Avec la société bourgeoise qui s’effondre en provoquant la naissance de véritables horreurs, nous vivons un moment dont la signification historique ne doit pas nous échapper. Depuis plusieurs jours, on a ainsi pu voir des expressions exemplaires de cela, consistant d’une part en la cavale proprement dite de Jürgen Conings, et, d’autre part, en les intolérables manifestations de soutien en réalité violemment anti-prolétariennes allant avec.

Voici maintenant plus d’une semaine, donc, que toute la Belgique – et au-delà – est tenue en haleine par la cavale de Jürgen Conings, du nom de ce militaire d’extrême-droite qui a disparu en emportant une série d’armes de guerre prélevées dans l’arsenal de la caserne de Leopoldsburg (Limbourg) où il était affecté ; ces armes étant quatre lance-roquettes antichar M72 LAW, un pistolet-mitrailleur automatique FN P90, un pistolet de 5,7 mm, de nombreuses munitions et un gilet pare-balles.

Fiché par l’Ocam (Organe de coordination pour l’analyse de la menace), cet ex-membre de la police militaire s’est lancé dans un combat contre la « dictature sanitaire ». Il avait fait l’objet de sanctions disciplinaires pour être ensuite démis de ses fonctions en 2020 en raison, justement, de son engagement à d’extrême-droite et de menaces proférées sur les réseaux sociaux.

Transféré à la caserne de Leopoldsburg, il avait alors été nommé responsable de la formation au tir des soldats avant leur départ pour l’étranger. C’est à ce titre qu’il avait accès aux dépôts d’armes et de munitions de la caserne, privilège insensé au vu de son statut d’homme dangereux à surveiller.

Menaces de mort contre le virologue Marc Van Ranst

Après un ratissage infructueux mené dans le Parc national de Haute Campine durant plusieurs jours, celui qui dans deux lettres a menacé de s’en prendre aux symboles de l’État, à certains ministres du Gouvernement fédéral, ainsi qu’à des personnalités comme le virologue flamand Marc Van Ranst, membre du GEMS, (Groupe d’Experts de stratégie de crise pour le Covid-19) et à une mosquée du Limbourg, demeure à ce jour introuvable depuis le lundi 17 mai.

Il en résulte que, suite aux menaces de mort proférées contre lui par Conings, Marc Van Ranst est pour sa part toujours obligé de se terrer dans une cache avec sa famille…

Entretemps, les quatre lance-roquettes LAW ont été retrouvés dans sa voiture abandonnée à proximité de son domicile, alors que le même aurait été aperçu rôdant durant environ deux heures à proximité du domicile officiel du virologue Marc Van Ranst à Leuven.

Depuis lors, les marques de soutien au terroriste d’extrême-droite − poursuivi du chef de « tentative d’assassinat et processions illégale d’armes dans un contexte terroriste » − se sont multipliées à travers deux manifestations « physiques » ainsi que sur les réseaux sociaux.

L’homme a reçu l’appui de plus de 45 000 personnes sur un groupe Facebook intitulé « Als 1 achter Jürgen » (Comme un seul homme derrière Jürgen). Parmi ceux-ci, de nombreux militaires d’active et d’ex-militaires comme Tomas Boutens, l’ancien membre de la secte néo-nazie « Bloed, Bodem, Eer en Trouw » (Sang, Terre, Honneur et Fidélité), condamné en 2014 à 5 ans de prison dans le cadre d’un projet d’attaque terroriste.

Sur ce groupe – fermé depuis lors par Facebook… mais réouvert aussitôt sous d’autres noms −, Boutens qualifie ainsi Conings de « frère d’arme » en indiquant l’avoir connu lors de la mission ISAF IV/2 en 2003-2004 en Afghanistan.

Autre soutien, du côté francophone cette fois : celui de Hervé Van Laethem, dirigeant de NATION et lui-même ancien militaire en rupture de caserne.

