Depuis 2019, Donald Trump ne cesse d’augmenter la pression américaine sur le Groenland. Il a fait de l’objectif de l’appropriation par les États-Unis de ce territoire un objet explicite de son narratif impérialiste.

Cet article de Crise a pour vocation d’offrir un bref aperçu de l’histoire du Groenland et surtout de documenter une chronologie de l’intérêt des États-Unis d’Amérique pour ce territoire, en dressant un cadre idéologique à celui-ci, tout en établissant l’architecture stratégique de la présence croissante américaine dans ce territoire.
Le Groenland, dont le nom officiel en langue inuite est Kalaallit Nunaat, est un territoire autonome relevant de l’État danois, constitué du royaume du Danemark, des Îles Féroé et donc du Groenland. Cette vaste île de plus de 2 millions de km2 (soit quatre fois la taille de la France) ne compte cependant que 56 000 habitants.
À l’exception d’une bande littorale, se résumant surtout au sud de l’île, l’essentiel du territoire est pris sous une vaste calotte glaciaire, appelée inlandsis.
On estime que si cette calotte, vaste comme l’Iran et constituée de centaines de milliards de litres d’eau, fondait, elle pourrait élever le niveau général des océans et des mers de près de sept mètres supplémentaires !
Les premières populations humaines se sont établies au Groenland il y a environ 4500 ans venant du continent américain. Leur origine est sibérienne, avec un passage par le Canada actuel.
Elles ont disparu, laissant la place aux Inuits, de même origine, mais d’une migration qui date d’autour de l’an 1000.
Vivant au stade des chasseurs-cueilleurs (et de fait donc de la chasse principalement), les Inuits ont été colonisés par le Danemark, qui connaissait un élan de conquête.
Le royaume du Danemark constituait un Empire colonial fondé sur des comptoirs commerciaux en Afrique, en Inde et sur le contrôle d’îles dans les Caraïbes, transformées en camps de travails agricoles sur un mode esclavagiste, alimentés par la Traite africaine.
En 1953, le Groenland a cessé d’être une colonie pour intégrer pleinement les institutions de l’État danois, impliquant par contre une politique d’écrasement culturel de la personnalité nationale inuite.
Cette volonté d’assimilation fut finalement abandonnée en 1979, avec la reconnaissance d’une large autonomie, sauf en matière de justice, de politique étrangère, de défense et de monnaie.
En 2009, cette autonomie a été encore renforcée avec la reconnaissance entière de la personnalité nationale inuite : la langue inuit (le kalaallisut) devenant langue officielle, les ressources naturelles locales (pêche, minerais etc…) relevant la de la seule autorité du Groenland et le droit à l’indépendance étant reconnu, mais suspendu à l’organisation éventuelle d’un référendum à ce sujet.
Il faut préciser aussi que le Groenland n’est pas membre de l’Union européenne, le Danemark lui-même n’ayant d’ailleurs pas ratifié tous les traités européens.
Par exemple concernant la monnaie unique, le Danemark a conservé sa monnaie nationale (dansk krone, la couronne danoise).
Le Groenland a même quitté de son côté l’ensemble des traités communautaires européens en 1985 en sortant de la CEE (la Communauté Économique Européenne) tout en maintenant des coopérations sur la pêche et l’aide économique.
D’une manière générale, il faut considérer que l’impérialisme américain vise à travers le Groenland la maîtrise de l’espace arctique d’une part et le verrouillage « hémisphérique » du continent américain.
Mais cet intérêt n’est ni une question de « géopolitique », ni une stratégie périphérique de la compétition, dérivant en guerre mondiale, entre les États-Unis et la Chine.
C’est avant tout une nécessaire tentative de résolution externe des contradictions internes du capitalisme américain.
En ce sens, le territoire groenlandais est défini comme une « Frontière » propre au narratif idéologique de la bourgeoisie américaine, c’est-à-dire comme un espace de fixation temporaire du capital, où peuvent se condenser des enjeux centraux pour l’impérialisme américain.
