Et les islamistes qui apparaissent comme « républicains », unificateurs, instaurateurs de paix civile… l’emportent alors forcément sur des Kurdes prônant une décentralisation ressemblant pour les masses à un appel à se débrouiller localement.

Le renversement de l’infâme régime syrien de Bachar al-Assad par les islamistes a tout changé et la volonté de la superpuissance impérialiste américaine d’organiser au mieux cette partie du monde selon ses intérêts a fait le reste.

La féodalité a alors amené au fait que les tribus et les clans arabes ont tout simplement changé de camp, précipitant l’effondrement du dispositif de défense des forces armées kurdes au Rojava.

Le découpage du Rojava, la cause de tous les soucis

Il faut bien comprendre la chose suivante. En 2016, le régime syrien de Bachar al-Assad avait repris la ville d’Alep.

Mais il n’avait pas touché à Sheikh Maqsoud et Ashrafieh, qui rejoignaient en pratique le Rojava.

Sauf qu’en 2017, l’armée turque est intervenue pour séparer géographiquement ces quartiers du reste du Rojava.

C’était une double catastrophe.

D’un côté, le Rojava était incapable de se poser comme projet territorial « fort », et était obligé de s’adapter.

De l’autre, cela impliquait un accord plus ou moins tacite avec le régime syrien de Bachar al-Assad pour que les quartiers kurdes d’Alep maintiennent leur autonomie.

On peut dire plus simplement que le Rojava a, à ce moment-là, grillé toutes ses cartes.

Il n’était plus crédible comme projet d’État nouveau, ce qu’il n’a jamais voulu être en tant que tel, puisque, en réalité, le Rojava devait servir de marchepied à une unification des régions kurdes des différents pays.

Le Rojava perdait, en même temps, toute valeur comme force composante de la lutte contre le régime syrien de Bachar al-Assad.

En composant avec ce dernier, il se voyait disqualifié, alors que les islamistes formant l’opposition armée cherchaient en plus le moindre prétexte pour rejeter les Kurdes et tout principe démocratique.

La fuite des prisonniers de l’État islamique

Les forces kurdes géraient le camp d’Al-Hol et la prison de Chaddadi. Dans le premier se trouvaient plusieurs dizaines de milliers de femmes et d’enfants dont le père de famille était emprisonné pour appartenance à l’État islamique. Le second accueillait 1500 hommes ayant agi dans les rangs de l’État islamique.

Les Kurdes ont géré ces camps notamment afin de se donner une bonne image et d’avoir une carte en plus dans leur jeu, dans le prolongement de leur propre combat contre l’État islamique.

Avec l’intervention de l’armée syrienne, les forces kurdes se sont enfuies en catastrophe face à l’offensive de l’armée syrienne, ce qui a bien sûr abouti à une fuite généralisée des gens vivant dans le camp et la prison.

Les fuyards auraient été récupérés par l’armée syrienne. Mais il ne faut ici croire personne, bien entendu, car on est dans un jeu sordide où sont utilisés des gangs, des groupes armés, des clans, des tribus, etc.

Ce qui se déroule, c’est la réactivation agressive du féodalisme. Les prisonniers de l’État islamique seront déplacés, d’autres s’enfuiront, on est dans le règne des magouilles, des coups bas, de la corruption, des rapports claniques, tribaux, féodaux, etc.

C’est un milieu féodal, où la religion joue le rôle de vecteur et d’outils de distinction (d’où les multiples variantes juridiques de l’Islam, par exemple).

Et c’est précisément cet arrière-plan qui a brisé le Rojava.


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