VICO Jean-Baptiste (1668-1744). Sociologue italien bourgeois qui s’efforça d’expliquer l’histoire de la société humaine d’un point de vue déterministe. Il niait l’opinion, courante à son époque, selon laquelle la science historique ne serait qu’une simple description de règnes, de batailles et d’exploits.

Sous l’influence de la philosophie matérialiste, il affirmait que « l’ordre des idées doit suivre l’ordre des choses » mais il reconnaissait, en même temps, l’existence de Dieu.

D’après Vico, Dieu se contente de tracer à l’histoire ses lois, après quoi il n’intervient plus dans sa marche, et l’humanité évolue en vertu de causes internes, inhérentes à la nature humaine.

La vie sociale reproduit les périodes de la vie individuelle : enfance, adolescence, maturité.

Vico établit pour chaque peuple trois stades : l’âge divin (enfance de l’humanité) quand l’Etat n’existe pas encore et que les hommes ne font que sortir de l’état primitif ; l’âge héroïque (adolescence de l’humanité) où se constitue l’Etat (époque des républiques aristocratiques de Grèce et de Rome, début de la féodalité occidentale) ; et l’âge humain (maturité de l’humanité) qui est le règne de la démocratie, de l’égalité civique et politique, de l’épanouissement des sciences.

Puis la « maturité » se transforme en « vieillesse » et c’est la dégradation, le retour à l’état primitif ; et le cycle se répète. Cette théorie du retour cyclique, qui veut expliquer le déterminisme de l’histoire, montre que la sociologie prémarxiste est incapable d’édifier une théorie scientifique du développement social.

De nos jours, les philosophes réactionnaires recourent vainement à différentes théories du retour cyclique de l’histoire pour tenter de justifier le régime bourgeois.

Certaines idées de Vico ont gardé une valeur scientifique, par exemple, celle de l’influence de la lutte entre groupes sociaux pour l’établissement des normes juridiques.

Dans sa lettre à Lassalle du 28 avril 1862, Marx écrivait que « la manière propre à Vico de comprendre l’esprit du droit romain est contraire à celle des philistins du droit ». Vico fut le premier à contester l’existence d’Homère et à considérer les chants homériques comme une œuvre populaire.

Dans ses études sur l’origine de la religion et des mythes, il montre que la peur est la source du sentiment religieux.

Marx dit que ses recherches philologiques contiennent en germe (quoique sous une forme fantastique) les principes de la linguistique comparée et bien d’autres étincelles de génie. Les idées de Vico sont exposées dans son livre « Principes d’une science nouvelle relative à la nature commune des nations » (1725).

VIE. Engels a donné une définition classique de la vie : « La vie est le mode d’existence des corps albuminoïdes et ce mode d’existence consiste essentiellement dans le renouvellement constant, par eux-mêmes, des composants chimiques de ces corps » (« Anti-Dühring », P. 1950, p. 114).

Le processus vital c’est la formation et la désagrégation ininterrompues, simultanées de la matière vivante, l’assimilation et la désassimilation.

« Partout où nous rencontrons la vie, nous la trouvons liée à un corps albuminoïde, et partout où nous rencontrons un corps albuminoïde qui n’est pas en cours de décomposition, nous trouvons aussi, immanquablement, des phénomènes vitaux…

Mais en quoi consistent ces phénomènes vitaux qui se rencontrent également partout, chez tous les êtres vivants ? Avant tout en ceci que le corps albuminoïde tire de son milieu et absorbe d’autres substances appropriées, se les assimile, tandis que d’autres parties plus vieilles du corps se décomposent et sont éliminées.

D’autres corps, des corps non vivants, se transforment, se décomposent ou se combinent aussi dans le cours naturel des choses ; mais, alors, ils cessent d’être ce qu’ils étaient. Le rocher qui s’effrite sous l’influence de l’air, n’est plus un rocher ; le métal qui s’oxyde se convertit en rouille. Mais ce qui dans le corps sans vie est cause de ruine est pour l’albumine condition fondamentale de vie.

