LANGUE. « Un moyen, un instrument à l’aide duquel les hommes communiquent entre eux, échangent leurs idées et arrivent à se faire comprendre » (Staline : « Le marxisme et les problèmes de linguistique ». M. 1952, p. 22). La langue humaine est un système de moyens matériels : sons, mots, formes de mots, combinaisons régulières de mots formant des propositions.

Phénomène social, la langue est née du besoin des hommes de se communiquer leurs idées au cours du travail. Sans la langue, la production sociale, la société elle-même seraient impossibles.

Etroitement liée à la pensée, elle enregistre et fixe dans les mots et les propositions les résultats du travail mental, les progrès de l’homme dans le domaine de la connaissance et elle rend ainsi possible l’échange des idées dans la société humaine. Marx et Engels définirent la langue comme la réalité immédiate de la pensée tomme la conscience réelle, pratique. Elle a joué un rôle de premier plan dans l’évolution de l’homme et de la pensée.

Un des caractères spécifiques importants de la connaissance humaine, qui la distingue de l’activité psychique des animaux, c’est la parole, la langue, qui permet de créer les notions et les catégories scientifiques, de formuler les lois de la science et, par là, de pénétrer l’essence des phénomènes. Sans la langue, la pensée humaine ne pourrait exister ni se développer.

Les idéalistes détachent la conscience de la langue afin de présenter la conscience comme quelque chose d’indépendant de la matière. Mais en fait, seule la langue permet à la conscience, à la pensée, de refléter la réalité objective. La langue est la « matière naturelle » de la pensée. Seuls les idéalistes sont capables de détacher la pensée de cette « matière naturelle », la pensée de la langue.

De par sa nature, la langue n’a pas de caractère de classe, elle sert l’ensemble de la société, elle est un moyen de communication entre les hommes, quelle que soit la classe à laquelle ils appartiennent. La langue est en quelque sorte indifférente aux classes mais les classes sont loin d’être indifférentes à la langue.

Elles s’attachent à l’utiliser dans leur intérêt, à lui imposer leur propre lexique, leurs termes particuliers et leurs expressions particulières. De là les dialectes et les jargons « de classe ». Mais on ne saurait considérer ces jargons comme des langues, puisqu’ils ne possèdent pas de fonds lexique essentiel ni de système grammatical propre.

Il faut distinguer dans chaque langue ce qu’on appelle le fonds lexique essentiel et le système grammatical, qui forment la base de la langue. L’ensemble de tous les mots existants constitue le vocabulaire de la langue. La partie principale du vocabulaire, c’est le fonds lexique essentiel dont le noyau est constitué par tous les mots radicaux. Le fonds lexique essentiel est très stable et se maintient très longtemps.

Le degré de l’évolution et de la richesse d’une langue est déterminé par la richesse et la variété de son vocabulaire. Confondre langue et superstructure, comme le faisait Marr, c’est commettre une grave erreur. Contrairement à la superstructure qui est liée à la production indirectement, par l’intermédiaire de la base, la langue est liée d’une façon directe à la production, et non seulement à la production mais à toute autre activité humaine.

Aussi le vocabulaire d’une langue se trouve-t-il dans un état de transformation à peu près ininterrompue. La grammaire est un recueil de règles sur les variations des mots et leurs combinaisons dans la proposition. Grâce à la grammaire, la langue revêt les pensées humaines d’une enveloppe linguistique matérielle.

Le système grammatical d’une langue change avec encore plus de lenteur que son fonds lexique essentiel. La base du système grammatical subsiste pendant une très longue période de temps, car elle peut servir la société durant plusieurs époques.

L’assertion de Marr et de ses adeptes selon laquelle l’humanité avait commencé par le « langage des mains » est antiscientifique. Le langage phonétique ou langage des mots a toujours été la seule langue de la société humaine.

La langue évolue constamment, mais son évolution se distingue de celles de la base et de la superstructure. J. Staline a réfuté la théorie antimarxiste avancée par Marr et ses disciples sur l’évolution de la langue par « stades ». Le développement de la langue ignore tout passage brusque d’une qualité à une autre. La spécificité de la langue l’interdit.

Le passage d’une qualité ancienne de la langue à sa qualité nouvelle s’accomplit non par explosion ou destruction « brusque » de la vieille langue et constitution d’une langue nouvelle, mais par extinction graduelle des éléments de la qualité ancienne et développement des éléments de la qualité nouvelle. Les lois de l’évolution de la langue sont des lois objectives. Il y en a qui sont communes à toutes les langues, par exemple la loi de l’accumulation graduelle des éléments de la qualité nouvelle et de l’extinction graduelle des éléments de la qualité ancienne.