On parle ici de la sécurisation des ressources, de l’expansion du complexe militaro industriel et de la projection spatiale de l’accumulation à travers des investissements productifs dans l’exploitation à venir des ressources et le développement du territoire.
Cependant, si on peut parler d’un tournant, ou plutôt d’une accélération sous la présidence de Donald Trump, l’intérêt américain pour le Groenland a toute une profondeur historique dont celui-ci n’est pas à l’origine. Il donne simplement à voir le caractère brut qu’il met à nu de manière clairement explicite.
Dans une démarche matérialiste dialectique approfondie, nous proposons ici d’en expliciter les grandes étapes pour armer idéologiquement l’avant garde du camp de la Révolution.
1823-1939 : le Groenland et l’Arctique placés dans le cadrage hémisphérique de la « Doctrine Monroe ».
1823 (2 décembre) : affirmation de la Doctrine Monroe. Le message annuel au Congrès du président James Monroe (1817-1825) énonce la non-colonisation et la non-intervention européenne sur le continent américain, qualifié d’hémisphère occidental. Si le Groenland n’est pas explicitement visé, la doctrine structure durablement la manière dont la bourgeoisie américaine voit sa « profondeur stratégique » à l’échelle de tout le continent américain.
1867–1868 : « Moment William Seward (secrétaire d’État) », suite à l’achat pour 7 millions de $ or de l’Alaska à l’Empire russe.
Dans ce contexte expansionniste poursuivant l’élan donné par la présidence d’Andrew Jackson (1827-1837), l’idée d’acquérir des positions nord-atlantiques (Groenland/Islande) circule à Washington.
Le rapport de 1868 commandité dans ce cadre décrit les ressources et les atouts stratégiques de l’espace arctique, William Seward lui-même déclarant dans le cadre de l’annexion de l’Alaska : « Notre pays ne peut rien être de moins que tout le continent nord-américain avec des portes sur toutes les mers qui l’entourent ».
1916–1917 : l’impérialisme américain se lance considérablement avec la Première Guerre Mondiale.
Inquiet de la possibilité que l’Allemagne puisse prendre le contrôle des « Indes occidentales danoises », les États-Unis proposent leur rachat au Danemark pour 25 millions de $ or.
Ces îles deviennent un « territoire non incorporé » : les îles Vierges américaines, le 31 mars 1917, quelques jours avant que les États-Unis ne déclarent la guerre à l’Allemagne (le 6 avril 1917).
En échange de cette opération, les États-Unis reconnaissent la souveraineté danoise sur l’ensemble du Groenland. Une déclaration annexée à la convention sur la cession des Antilles danoises indique que les États-Unis ne s’opposeront pas à l’extension des intérêts danois à tout le Groenland : c’est un jalon juridique majeur.
1940-1969 : établissement de la présence américaine au Groenland.
1941 : le 9 avril 1940, le Danemark est vaincu et occupé par l’Allemagne. Les autorités danoises locales se retrouvent isolées.
L’ambassadeur danois à Washington Henrick Kauffmann est chargé de négocier avec les autorités locales un accord de défense avec les États-Unis. Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, l’accord Kauffmann du 9 avril 1941 autorise l’établissement d’installations américaines au Groenland pour sécuriser l’Atlantique Nord et empêcher toute prise de contrôle ennemie, sans remettre formellement en cause la souveraineté danoise.
Notons que c’est pour éviter un tel scénario à Saint-Pierre et-Miquelon que le général de Gaulle envoie, avec le soutien du Premier Ministre britannique Churchill, un petit corps expéditionnaire français reprendre l’archipel en décembre 1941 au nom des forces de la « France libre ».
1946 : sur proposition du secrétaire James F. Byrnes, l’administration du président Harry S. Truman (1945-1953) formule une proposition d’achat du Groenland (souvent rapportée comme s’élevant à 100 millions de $ or).
Le Danemark refuse, mais cela confirme que le Groenland est perçu comme une pièce maîtresse de la militarisation nord-atlantique de l’après-guerre par les Etats-Unis qui se met alors en place face à l’URSS.
