Le numéro 40 de Crise aborde longuement la question du Venezuela. Les événements qui se sont produits juste après la publication ont entièrement confirmé ce qui était dit.

On y lisait en effet :

« Paradoxalement, la superpuissance impérialiste américaine ne compte pas précipiter les choses en Amérique latine. L’établissement d’une base arrière demande de la prudence. C’est là où le Venezuela sert à la fois de laboratoire et d’exemple. »

Or, qu’a-t-on vu ? Que le président vénézuélien Nicolás Maduro a été enlevé le 3 janvier 2026 par l’armée américaine, dans une opération commando qui avait évidemment l’aval d’une partie du régime.

Le régime, lui, reste en place. Car, comme prévu, le but ne pouvait être que l’imbrication de chaque pays dans le dispositif impérial américain, dans le contexte de la compétition avec la superpuissance chinoise.

L’objectif de la superpuissance impérialiste américaine, c’est que chaque pays soit fonctionnel par rapport à lui. C’est une lecture impériale. Ce qu’on lit dans le numéro 40 de Crise a été prouvé par les faits :

« Plus que de frapper, l’approche de cette dernière est de manipuler différents leviers. Il y a le levier de l’opposition dans le pays, il y a celui de fractions de l’armée, il y a celui des médias internationaux, il y a celui des aides et des sanctions, il y a le soutien et le blocus, il y a les menaces et la pression militaire, il y a les frappes ouvertes ou masquées, etc.

La superpuissance impérialiste américaine ne veut pas simplement renverser le régime et placer quelques marionnettes. Il faut, pour le 21e siècle, que le régime qui remplace l’ancien soit opérationnel pour s’insérer dans les objectifs de croissance du capitalisme américain.

Cela rend les choses moins frontales, mais plus perverses aussi, car il y a l’objectif de réussir à lancer des mobilisations de masse, des réformes, des élans favorables au capitalisme, des soutiens au capital américain, etc. »

Si c’est possible, c’est bien entendu en raison de la nature du Venezuela. C’est un pays où règne le capitalisme bureaucratique, où les mêmes dominent finalement depuis la mise en place du pays à la suite de la colonisation espagnole.

On a les mêmes couches dominantes, la particularité étant que le rôle essentiel du pétrole oblige, dans un cadre non démocratique et non populaire, à la mise en place d’un régime centralisé, avec l’armée comme ossature.

Ainsi, les « pétrobolivars » allaient essentiellement dans les poches des militaires, en échange de quoi ils toléraient le régime, et pour s’assurer d’une certaine stabilité, ils allaient un peu aux communautés des barrios des villes ou des pueblos des campagnes.

Preuve de cela, l’Etat bolivarien – c’est-à-dire nationaliste en mode « latino » – ne s’est jamais attaqué aux latifundios du sud, aux paradis pour touristes des îles, ou à la grande propriété privée des moyens de production (notamment de l’industrie sucrière).

En pratique, les progrès législatifs mis sur le papier par Hugo Chávez, en particulier en droit du travail, n’ont jamais trouvé à s’appliquer que pour la couche de fonctionnaires et assimilés liés au régime. Les travailleurs pauvres arrachés aux campagnes et projetés dans la misère des gigantesques barrios des villes n’ont jamais eu que le droit de trimer, et Pepsi, McDonald’s, Nike, Apple, etc. s’achètent à Barquisimeto ou Maracaibo comme à Anvers ou Toulouse…

Dans un tel contexte, on comprendra que le « Socialisme du XXIème siècle » initié par Hugo Chávez pour masquer la dictature militaire n’était presque plus revendiqué par Nicolás Maduro.

La corruption massive des hauts dirigeants et la cohorte de petits-bourgeois à arroser a depuis longtemps tari les sources de financement des programmes d’alphabétisation, de développement de coopératives paysannes et ouvrières utilisés comme vecteur du corporatisme, comme populisme pour le soutien au régime.

Et ainsi, cela faisait des années que la chaîne ViveTV peinait à alimenter son émission Construyendo Republica avec de véritables reportages saisis sur le vif et mettant en lumière des membres des classes populaires « en lutte » contre les tenants des classes dominantes.


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