LOMONOSSOV Mikhaïl Vassiliévitch (1711-1765). Grand savant et poète russe, qui introduisit en Russie la philosophie matérialiste et les sciences de la nature. Il était fils d’un paysan pomor du village de Dénissovka, près de Kholmogory, province d’Arkhangelsk.

Dès son enfance, Lomonossov a manifesté un vif désir de s’instruire.

En 1730, il partit pour Moscou où après avoir surmonté bien des difficultés, dues à son origine paysanne, il entra à l’Académie slavo-gréco-latine. En 1735 il fut envoyé à l’Académie des Sciences de Pétersbourg et, au bout d’un certain temps, il partit pour l’étranger d’où il revint en 1741.

Composée surtout d’étrangers, l’Académie des Sciences de l’époque fut très longue à reconnaître en Lomonossov le savant qu’il était. Ce n’est qu’en 1745 qu’il reçut le titre de professeur de chimie.

Lomonossov ouvrit la tradition matérialiste dans la science et la philosophie russes d’avant-garde. Son activité scientifique était quasi universelle. C’est surtout en chimie et en physique que ses réalisations sont les plus importantes. La contribution la plus importante de Lomonossov à la science, c’est d’avoir découvert la loi de la conservation de la matière et du mouvement comme loi naturelle universelle, et de l’avoir justifiée théoriquement et expérimentalement.

Dans ses premières recherches, il avait conclu à la constance de la matière et du mouvement. En 1748 il donna la formule de cette loi : « Tous les changements dans la nature s’accomplissent de telle façon que ce qui s’ajoute à ceci est retiré de cela La substance ajoutée à un corps est retirée en quantité égale à un autre… Cette loi de la nature est si universelle qu’elle s’applique aussi au mouvement. »

Par la suite, Lomonossov développa cette loi dans ses « Considérations sur l’état solide et liquide des corps » et dans d’autres ouvrages. La loi de la conservation de la matière est appelée, à bon droit, loi de Lomonossov. Il l’a établie expérimentalement en pesant les corps avant et après une réaction chimique.

Le principe de la conservation du mouvement formulé par Lomonossov a été confirmé, sous une forme concrète (loi de la conservation de l’énergie), presque cent ans plus tard. C’est donc à Lomonossov que revient la priorité de la découverte de la loi universelle de la conservation de la matière et du mouvement, loi qui est à la base des sciences naturelles modernes, notamment de la physique et de la chimie.

En partant du fait que la matière et le mouvement sont indestructibles et n’ont jamais été créés Lomonossov affirmait qu’ils sont indissolublement liés. Il appliqua cette loi au mouvement des particules matérielles Lomonossov fut en chimie le fondateur de l’atomisme qui a montré la structure atomique et moléculaire de la matière.

Il considérait que les « corpuscules » (molécules) se composent de particules infinitésimales ou « éléments » (atomes). « Les corpuscules sont homogènes, écrivait Lomonossov, s’ils se composent d’un nombre égal d’éléments semblables groupés entre eux de la même manière…

Les corpuscules sont hétérogènes lorsque leurs éléments sont dissemblables et reliés entre eux de manières différentes ou en nombres différents : c’est de cela que dépend l’immense diversité des corps. » Sa conception de la chaleur comme mouvement mécanique des corpuscules, est basée sur la loi de la conservation du mouvement.

Dans ses « Considérations sur la force élastique de l’air ». Lomonossov développa la théorie de la structure de l’air en se basant sur des conceptions moléculaires et cinétiques dont le rôle a été par la suite primordial dans le développement de la science. Lomonossov a lutté résolument contre les idées pseudo-scientifiques qui régnaient au XVIIIe siècle dans les sciences naturelles, par exemple contre le concept métaphysique du phlogistique.

Dans ses « Considérations sur les causes de la chaleur et du froid », Lomonossov écrivait qu’« il y a une raison suffisante de la chaleur dans le mouvement. Et comme le mouvement ne peut se produire sans matière, il s’ensuit nécessairement qu’une raison suffisante de la chaleur est incluse dans le mouvement de quelque matière que ce soit ».