1951 (27 avril) : Greenland Defense Agreement, traité fixe de manière durable la présence américaine au Groenland : des bases sont établies, des zones de défense opérationnelle dans la logique de l’OTAN sont fixées.
L’armée américaine peut librement circuler, même si la souveraineté danoise sur l’île est réaffirmée.
Années 1950 – 1960 : Après avoir exproprié les populations locales voisines, la base de Thulé (du nom qu’un géographe grec de l’époque d’Alexandre le Grand donna à l’île la plus septentrionale connue dans l’Atlantique de son point de vue) s’impose comme le nœud de la « route polaire » pour les États-Unis.
La base s’insère dans les systèmes d’alerte et de surveillance du nord du continent américain et accueille un important arsenal nucléaire pointé sur l’URSS : bombardiers lourds B-52 et Stratofortress, missiles balistiques en silos de la base Century.
La base sert aussi de relais de télécommunication en ondes longues, une immense antenne de 154 mètres de haut y est élevée.
1959 – 1967 : Camp Century / Project Iceworm à proximité de Thulé.
Immense base sous-glaciaire associée à un projet scientifique d’exploration de la calotte glaciaire (l’inlandsis) illustrant l’entrelacement entre logistique polaire, recherche scientifique et finalités militaires au coeur de la logique de la « Frontière » américaine.
1968 (21 janvier) : crash d’un B-52 transportant des armes nucléaires près de Thulé.
L’accident met en lumière les risques et controverses liés aux opérations stratégiques américaines au Groenland et alimente un vif débat au Danemark sur la présence d’armes nucléaires.
1970 – 2017 : recalibrage stratégique et redéploiement de la présence américaine au Groenland.
1989 – 1993 : organisations techniques de grands carottages à vocation scientifique au Groenland qui permettent de mieux documenter la climatologie historique et renforcent la valeur scientifique du Groenland, tout en maintenant les capacités logistiques arctiques des États-Unis.
2004 (6 août) : accord d’Igaliku. Amendement au traité de 1951, dans un contexte de modernisation des systèmes (notamment radar) et de reconfiguration des enjeux de défense antimissile du territoire américain après un progressif désengagement américain tout au long des années 1990. La base de Thulé reste alors la seule en place, elle est modernisée et de nouveaux investissements sont programmés.
2007 : l’ambassadeur américain au Groenland James Cain déclare que l’indépendance du Groenland est inévitable à moyen terme et que les États-Unis doivent se positionner dans cette perspective.
2017 – 2021 : retour de l’intérêt pour le Groenland avec la première présidence de Donald Trump.
2017 : le financier républicain Ron S. Lauder est le premier à investir massivement des fonds privés américains au Groenland.
Il mène dès lors un actif lobbying auprès de l’administration Trump pour souligner l’immense potentiel minier, énergétique et « immobilier » de l’île. Donald Trump, se déclarant fasciné par l’ampleur historique de l’annexion, charge son conseiller John Bolton, fervent partisan du complexe militaro-industriel, et le sénateur Tom Cotton, de préparer un nouveau plan d’achat de l’île au Danemark.
2018 : La IIe Flotte de la marine américaine est rétablie en Atlantique Nord (après avoir été désactivée en 2011). L’analyste américain Walter Berbrick, professeur au Naval War College propose de fixer comme objectif de baser cette flotte au Groenland.
2019 : le plan Trump est présenté aux autorités du Groenland et du Danemark, il est rendu public en août dans le Wall Street Journal. L’ensemble des partis politiques danois et groenlandais rejettent la proposition.
Le Washington Post estime la valeur du Groenland a environ 500 milliards, le New York Times avance 50 milliards, mais la presse américaine estime l’achat comme un investissement rentable et prometteur, en soulignant les précédents de la Louisiane et de l’Alaska comme débouchés réussis pour les capitaux américains.