Dans une interview donnée dans le style grumeleux, épais et larmoyant qui est le sien, il se présente comme une victime en expliquant avoir toujours essayé de se battre sur le plan légal pour faire respecter ses idées et ses droits au sein de l’Armée, mais que la chose avait été rendue impossible suite aux agissements de délateurs d’extrême-gauche et par le fait que le ministre de tutelle de l’époque était le PS Guy Coeme.

Van Laethem explique encore qu’il a dû se résoudre à donner sa démission et que c’est peut-être ce genre de manœuvres anti-démocratiques/anti-nationalistes qui ont provoqué la réaction irrationnelle du caporal Conings. Il ne dira rien, bien entendu, sur le fait que les fascistes sont des individualistes forcenés facilement envahis de frustration car soumis à la concurrence générale entre individus insufflée par le capitalisme et, dans ce cadre, éprouvent la sensation de valoir mieux que « la masse » tout en étant pas reconnus à leur « juste valeur ».

Les fascistes à l’offensive

Un récent sondage réalisé en avril dernier pour la la télévision publique flamande VRT et le quotidien De Standaard nous indique que le Vlaams Belang et la N-VA engrangeraient plus de 50% des voix en Flandre en cas de nouvelles élections, tout en donnant le Vlaams Belang vainqueur dans le Nord du pays.

Mais pourquoi donc les réactionnaires, les fascistes, les complotistes, les post-modernes – jusqu’aux  cinglés ésotériques –, ont-ils tellement le vent en poupe en Belgique ?

Aujourd’hui la crise capitaliste est claire, plus personne ne peut le nier. L’apparition de nombreux soutiens aux pèlerins du néant comme Conings et aux néo-nazis « organisés » comme Boutens n’a rien d’étonnant dans notre pays où la seconde crise générale du mode de production capitalisme frappe de plus en plus durement et où, scrutin après scrutin, les partis fascistes ne cessent de progresser.

C’est que, aujourd’hui, les fascistes apparaissent comme de « vrais rebelles » qui se veulent modernes, populaires, « révolutionnaires ». Mais, bien entendu, les fascistes ne veulent pas vraiment d’une révolution. Mais ils peuvent utiliser le mot, parce que pour eux c’est la forme qui compte, pas le contenu.

Les fascistes se veulent des idéalistes, des gens aux valeurs « supérieures » se rebellant par la moquerie et le « panache ». Ils se veulent romantiques, ils ont le culte du tragique, de la gloire, du « dépassement de soi », ils pensent que la nation compte plus que tout et que celle-ci doit se battre pour survivre : nous avons en cela un portrait fidèle de H. Van Lathem.

Le rebelle fasciste est un individualiste qui recherche le défi viril, un solitaire au-dessus de la « plèbe », qui cherche les « émotions fortes » de manière patriarcale et barbare : nous avons en cela un portrait fidèle du caporal Conings.

Le cœur de la culture fasciste, c’est l’individualisme et le patriarcat. C’est de cette réalité qu’on doit partir si l’on veut lutter contre le fascisme. Il faut briser ces identités créées par les fascistes, et cela veut dire affronter les questions culturelles.

Malheureusement, l’« antifascisme » distillé par le PTB et les trotskystes n’est nulle part par rapport aux enjeux de l’époque. Il suffit d’écouter ce que disent ces gens pour voir à quel point ils ne proposent strictement rien à part les « luttes sociales » et quelques revendications économiques du type de celles proposées par le Parti socialiste dans les années ‘60. Ils ne comprennent pas qu’historiquement, les luttes de classes s’approfondissent, et que ce qui compte, c’est la proposition stratégique faite aux masses.

En réalité, le fascisme est l’organisation militaire de la société au service de la bourgeoisie la plus agressive, au service de la guerre impérialiste à laquelle il faut opposer le seul projet progressiste, le seul projet qui tienne la route : la militarisation socialiste de la société, et l’Etat socialiste établissant un ordre fondé sur les valeurs de culture et de civilisation, pour la science et le collectivisme.


Revenir en haut de la page.