En même temps chaque langue possède ses lois intérieures, qui lui sont spécifiques, et qui restent en vigueur pendant un laps de temps plus ou moins long, valables pour une période historique donnée. Les lois communes et particulières du développement des langues sont liées entre elles malgré leur différence.

Il faut savoir distinguer l’évolution et l’action réciproque des langues clans une société antagonique et dans une société telle qu’elle se présentera après la victoire du socialisme à l’échelle mondiale. Avant le triomphe du socialisme dans le monde entier, quand les classes exploiteuses sont la force dominante, quand l’oppression nationale et la défiance réciproque entre les nations existent encore, le croisement des langues aboutit à la victoire d’une langue sur une autre.

Le croisement de deux langues par exemple, n’aboutit pas à la formation d’une langue nouvelle, d’une troisième langue, mais à la victoire de l’une et à la défaite de l’autre qui disparaît. L’évolution de la langue à l’époque postérieure à la victoire du socialisme à l’échelle mondiale obéira à d’autres lois.

L’absence de classes exploiteuses, de nations opprimées et de nations opprimantes, le rapprochement et la collaboration entre les nations, l’abolition de la politique tendant à étouffer et à assimiler les langues, tout cela aura comme conséquence l’enrichissement mutuel de centaines de langues nationales donnant naissance à des langues zonales qui, par la suite, fusionneront en une seule langue internationale formée des meilleurs éléments des langues nationales et zonales. (V. également « Le marxisme et les problèmes de linguistique ».)

LASSALLE Ferdinand (1825-1864) Leader opportuniste du mouvement ouvrier d’Allemagne. Il soutenait la politique de Bismarck avec lequel il était en alliance secrète. Lassalle répudiait la lutte révolutionnaire des ouvriers contre le capitalisme. Il affirmait qu’il suffisait à la classe ouvrière de conquérir le suffrage universel pour surmonter la domination du capital.

Proclamant que la monarchie prussienne est un Etat au-dessus des classes, il préconisa un programme prévoyant la création d’« associations productives » ouvrières, subventionnées par le gouvernement prussien. Ce « socialisme » policier, Lassalle voulait le faire passer pour un socialisme véritable. C’est pourquoi il n’y a pas lieu de s’étonner que la doctrine de Lassalle ait été la source où tous les opportunistes et les révisionnistes ont puisé leurs idées pour combattre la théorie et la pratique révolutionnaires du prolétariat.

Les chefs actuels des socialistes de droite se réfèrent à Lassalle pour donner une argumentation à leurs affirmations sur le caractère hors-classes de la démocratie bourgeoise sur l’« intégration pacifique du capitalisme au socialisme » avec l’aide des banquiers et des industriels, et sur la « paix sociale » entre le prolétariat et la bourgeoisie. Les chefs réactionnaires des syndicats américains (Reuther et autres) déclaraient qu’ils s’inspiraient des « principes » de Lassalle en sabotant le mouvement gréviste.

En philosophie, Lassalle se déclarait partisan de Hegel (V.), auquel il avait emprunté sa conception du développement de l’« Idée absolue », dont l’incarnation principale serait l’Etat. D’après lui, l’histoire de la société humaine, c’est le progrès continu de la raison.

Lassalle ne parlait pas de la lutte des contraires, mais de leur conciliation. Il tirait de la dialectique idéaliste de Hegel son argumentation pour son idée réactionnaire de la conciliation du prolétariat allemand avec le régime junker-bourgeois.

Les auteurs classiques du marxisme ont soumis les théories de Lassalle à une violente critique. Dans la « Critique du programme de Gotha » (V.), Marx a révélé toute la nocivité des principes théoriques et politiques de Lassalle.

Dans sa lettre à Engels du 1er février 1858, Marx écrit à propos de l’ouvrage de Lassalle sur Héraclite : « … « Héraclite l’Obscur » de Lassalle le Clair n’est à proprement parler qu’une copie de collégien… Tout en proclamant à qui veut l’entendre qu’Héraclite a été jusqu’à ce jour un livre à sept sceaux, Lassalle n’a, quant au fond, absolument rien ajouté de neuf à ce que dit Hegel dans l’« Histoire de la philosophie ». (Marx-Engels : Ausgewählte Briefe, B. 1953, S. 121-125)

Dans ses « Cahiers philosophiques » (V.) où il donne le résumé du livre de Lassalle « Philosophie du mélancolique Héraclite d’Ephèse », Lénine fait la critique des conceptions philosophiques de l’auteur. Il y montre l’inaptitude de Lassalle à faire plus qu’exposer simplement la philosophie hégélienne, et ruminer les redites des épigones de Hegel. Les classiques du marxisme ont apprécié l’activité pratique de Lassalle.