La première ministre danoise Mette Frederiksen (toujours en poste en janvier 2026) déclare : « C’est une discussion absurde, le Groenland n’est pas à vendre. Le Groenland n’est pas danois. Le Groenland est groenlandais. »
Elle tient en même temps à réaffirmer, en anglais, l’alliance militaire ferme avec les États-Unis. Donald Trump annule une visite d’État, mais son secrétaire d’État laisse filtrer dans la presse la fermeté de l’alliance entre les deux pays.
De nombreux analystes danois, dont l’amiral Nils Christian Wang, ancien chef de la marine, affirment que l’intention américaine vise davantage la Russie et la Chine que le Danemark et laissent sous-entendre qu’à long terme, la prise de contrôle américaine du Groenland est inéluctable.
Dans le principal journal groenlandais Sermitsiaq, éditorialistes et parlementaires groenlandais relèvent que la déclaration de Mette Frederiksen est déjà une reconnaissance de l’indépendance du Groenland, et qu’il y aurait lieu d’acter cette indépendance en profitant de la proposition Trump, sans être annexé par les États-Unis.
Cette position est notamment défendue par Steen Lynge du Parti Démocrate et Pele Broberg du parti indépendantiste Naleraq.
Cependant, les principaux partis, autant le parti social-démocrate Siumut que le parti libéral-conservateur Atassut, s’opposent fermement à tout rapprochement avec les États-Unis, comme à l’idée de tourner le dos au Danemark.
2020 : le vice-président Mike Pence déclare que les États-Unis rouvrent un consulat au Groenland (fermé en 2011).
L’extrême droite danoise du Parti Populaire accuse le gouvernement groenlandais, notamment le ministre des Finances Vittus Qujaukitsoq, d’entretenir des tractations secrètes avec les Américains.
2021-2024 : l’administration du président Joe Biden suspend les intentions de rachat, mais encourage les investissements miniers.
Le monopole américain Critical Metals obtient ainsi le rachat de l’entreprise Tanbreez Mining, qui exploite le plus grand gisement de terres rares au Groenland, pour un prix inférieur à celui proposé par ses concurrents chinois.
2023 – 6 avril : la base de Thulé est rebaptisée base spatiale de Pituffik, l’armée américaine s’y redéploie sous commandement de l’US Space Force.
2024 : dans la foulée des élections en novembre, le député républicain de Géorgie Michael Allen Collin publie une photo du Groenland sur une carte dans le cadre du « Projet 2029 », suggérant que Trump fera une autre tentative d’achat du Groenland au cours de son deuxième mandat.
À la suite des commentaires de Trump, le gouvernement danois annonce une augmentation des dépenses de défense au Groenland d’un montant de 8,7 milliards de dollars.
Le Premier ministre groenlandais, l’indépendantiste Múte Bourup Egede, déclare sur le réseau Truth Social en réponse à Donald Trump : « Le Groenland est à nous. Nous ne sommes pas à vendre et ne le serons jamais. Nous ne devons pas perdre notre longue lutte pour la liberté ».
2025
Janvier – La chargée de communication du Pentagone, quartier-général de l’armée américaine, Sabrina Singh, représentant l’administration Biden sur le point de passer le relais à l’administration Trump, refuse de répondre à la question d’un journaliste qui lui demande : « Est-il prévu de prendre le Groenland par la force si on ordonnait de le faire ? », affirmant qu’elle laissera ses commentaires sur la question à la nouvelle administration.
Le roi du Danemark Frederik X déclare dans son discours de Nouvel An : « Nous sommes tous unis et chacun d’entre nous s’est engagé pour le royaume de Danemark, de la minorité danoise du Schleswig du Sud [en Allemagne] jusqu’au Groenland. Nous appartenons tous ensemble ». Les armoiries royales sont changées pour y inclure le Groenland de manière plus nette.
Le général Philip Mark Breedlove, ancien commandant de l’OTAN (2013-2016) et l’amiral retraité James Stavridis se déclarent en faveur d’une prise de contrôle américaine de l’île en raison de son potentiel, mais sans passer nécessairement par une annexion.
Ils mettent en avant les investissements civils et militaires comme plus importants que le contrôle politique. Ils mettent aussi en avant l’idée d’un verrou militaire du GIUK (Greenland-Island-United Kingdom Pass) comme suffisant pour protéger « l’hémisphère occidental ».