Lomonossov a exprimé des idées géniales sur la diversité des phénomènes naturels où il voit des formes différentes du mouvement de la matière. Lomonossov a posé les fondements d’une science entièrement nouvelle, la chimie physique, qui applique les méthodes et les théories de la recherche physique aux problèmes de la chimie.

Il a accordé une grande attention au développement de la métallurgie. En géologie, il fut le premier à avancer l’idée de l’évolution. Il a fait explorer les ressources minérales de la Russie, étudié les conditions de la navigation sur la Voie maritime du nord.

En astronomie, il était partisan de la théorie héliocentrique, de la pluralité des mondes et de l’infinité de l’univers : il fut le premier à découvrir la présence d’une atmosphère autour de Vénus et, contrairement aux dogmes de l’Eglise il admettait que la vie était possible sur les autres planètes.

Il a donné une explication juste quant au fond des causes de changement du climat sur la terre, de la découverte dans le Nord, dans les couches congelées de la terre, de fossiles d’animaux et de plantes qui n’auraient pas pu vivre dans les conditions de l’Arctique.

Lomonossov avait prévu que pour des densités supérieures de l’air on découvrirait des écarts par rapport à la loi de Boyle-Mariotte. Il introduisit en chimie la méthode quantitative en tant que procédé de recherches, inventa un grand nombre d’instruments employés en navigation, en météorologie, en géodésie, en physique, en chimie, etc., créa le premier laboratoire de chimie en Russie (1748).

Lomonossov tranchait en matérialiste la question fondamentale de la philosophie (V.). Par ses recherches, il porta un coup sensible à la conception métaphysique de l’univers. Dans plusieurs problèmes, Lomonossov a développé l’idée de l’évolution. Toutefois, vu le caractère limité des connaissances de son époque, il a surtout étudié les lois et les propriétés mécaniques de la nature.

Il reconnaissait pour attributs essentiels de la matière l’étendue, l’inertie, l’impénétrabilité et le mouvement mécanique.

Lomonossov opposait la conception matérialiste des atomes à la monadologie idéaliste de Leibniz (V.) qu’il soumit à une critique implacable. Réfutant l’existence des monades spirituelles de Leibniz, il appela les corpuscules « monades physiques ». Les idées qu’il a développées contiennent des éléments de dialectique. Il montre déjà que le monde qui nous entoure se développe sans cesse et subit des changements continuels.

Dans son ouvrage « Des couches de la terre », il parle des changements et du développement évolutif des règnes animal et végétal, expose une théorie audacieuse de l’origine végétale de la tourbe, du charbon, du pétrole, de l’ambre, une théorie évolutive de l’origine des sols.

Pour Lomonossov, le mouvement existe de toute éternité.

Dans son ouvrage « Du poids des corps et du caractère éternel du premier mouvement », il écrivait : «… Le premier mouvement ne peut jamais avoir de commencement mais doit durer éternellement. »

Lomonossov était partisan de la théorie matérialiste de la connaissance : la source de la connaissance est le monde extérieur qui agit sur nos organes des sens. Adversaire résolu de la théorie idéaliste cartésienne des idées innées (V.) et de l’expérience mentale de Locke (V.), il préconisait la fusion des données de l’expérience et des conclusions théoriques. Il critiquait ceux qui séparaient la connaissance rationnelle de la perception sensorielle et opposaient métaphysiquement la synthèse à l’analyse.

Dans sa théorie de la connaissance Lomonossov accordait une place importante à l’expérience au sens étroit d’expérience scientifique et de perception sensorielle de la réalité objective. Lomonossov soumit à une vive critique la théorie idéaliste des « qualités secondes », en montrant que ces qualités ont une existence tout aussi objective que les qualités premières. (V. Qualités premières et qualités secondes.)

« C’est de Lomonossov que date notre littérature », écrivait Biélinski. Lomonossov a été le fondateur de la grammaire russe.

Au lieu de schémas scolastiques périmés Lomonossov créa une grammaire fondée sur la langue russe parlée, vivante. Poète, il appelait, dans ses vers, au développement des sciences et des arts en Russie, à la diffusion de l’instruction parmi le peuple russe.