L’instant où cesse cette métamorphose ininterrompue des éléments composants dans le corps albuminoïde, cet échange permanent de nutrition et d’élimination, est aussi l’instant où le corps albuminoïde lui-même cesse d’être, où il se décompose, c’est-à-dire meurt.

La vie, mode d’existence du corps albuminoïde, consiste donc avant tout en ceci qu’à chaque instant, il est lui-même et en même temps un autre ; et cela, non pas en raison d’un processus auquel il est soumis de l’extérieur, comme il peut aussi arriver pour des corps sans vie.

Au contraire, la vie, l’échange de substances qui résulte de la nutrition et de l’élimination, est un processus qui s’accomplit par lui-même, qui est inhérent, inné à son substrat, l’albumine, et sans lequel l’albumine ne peut être » (Ibid., p. 115).

Engels indique ensuite que les propriétés fondamentales caractéristiques de l’organisme vivant — excitabilité, croissance, reproduction, etc. — découlent nécessairement de l’échange de matières qui s’effectue dans l’albumine.

Les découvertes récentes de la biochimie, de la physiologie et autres sciences confirment entièrement les pensées d’Engels.

Depuis longtemps, dans le problème de la vie s’affrontent deux lignes fondamentales opposées, deux grands partis philosophiques, l’idéalisme et le matérialisme.

L’idéalisme, dans ce problème, prend la forme du vitalisme (V.), du weismanisme-morganisme (V.).

Les matérialistes pré-marxistes, tout en combattant activement le vitalisme, tentaient de justifier dans la question de la vie, le point de vue du matérialisme mécaniste (V.) qui rejette toute distinction qualitative entre la matière vivante et la matière inerte et s’efforce de ramener les manifestations de la vie à des processus physico-chimiques et même à de simples processus mécaniques.

Descartes (V.), certains matérialistes français du XVIIIe siècle et d’autres voulaient démontrer par analogie la similitude des organismes vivants et des machines.

Le matérialisme dialectique a critiqué la conception étroite de la vie propre aux mécanistes, ainsi que les fictions idéalistes des vitalistes. Le matérialisme dialectique, considérant la vie comme une des formes du mouvement de la matière, a montré le caractère spécifique de la vie, née de la matière inerte.

Il réfute les tentatives absurdes de créer d’emblée des organismes vivants hautement organisés, ainsi que l’idée de l’éternité de la vie ou l’explication de son origine par un acte créateur.

Le matérialisme dialectique a formulé la conception historique de la naissance de la vie à partir de la nature inorganique, à la suite d’une longue évolution (elle s’étend sur des millions d’années) de la matière inerte.

La vie est apparue grâce à la formation d’un substrat primaire, la matière vivante, dont le composant principal est l’albumine. La grande diversité des formes organistes et de leurs fonctions résulte de l’évolution de la matière vivante dans les conditions incessamment changeantes du milieu extérieur.

Cette multiplicité des formes du monde organique se traduit aujourd’hui dans l’énorme quantité des êtres vivants, des protistes à l’homme. Le processus historique de l’évolution de la vie sur terre, les lois de l’origine des différentes espèces d’organismes ont été élucidés par le darwinisme qui a porté un coup décisif aux idées religieuses et idéalistes sur l’origine divine des espèces.

La doctrine mitchourinienne, en développant le darwinisme d’une manière créatrice, donne une base scientifique aux lois de la vie organique.

La doctrine mitchourinienne a assuré la défaite de la théorie idéaliste du weismanisme-morganisme qui considère les organismes indépendamment de l’influence déterminante du monde extérieur et nie que les modifications dans l’assimilation et la désassimilation sont la cause principale des changements survenant dans les organismes.

VITALISME. Orientation idéaliste en biologie, expliquant les processus vitaux par la présence dans l’organisme vivant d’une force vitale particulière (vis vitalis).

Les vitalistes affirment que la nature organique est séparée de la nature inerte par un abîme infranchissable, parce qu’elle résulterait de forces supra-matérielles, orientées vers une fin, auxquelles se subordonneraient tous les processus physico-chimiques dans les êtres vivants.