Le Premier ministre groenlandais Múte Bourup Egede décale son entretien de début d’année avec le roi Frederik X, en raison d’une visite de Donald Trump, qui a été invité par le parti social-démocrate Siumut.
Donald Trump ne rencontre toutefois aucun membre du gouvernement groenlandais. Son guide est Jørgen Boassen, un insulaire pro-Trump qui a l’intention de se présenter aux élections d’avril 2025 sur un programme pro-américain, bien qu’il déclare également son opposition à l’acquisition américaine du Groenland.
Donald Trump diffuse ensuite des images de Groenlandais portant des casquettes MAGA (Make America Great Again), accuse le Danemark de racisme et soutenant une annexion américaine.
Lors de son entretien avec le roi, Egede déclare : « Le Groenland appartient au peuple groenlandais. Nous ne voulons pas être danois, nous ne voulons pas être américains. Nous voulons être Groenlandais ».
Donald Trump annonce qu’il instaurera des droits de douane très élevés contre le Danemark s’il résiste aux tentatives de faire du Groenland un territoire américain.
Il remet alors en question le statut juridique de la souveraineté danoise au Groenland et refuse d’exclure une action économique ou militaire contre le Danemark s’il s’y oppose.
La presse américaine, le Financial Times et The Economist notamment relancent les calculs d’estimation d’un rachat américain du Groenland. Le montant est discuté, toutefois les médias d’affaires soulignent déjà qu’il s’agirait là de « l’affaire du siècle » pour le capitalisme américain.
Andy Ogles, député du Tennessee, propose le 13 janvier un projet de loi pour autoriser le gouvernement des États-Unis à acquérir par ses moyens le Groenland au nom des États-Unis, accordant ensuite au Congrès une période d’examen de 60 jours avant l’intégration du territoire groenlandais aux États-Unis.
Des ministres des gouvernements russes, français, allemands et norvégiens expriment publiquement leur opposition à toute expansion américaine vers le Groenland ou vers
l’Arctique en général.
Les parlementaires de l’Inatsisartut du Groenland votent massivement contre l’idée de faire partie des États-Unis, tout en exprimant leur intérêt à maintenir de bonnes relations avec ce pays.
Le député groenlandais Kuno Fencker déclare sur CNN qu’un traité sur le modèle des Compacts of Free Association (COFA) liant depuis 1986 les Îles Mariannes, Palau et les Îles Marshall dans le Pacifique aux États-Unis serait possible avec le Groenland.
Mette Frederiksen se déclare favorable à un COFA combiné entre les États-Unis et le Danemark.
La gauche danoise soutient l’indépendance du Groenland, tandis que la droite s’oppose à tout abandon de la souveraineté danoise sur l’île et reproche à Mette Frederiksen la tiédeur de ses positions. Les leaders de la droite populiste, échouent cependant à obtenir une rencontre avec Donald Trump à l’occasion d’une conférence pro-israélienne organisée à Mar-a-Lago.
La Première ministre Mette Frederiksen a un entretien de 45 minutes avec Donald Trump, afin de proposer un élargissement de la présence américaine, sans discuter du statut du Groenland. Elle déclare à la presse : « Il n’y a aucune raison de croire (…) que Trump ne soit pas sérieux dans ses déclarations sur son intérêt croissant pour le Groenland ».
Plusieurs parlementaires républicains soutiens de Donald Trump discutent néanmoins autant l’opportunité de l’achat du Groenland que de la méthode.
On a notamment John Bolton, qui s’inquiète d’une tension croissante avec le Danemark, voire les pays de l’Union européenne sur ce sujet.
La gauche parlementaire danoise propose de lever l’accord de 2023 autorisant la présence de troupes américaines au Danemark, mais ne parvient pas à s’entendre sur une dénonciation de l’OTAN et de l’alliance avec les États-Unis.