Pendant de longues années. Lomonossov a lutté pour la création d’une science nationale ; il fit beaucoup pour le développement des sciences naturelles en Russie, pour l’union de la science d’avant-garde et des tâches pratiques.

Lomonossov fut le premier, savant russe qui devint académicien. Il fonda l’Université de Moscou (1755), milita pour une réorganisation de l’Académie des Sciences. Dans sa lutte contre le clergé, il stigmatisa sans pitié l’ignorance des popes.

Historien et patriote, il était l’adversaire de toute falsification de l’histoire russe, et il s’opposa à la prédominance, au sein de l’Académie des Sciences, du « parti allemand » réactionnaire.

Lomonossov aimait ardemment son peuple ; il avait foi dans le grand avenir de son pays.

LUCRECE Carus (99-55 av. n. è.). Célèbre philosophe matérialiste et poète romain. Dans son ouvrage « De la nature des choses », Lucrèce expose, sous une forme poétique, la philosophie du matérialisme atomiste.

A la suite des philosophes grecs Démocrite (V.) et Epicure (V.), il proclame les principes fondamentaux du matérialisme : dans le monde il n’y a rien sauf la matière éternelle composée de parcelles indivisibles — les atomes.

L’univers est infini et formé de mondes innombrables qui perpétuellement naissent, se développent et disparaissent. Lucrèce réfute la théorie des idéalistes et des prêtres prétendant que le monde est l’œuvre de Dieu. « Rien ne peut être créé de rien par la volonté de Dieu. »

Selon Lucrèce, toute la diversité des choses s’explique par différentes combinaisons de particules matérielles, les atomes. La disparition des choses n’est que la désagrégation des atomes. Pas un atome ne peut être détruit.

Le vide est la condition principale de la naissance des choses. La matière et le vide forment une unité sans laquelle le mouvement est impossible, et par conséquent, sont impossibles la combinaison et la dislocation des atomes. Lucrèce estimait que le monde objectif est connaissable.

La source de la connaissance du monde extérieur, ce sont les sensations. De formes différentes (ronde ou angulaire, lisse ou rugueuse, etc.), les atomes agissent sur les sens de l’homme en suscitant diverses perceptions.

Les sens servent pour ainsi dire d’instrument à la pensée ; sans eux la connaissance est impossible. « Ce n’est pas la raison seulement qui s’écroulerait tout entière, mais la vie même qui périrait sans délai, si l’on n’osait se fier aux sens… »

Lucrèce critiquait les préjugés religieux : la religion, selon lui, est la source des crimes humains. Les racines de la religion résident dans la peur de l’homme devant les phénomènes naturels dont il ignore les causes : c’est la peur qui a créé les premiers dieux sur terre.

Il estimait qu’il suffirait de faire comprendre à l’homme les véritables causes des phénomènes naturels pour que les préjugés religieux disparaissent aussitôt.

Dans son poème « De la nature des choses », Lucrèce réserve une grande place à la description du tonnerre, de la foudre, de la pluie, etc. La philosophie matérialiste de Lucrèce et son athéisme contribuèrent au progrès de la science et exercèrent une grande influence sur tout le développement du matérialisme.

Giordano Bruno (V.), Vanini, Gassendi (V.) reprennent le matérialisme atomiste d’Epicure et de Lucrèce. Les philosophes matérialistes français du XVIIIe siècle attachaient une grande importance à la philosophie matérialiste de Lucrèce.

Tchernychevski (V.) appréciait hautement le philosophe romain. Lucrèce était un idéologue de la démocratie esclavagiste, ennemi de l’aristocratie, mais il n’en appelait pas moins les esclaves à la soumission.

Selon Lucrèce, le développement de la société suit une courbe ascendante. Il voit la source de cette montée dans la raison, ce qui rend idéalistes ses conceptions sociales.

L’œuvre de Lucrèce « De la nature des choses » reflète le niveau des connaissances et les idées matérialistes de l’époque.


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