LAVROV Piotr Lavrovitch (1823-1900). Homme public russe, publiciste et sociologue, idéaliste subjectif et éclectique, idéologue du populisme (V.). C’est dans ses « Lettres historiques », écrites aux années 60, qu’il expose ses vues sur le populisme.

Adhérant de l’organisation populiste « Zemlia i Volia » [Terre et Liberté], puis du parti « Narodnaïa Volia » (Volonté du peuple), il fut partisan de la terreur individuelle. Fut membre de la 1re Internationale ; connut Marx et Engels et correspondit avec eux. En paroles, Lavrov était d’accord avec la théorie économique de Marx. En fait, étant un éclectique, il défendait la méthode subjective en sociologie (V.), en économie politique, et niait la possibilité d’appliquer la doctrine marxiste en Russie.

A la suite du sociologue réactionnaire français Comte (V.) et d’autres positivistes, Lavrov niait la pensée théorique, la philosophie, et essaya de « s’élever » au-dessus du matérialisme et de l’idéalisme, d’éluder la solution de la question fondamentale de la philosophie (V.) ; en fait il défendait l’idéalisme subjectif (V) et l’agnosticisme (V.).

Lavrov affirmait que tout événement historique est unique en son genre et ne peut se répéter ni être généralisé, qu’on ne peut en déduire des lois objectives générales. D’après Lavrov, ce n’est pas la vie sociale qui fait l’objet de la sociologie, mais l’individu avec ses idéaux du régime futur : le régime petit-bourgeois, sans grosse bourgeoisie et sans prolétariat, sans contradictions et luttes de classes.

Dans l’histoire, le rôle décisif appartient à l’individu. Les idées sociales, politiques, philosophiques et sociologiques de Lavrov marquaient un pas en arrière par rapport au démocratisme révolutionnaire de Tchernychevski (V.), Dobrolioubov (V.), Pissarev. (V.). Par ses idées idéalistes subjectives et éclectiques, il affaiblissait le camp démocratique révolutionnaire. Les démocrates révolutionnaires, Tchernychevski en tête, stigmatisèrent les formules philosophiques et sociologiques de Lavrov.

Marx et Engels dénoncèrent ses conceptions populistes, idéalistes subjectives et éclectiques, étroitement liées à sa politique de compromis, à ses tentatives de concilier les bakouninistes et les marxistes de la 1re Internationale. Les ouvrages de Plékhanov (V.) furent d’une grande importance dans la lutte contre les vues populistes de Lavrov.

Les idées petites-bourgeoises idéalistes subjectives du populisme furent définitivement mises en échec par Lénine.

LEBEDEV Piotr Nikolaïévitch (1866-1912). Grand physicien, fondateur de l’école des physiciens russes dont sont sortis de célèbres savants, notamment S. Vavilov et P. Lazarev. Lébédev poursuivit avec Timiriazev (V.) Oumov (V.), Sétchénov (V.), Stolétov (V.) les traditions matérialistes des sciences de la nature russes, dont l’origine remonte à Lomonossov (V.). Il luttait pour le matérialisme dans la science, contre le dénigrement cosmopolite de la science russe.

Une unité indissoluble entre la théorie et la pratique se manifeste dans ses travaux scientifiques. P. Lébédev a découvert l’action exercée par les ondes sonores, aqueuses et électromagnétiques sur les résonateurs, il a étudié les propriétés des micro-ondes radio-électriques, accompli des ouvrages qui sont devenus fondamentaux dans le domaine de l’ultrason, de la spectroscopie dans l’infrarouge et découvert le champ magnétique des corps massifs en rotation.

La découverte scientifique la plus remarquable de Lébédev est celle de la pression exercée par la lumière sur les corps solides (1899) et sur les gaz (1907-1910), et sa mesure.

Cette découverte posait une base expérimentale ferme qui permit par la suite de développer la théorie électromagnétique de la lumière et la théorie des comètes, créée par le célèbre savant russe F. Brédikhine.

Les travaux de Lébédev sur la mesure de la pression lumineuse ont servi de point de départ à la révision de certaines notions physiques fondamentales telle que la notion de masse et d’énergie et celle de champ électromagnétique. Les expériences de Lébédev ont montré que la lumière est une manifestation qualitative particulière de la matière. Elle possède une masse et de l’énergie dans leur unité indissoluble.