La ministre groenlandaise Naaja Hjelholt Nathanielsen, qui a fait interdire l’exploitation de l’uranium au Groenland, déclare que le Groenland a des comptes à régler avec la colonisation danoise, qu’il ne veut pas être cependant américain, mais qu’il est ouvert aux affaires et aux investissements.
Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, confirme que quand Donald Trump dit vouloir acheter le Groenland, territoire danois autonome, « ce n’est pas une blague ».
Un sondage réalisé par le quotidien groenlandais Sermitsiaq affirme que 85 % des Groenlandais s’opposent à un rattachement aux États-Unis. 6 % d’entre eux souhaitent rejoindre les États-Unis, 9 % ne savent pas.
10 février : Buddy Carter, député de Géorgie, dépose un projet de loi qui rebaptiserait le Groenland en « Red, White, and Blueland » [soit les couleurs du drapeau national des États-Unis] et permettrait au président américain Donald Trump d’acheter ou d’acquérir par toute manière possible le Groenland.
4 mars : lors de son discours annuel devant le Congrès, Donald Trump déclare : « D’une manière ou d’une autre, nous allons obtenir [le Groenland] ».
27 août : Le gouvernement danois convoque l’ambassadeur des États-Unis après des informations sur des tentatives d’influence américaines à propos du mouvement indépendantiste groenlandais.
La position de Paris et de Berlin de soutien à la souveraineté danoise est relayée par le soutien de l’UE à la déclaration danoise.
2026
6 janvier : déclaration commune de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de l’Espagne et du Royaume-Uni en soutien au Danemark et au Groenland.
Ils insistent sur trois points : le fait que seuls le Danemark et le Groenland peuvent décider de leur avenir, le Royaume du Danemark (incluant le Groenland) fait partie de l’OTAN et la sécurité en Arctique doit être assurée collectivement dans l’alliance, pas par une appropriation unilatérale.
Ce communiqué représente un front européen unifié (y compris hors de l’Union européenne), signifiant clairement que l’UE et ses partenaires rejettent toute tentative américaine de modifier le statut territorial par la force ou l’achat.
7 janvier : Karoline Leavitt (porte-parole de la Maison-Blanche) affirme devant la presse que l’achat est en discussion active et que toutes les options sont sur la table, la diplomatie étant présentée comme première option. La possibilité d’acquisition devient un élément assumé de la communication officielle.
9 janvier : Donald Trump déclare que les États-Unis doivent posséder (own) le Groenland pour dissuader la Russie et la Chine. Il évoque des incitations et options coercitives sans préciser, mais on note un glissement sémantique majeur : de l’achat (transaction) à la possession (souveraineté).
9–10 janvier : déclaration commune des dirigeants des partis groenlandais et du Premier ministre groenlandais qui rejettent explicitement et à nouveau l’idée d’une annexion américaine et réaffirment le droit des Groenlandais à décider de leur avenir.
11 janvier : à bord de l’Air Force One, le président Donald Trump réaffirme que d’une manière ou d’une autre, les États-Unis auront le Groenland, mettant en jeu les ambitions russes et chinoises sur l’Arctique et l’incapacité du Groenland à se défendre (il évoque la défense locale comme reposant sur des traineaux).
Le Royaume-Uni et l’Allemagne proposent de mobiliser une force armée européenne pour la déployer de manière préventive en Arctique.
Le Commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, nommé par la Lituanie, a assuré que l’Union européenne pourrait assister le Danemark en cas d’agression. Il annonce qu’une annexion américaine de force du Groenland signerait la fin de l’OTAN.
12 janvier : réaction de l’Allemagne par son ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul qui souligne que seuls le Danemark et le Groenland ont le droit de décider de l’avenir du territoire et qu’une action unilatérale américaine pourrait fragiliser la solidarité de l’OTAN.
Le Commissaire à la Défense et à l’Espace Andrius Kubilius (Lituanie) déclare qu’une prise militaire américaine du Groenland serait incompatible avec les principes de l’OTAN et que l’UE pourrait assister le Royaume du Danemark dans la défense si elle était sollicitée. Il rappelle que l’intégrité territoriale doit être respectée selon le droit international.