Sous son aspect le plus primitif, le vitalisme existait déjà chez l’homme préhistorique, dans son interprétation animiste de l’univers. Les « causes finales », conception idéaliste de Platon (V.) et l’ « entéléchie » d’Aristote (V.), cause efficiente tendant à un but, servirent de base à tout le développement ultérieur de cette tendance.

Le vitalisme s’est toujours efforcé de prendre pied dans le domaine des problèmes biologiques non encore résolus. C’est ainsi qu’au XVIIIe siècle les vitalistes (Stahl et autres) ont voulu prouver que sans « force vitale » la synthèse de substances organiques entrant dans la composition d’un corps vivant ne pouvait être réalisée.

La découverte du chimiste allemand F. Wœhler (1824) qui, le premier, effectua la synthèse d’une substance organique, l’urée, à partir de substances inorganiques, porta un coup terrible au vitalisme.

Les travaux des chimistes russes (Boutlérov et autres) qui mirent au point les méthodes de synthèse d’un très grand nombre de substances organiques en se fondant sur leur théorie de la structure des composés organiques jouèrent un rôle encore plus grand dans la lutte contre le vitalisme.

Depuis lors, la chimie organique a effectué la synthèse de centaines de milliers de substances organiques les plus diverses : graisses, hydrates de carbone, hormones, vitamines, etc.

Les vitalistes s’efforçaient de justifier leur pseudo-théorie par le fait qu’un prétendu principe de finalité organique se manifesterait dans la nature vivante et serait la cause de la structure harmonieuse et de l’adaptation des organismes aux conditions de leur existence.

La religion eut vite fait de s’emparer de ces idées fantastiques des vitalistes et d’en faire les « preuves » de l’existence dans la nature d’une « clairvoyance divine ». Darwin (V.) assena un coup écrasant au vitalisme et à la religion en démontrant que l’adaptation harmonieuse des organismes à leur milieu ne résulte ni de la « clairvoyance divine », ni d’une « force vitale » orientée vers une fin, mais d’une longue évolution historique sous l’influence de la sélection naturelle.

Darwin, comme l’ont souligné Marx et Engels, a ainsi donné une explication matérialiste du problème de l’adaptation des organismes et a chassé la téléologie de la nature.

Les conceptions fantastiques des vitalistes, selon lesquelles les organismes vivants ne sont pas soumis à la loi de la conservation et de la transformation de l’énergie, ont été entièrement renversées par les brillants travaux de K. Timiriazev (V.) sur la photosynthèse, qui ont démontré que cette loi s’applique également aux processus vitaux des organismes.

Notre époque a vu apparaître une nouvelle tentative clé ressusciter l’idéalisme en biologie, le « néo-vitalisme », représenté par Driesch, Uexküll et autres.

La biologie antiscientifique de Mendel, Weismann et Morgan est une des variétés du vitalisme. (V. Weismanisme-morganisme.)

On observe de nouveau actuellement, en Occident, un certain regain du vitalisme, dont les promoteurs prétendent s’élever au-dessus du matérialisme et de l’idéalisme en inventant de nouvelles appellations du vitalisme (« logique vitale », Philosophie de l’« intégrité » — V., et autres).

Le vitalisme moderne croit pouvoir défendre ses positions réactionnaires idéalistes par la « solution » qu’il donne au problème de l’unité et de l’intégrité de l’organisme.

Les vitalistes prétendent avoir trouvé une force vitale particulière, de nature mystique, qu’ils appellent « entéléchie », « dominante », « champ biologique », etc.

La doctrine de Pavlov (V.) qui montre le rôle déterminant du système nerveux central dans la régulation de l’activité vitale des êtres hautement organisés, donne la solution matérialiste du problème de l’organisme considéré comme un tout et, par là même, chasse les vitalistes de leur dernier refuge.

C’est à Engels et à Lénine qu’on doit la critique matérialiste dialectique du vitalisme. E. Haeckel, K. Timiriazev, I. Metchnikov (V.) et d’autres biologistes célèbres ont fait une critique matérialiste sévère du néo-vitalisme et défendu la science contre l’idéalisme.


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