De la formule donnée par Lébédev pour la pression de la lumière p = E/v (E — énergie de la lumière absorbée par seconde, v — vitesse de la lumière) découle, comme l’a montré son élève S. Vavilov, l’équation E = mv 2 (E — énergie, m — masse, v — vitesse de la lumière), dont l’importance pour la physique actuelle est primordiale. Les expériences sur la pression de la lumière sont d’une grande importance, car elles montrent l’inconsistance de l’énergétisme idéaliste moderne qui con sidère l’énergie indépendamment de la matière.

La découverte de la pression lumineuse par Lébédev a permis de comprendre un grand nombre de phénomènes astronomiques importants. En effet, pour de très petites particules matérielles, la pression de la lumière peut dépasser de millions de fois les forces de la gravitation universelle.

On doit tenir compte de cette pression en tant que facteur important de la dynamique des processus cosmiques dans la mise au point de théories relatives aux corps cosmiques : queues des comètes, protubérances, couronne, taches solaires, atmosphère tics étoiles, structure interne des étoiles et des nébuleuses, ainsi que dans l’édification de théories cosmogoniques.

La vie et l’activité de Lébédev ont été un exemple d’amour sans bornes pour le peuple russe et pour la science. Pendant les années sombres de la réaction qui suivit la révolution de 1905, Lébédev quitta, au début de 1911, l’Université de Moscou avec Timiriazev, Oumov et Zélinski pour protester contre la politique de l’autocratie tsariste.

Malgré les conditions exclusivement difficiles du travail dans la Russie des tsars, il refusa l’invitation de partir à l’étranger à l’Institut Nobel. En vrai patriote, il resta en Russie et dirigea l’école scientifique qu’il avait créée.

Les travaux de Lébédev sont un apport d’une grande importance à la science mondiale. Voir : Lébédev, Œuvres, 1913 ; Œuvres choisies. 1949.

LEIBNIZ Gottfried Wilhelm (1646-1716). Eminent philosophe et mathématicien, précurseur de l’idéalisme allemand de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. La philosophie de Leibniz a fait son apparition dans l’Allemagne féodale démembrée.

La faiblesse de la bourgeoisie allemande naissante était la cause du caractère de compromis de son idéologie reflétée dans le système de Leibniz. Ce dernier voulait concilier la religion et la science, expliquer les malheurs des hommes en invoquant la volonté divine.

Cette doctrine rejoint l’enseignement religieux sur l’omnipotence de Dieu. L’univers se compose, selon Leibniz, de substances spirituelles indépendantes, appelées monades (V.) qui sont les « âmes », les éléments constitutifs de toutes choses, de toute vie. Les monades sont actives, la représentation est la sphère de leur activité ; la matière n’est qu’une manifestation de ces entités spirituelles indépendantes.

Dieu, monade suprême, crée la multitude infinie des monades dont la hiérarchie engendre une harmonie préétablie. C’est pourquoi, affirmait Leibniz, le monde qu’il a créé est le meilleur des mondes possibles.

Le monde inorganique est un ensemble de monades inférieures ; l’homme est constitué de monades supérieures capables de se représenter et de concevoir la réalité. Ainsi, toute la nature est organique : il n’y a pas de nature non vivante.

Dans cette doctrine s’enchevêtrent l’idéalisme et la métaphysique (origine surnaturelle des monades) d’une part, l’intuition dialectique du mouvement interne de la matière et de la connexion de toutes les formes de vie (se manifestant à travers les monades) de l’autre.

A ce propos Lénine disait : «… Par la théologie, Leibniz s’approchait du principe de la liaison indissoluble (universelle, absolue) de la matière et du mouvement » (« Cahiers philosophiques », éd. russe, p. 313). Par ailleurs, Leibniz développait les principes mécanistes d’un développement continu, sans bonds, et soutenait que les lois du mouvement physique sont subordonnées à la téléologie.

Dans la théorie de la connaissance, Leibniz s’efforçait de concilier le rationalisme (V.) et l’empirisme (V.) sur la base du rationalisme.

A la thèse connue du fonctionnalisme (V.) « il n’y a rien dans l’intellect qui ne soit dans les sensations » il ajoute : « sinon l’intellect lui-même ».

Leibniz a de grands mérites dans le domaine des mathématiques. Indépendamment de Newton (V.) il a découvert le calcul différentiel et intégral (analyse des infiniment petits), moyen puissant de connaître le monde, permettant aux sciences de représenter non seulement l’état, mais aussi les processus, le mouvement. Leibniz a formulé une des lois de la logique formelle, celle de la raison suffisante.

Principaux ouvrages : « Nouvelle méthode pour la détermination des maxima et des minima » (1684). « Système nouveau de la nature et de la communication des substances » (1695), « Nouveaux essais sur l’entendement humain » (1700-1705), « Théodicée » (1710), « Monadologie » (1714). Il a laissé une correspondance importante.


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